Ostéopathie en France : Etat de santé…menacé ?

C'est en France que le nombre d'établissements de formation à l'ostéopathie agréés par l'Etat est le plus important (près d'une cinquantaine); c'est également en France que la durée légale de formation des ostéopathes est la plus courte (3 ans contre 6 ou 7 ans à l'étranger)... Loin d'être anodine, cette situation présente des conséquences nuisibles à la fois pour les patients et pour les praticiens en formation. Explications.


Pour l'Organisation Mondiale de la Santé comme pour les pays anglo-saxons, l'ostéopathie est une profession à part entière, indépendante : il n'est nul besoin d'être titulaire d'un diplôme de médecine ou de kinésithérapie pour devenir ostéopathe. Il faut en revanche avoir suivi une formation initiale de type universitaire en 4500 heures minimum réparties sur 6 ans, soit 750 heures par an. Et dans son répertoire mondial des écoles de santé (6ème édition - 1988), l'O.M.S référence l'ostéopathie en tant que profession de santé caractérisée par une formation initiale distincte de celle en médecine générale, dispensée par des établissements d'enseignement supérieur distincts des facultés de médecine et aptes à délivrer un diplôme tout aussi spécifique : celui de « D.O » (Doctor of Osteopathy).

Depuis la Loi Kouchner de mars 2002, l'ostéopathie pratiquée par des "non médecins" est désormais légale en France et les ostéopathes sont considérés comme des praticiens ni médicaux ni paramédicaux, professionnels autonomes, mais soumis, comme tout citoyen, aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur. La formation des ostéopathes en France est sous contrôle du Ministère de l'Education Nationale et du Ministère de la Santé.

Il existe depuis 1990 (donc bien avant que la discipline ne devienne officielle), une formation initiale post-bac de type universitaire, en 5000 heures sur 6 ans, réparties en 3 cycles. Volontairement conçue en référence et par analogie aux recommandations de l'O.M.S. et aux critères en vigueur dans les pays où l'ostéopathie est officiellement reconnue, cette formation conforme aux normes européennes de Bologne (L.M.D : Licence, Master, Doctorat) contraste radicalement avec l'offre de formation en alternance qui a longtemps été proposée aux médecins ou kinésithérapeutes et qui n'excédait pas (dans sa version la plus complète, dispensée par la faculté de médecine de Bobigny) les 300 heures réparties sur 3 ans.

Le Ministère de la Santé a estimé qu'avant la parution des décrets d'application de la loi sur l'ostéopathie, en 2007, 2,4% des médecins français et 8,5% des kinésithérapeutes exerçaient tout à fait occasionnellement des techniques ostéopathiques, après une formation hétérogène, tandis que 100% des ostéopathes dits exclusifs (ni médecins ni kinésithérapeutes) exerçaient uniquement l'ostéopathie, à l'exclusion de toute autre activité ou discipline.

En reconnaissant officiellement l'ostéopathie, la mission du Législateur n'était donc pas de « créer » une nouvelle profession, qui existait en France depuis 1959, mais d'accorder un statut légal à des praticiens qui, ni médecins ni kinésithérapeutes, ont choisi de se former à une discipline spécifique et de l'exercer de manière exclusive. La compétence et l'expertise, en lien directe avec le savoir combiné au savoir-faire, découlent d'un exercice exclusivement ostéopathique, à l'exclusion de toute autre activité ou profession.

L'objectif initial de l'Assemblée Nationale de l'époque était d'homogénéiser la formation et par conséquent la profession. Cinq (longues) années vont être nécessaires pour que soient publiés les décrets d'application de la loi de 2002. Or, le Ministère de la Santé va alors adopter une attitude pour le moins surprenante, allant à l'encontre totale des intérêts de la profession et de ceux des patients.

Malgré les chiffres et les statistiques dont il dispose, malgré l'expérience des pays voisins et au détriment des recommandations de l'O.M.S. comme de celles du Professeur Ludes, Doyen de la faculté de médecine de Strasbourg, sollicité par l'Etat sur ce que devait être la formation à l'ostéopathie en France, il ne fixe qu'à 2 500 heures minimum sur 3 ans la durée de formation initiale à l'ostéopathie et à 1 200 heures minimum sur 3 ans la formation des professionnels déjà titulaires d'un diplôme de santé.

L'Etat accepte également de délivrer le titre d'ostéopathe à des médecins et kinésithérapeutes, moyennant une simple déclaration sur l'honneur de leur part, par laquelle ils affirment qu'ils pratiquaient l'ostéopathie avant la promulgation des décrets, ce qui leur permet ainsi d'exercer l'ostéopathie même en l'absence de formation à cette discipline.

Or pratiquer sans avoir été formé, tout comme pratiquer occasionnellement l'ostéopathie, va totalement à l'encontre des bases conceptuelles et du respect de l'éthique propre à cette discipline. Qui pratique peu pratique mal et cette attitude, chez un professionnel de santé ou de soins quel qu'il soit, doit éveiller l'attention des patients. Pourrait-on imaginer, par exemple, pouvoir s'en remettre sans risque à un chirurgien ou une sage-femme occasionnels, dépourvus d'une formation complète et d'une solide expérience clinique ? Assurément non.

Le 9 août 2007, le Journal Officiel publie la liste des 8 établissements qui répondent, selon la commission nationale d'agrément des établissements d'enseignement de l'ostéopathie nommée par l'Etat, aux critères des organisations professionnelles.

