Desk sharing : vers la fin du bureau personnel ? Préparer les esprits à la fin du bureau personnel

Si le desk sharing concerne de plus en plus d'établissement, et pas uniquement en Ile-de-France, le bureau individuel a probablement encore de beaux jours devant lui. "Les entreprises que l'on rencontre en sont souvent à la première étape : réduire les espaces personnels et augmenter les espaces partagés. Il y a encore beaucoup de réticence à la baisse du nombre de postes de travail", observe Flore Saulnier.

En France, la position hiérarchique s'est longtemps vue dans la taille du bureau et le nombre de fenêtres

Cette réticence s'explique avant tout par des freins culturels : dans l'Hexagone, la position hiérarchique s'est longtemps vue dans la taille du bureau et le nombre de fenêtres. Chez Deloitte, par exemple, contrairement aux entités anglo-saxonnes ou scandinaves, le desk sharing ne concerne en France que les juniors. Après la récente réorganisation, les managers ont conservé un bureau à eux, même s'ils ont perdu de l'espace et des cloisons. "Dans nos locaux, il serait théoriquement possible de faire plus de desk sharing, confirme Céline Dupont. Nous avons souhaité préserver un aménagement d'espace en accord avec notre culture d'entreprise et peut-être bénéficions-nous d'une sorte d'exception française ?"

Pour combien de temps encore ? Denis Szkobel, de Bouygues Energie et Services, a déjà franchi le cap : il indique à une plate-forme interne les jours pendant lesquels il n'est pas présent au siège afin que son bureau soit utilisé par d'autres. "Cela implique des règles de vie en commun mais aussi la création de nouveaux métiers dédiés", indique-t-il.

Au-delà des privilèges à défendre, la fin des bureaux individuels soulève des interrogations en termes de management. "Le manager directif, qui reste assis à son bureau et qui se comporte comme un garde-chiourme, c'est fini", assure Denis Szkobel. Les chefs doivent donc apprendre, si ce n'est déjà le cas, à manager à distance et à faire confiance à leurs équipes mêmes si elles ne sont pas sous leurs yeux. Et les collaborateurs doivent aussi accepter de travailler sans se montrer.

Cela implique surtout une profonde (et lente) évolution des mentalités. "Les comportements de travail évoluent, confirme Céline Dupont. Désormais, quand je suis à la cafétéria et que je discute avec un collaborateur de mon équipe, je travaille."

"Désormais, quand je suis à la cafétéria et que je discute avec un collaborateur de mon équipe, je travaille."

Mais cette tendance répond à des évolutions en profondeurs. "En plus du télescopage entre les nouveaux aménagements des espaces de travail et des modes d'organisation du travail qui évolue, la successions des générations voit arriver des salariés plus sensibles que les autres à ces modes de fonctionnement", analyse le chercheur Alain d'Iribarne.

Les jeunes salariés, plus mobiles, en quête d'interactions, recherchent des espaces et des organisations plus souples. Moins attachés aux symboles traditionnels du pouvoir, ces nouveaux venus dans l'entreprise troquent sans problème leur nom sur un bureau contre des lieux collaboratifs. Ce sont finalement eux qui auront peut-être un jour la peau du bureau individuel.