La réaction des directions des établissements non agréés, soutenues par leurs étudiants et les parents de ces derniers, qui estiment qu'on condamne injustement leur avenir, voire qu'on jalouse leur capacité (quand il ne s'agit pas de leur « performance ») à se former si rapidement, ne se fait pas attendre. Parallèlement, les pressions corporatistes se poursuivent, de telle sorte que moins d'un an plus tard, ce sont finalement 41 établissements qui sont autorisés à enseigner l'ostéopathie en France.

Ces établissements affichent pourtant un savoir faire, un corps professoral et un plateau technique dont le niveau est si catastrophique qu'il devrait, en toute logique, inquiéter les étudiants et les pouvoirs publics : des écoles sans locaux, des écoles avec un seul enseignant, des écoles dont l'enseignement est uniquement théorique, dépourvu de toute approche clinique, des écoles fondées « à la hâte » à partir de 2002, avec pour seule motivation de s'inscrire dans des perspectives de marché rendues juteuses par la loi. Est-il nécessaire de préciser que les praticiens formés dans ces établissements, en 3 ans au lieu de 6 ou 7, ne pourront, par définition, jamais exercer leur art ailleurs qu'en France, faute d'une formation suffisante ?

Les conditions mêmes dans lesquelles le Ministère de la Santé a fini par accorder aux établissements « recalés » son agrément empêchent celui-ci de pouvoir constituer le gage de qualité et de sécurité qu'il est censé représenter.

S'il existe en France plus d'écoles d'ostéopathie que partout ailleurs dans le monde, c'est également en France que la durée des études et les exigences en terme de qualité de la formation à cette discipline sont les plus basses. La formation et la profession d'ostéopathe y souffrent d'un manque d'homogénéité flagrant, sans aucun équivalent à l'étranger et les pouvoirs publics français, même s'ils ont récemment consenti à rehausser quelque peu le nombre d'heures de formation requis, ne semblent guère sensibles à la notion de compétence nécessaire ni au facteur risque.

Le recul dont nous disposons concernant la médecine générale nous permet pourtant d'admettre, unanimement, qu'il faut 8 années minimum à temps plein pour former, dans un cadre approprié et dédié (le C.H.U.), un médecin. Dans les pays où l'ostéopathie est homologuée, où l'expérience et le recul existent, une formation de 6 à 7 ans minimum à temps plein est nécessaire pour devenir un ostéopathe compétent et sûr.

Or pour quelles raisons continue-t-on en France de croire et d'affirmer que l'on peut former des praticiens tout aussi compétents et sûrs en 3 ans seulement ? Pourquoi les pouvoirs publics acceptent-ils qu'un étudiant de Brest puisse être moins bien formé qu'un étudiant de Paris ou de Lyon, qu'un diplôme national puisse sanctionner, en fonction de l'établissement qui le délivre, des niveaux de formation et donc de compétence différents ? Comment des patients peuvent-ils envisager qu'un ostéopathe formé en 3 ans sera en mesure de leur garantir la sécurité et l'efficacité des soins qu'ils sont en droit d'exiger ?

Et que penser, par ailleurs, des professionnels de santé qui, proposant à leurs patients quelques techniques ostéopathiques plus ou moins bien maîtrisées (plutôt moins que plus, en l'occurrence ) profitant du flou de la situation et faisant fi de toute déontologie, requalifient la nature réelle de leur consultation sur les feuilles de l'assurance maladie, permettant ainsi leur remboursement par la sécurité sociale ? Le pire étant, dans cette situation, que le patient croit « y gagner » et/ou avoir affaire à un « véritable » ostéopathe.

Alors pour le patient, comment reconnaître un ostéopathe compétent et sûr ?

Un ostéopathe est un praticien disposant d'un savoir, d'un savoir faire et d'un savoir être spécifiques. Savoir être ostéopathe, c'est n'exercer qu'exclusivement l'ostéopathie et respecter la déontologie relative à cette profession. Savoir et savoir faire s'obtiennent dans des établissements d'enseignement et de formation initiale conformes aux recommandations de l'O.M.S., agréés en première instance par le décret du 9 aout 2007 mais également reconnus par leurs pairs avant la promulgation de la loi (organisations socioprofessionnelles représentatives de la profession d'ostéopathe exclusif, syndicats d'ostéopathes exclusifs, organismes déontologiques de la profession), ceux que l'on désigne aujourd'hui comme les « écoles historiques ».

Pour peu qu'ils disposent de l'information nécessaire et suffisante, les patients français tout autant que les futurs praticiens sont alors en situation de choisir. De leur attitude, de leur sens des responsabilités individuelles et collectives dépend en partie l'état de leur système de santé à venir. Près de 4 500 ostéopathes sont enregistrés dans le fichier national ADELI, géré par les DRASS régionales. Plus de 2 500 d'entre eux sont des ostéopathes exclusifs. On estime à 25 000 le nombre d'ostéopathes exclusifs qu'il faudrait pour pouvoir répondre à la demande de nos concitoyens en matière de soins et d'accès à l'ostéopathie « authentique ». Outre leur légitimité historique, ce sont bien les ostéopathes exclusifs qui, dans cette perspective, possèdent la compétence requise et non des praticiens qui, même s'ils auront été en toute légalité, auront été formés au rabais. La profession d'ostéopathe exclusif est une profession d'avenir qui, désormais reconnue en France, doit y devenir ce qu'elle est déjà ailleurs : une profession d'utilité publique.

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