Enrico Macias héros de la data à l'heure du numérique

Enrico Macias était précurseur sans le savoir. Donnée, donnée, donnée moi, sa chanson aurait pu devenir l'hymne de la société de la data, du numérique, de l'obsession du client afin de s'emparer d'un véritable IRM de sa vie quotidienne. Et cette situation étrange semble contenter salariés et consommateurs...

Dans le métro, nous sommes assez peu enclins à donner. Le défilé incessant de SDF, à l’imagination pourtant souvent fertile, pour dénicher l’élément différenciateur cher à nos boîtes marketing, qui pousserait notre main vers notre porte-monnaie, nous fatigue pourtant et nous laisse indifférents. Leur compétition acharnée avec les accordéonistes Roumains, devenus, la mode aidant, Syriens, par un tour de passe-passe étonnant, finit en décor transparent, de nos transports quotidiens. Ces transports, que nous vantent nos élus. Ceux qui ne les prennent jamais. Mais quand il s’agit de nos données, les pièces ne sont plus jaunes, mais se transforment en pluie de billets de banque. Nous les donnons à pleines poignées. Bienvenue dans le monde du plus grand "Charity Business" que la terre n’ait jamais porté, le "Digital Charity Business". L’art de se faire dépouiller de ses données, et d’en être heureux, pour enrichir les autres, sans contrepartie.

La société numérique a su trouver le chant des sirènes, que nos SDF n’ont su trouver, pour nous rendre généreux. Ils ont su faire appel à des arguments essentiels pour nous faire débourser, sans bruit, tout ce qui fait notre valeur à l’heure du smartphone et de la data, et d’enrichir des géants mondiaux, étrangers, sans aucune contrepartie réelle. Une générosité bien française, puisque nous sommes les champions de l’Ubérisation, de la sphère collaborative. Nous permettons à ces géants d’empiler des trésoreries records au même moment où le français moyen, aidé par des journaux comme Le Monde, s’offusque des immenses profits des groupes français !

Nous pourrions, selon ces puristes du capitalisme, offrir nos données à Apple, qui possède une trésorerie qui représente le double de la totalité des profits de nos boîtes du CAC 40. Mais cela ne fait pas leur Une. Il faudrait nous abstenir, en France, de faire du profit. C’est sale et inutile. Laissons cela aux étrangers. Cela n’est pas sans rappeler cette époque de la noblesse française, qui ne voulait toucher ni au corps, ni à l’argent, et avait laissé ces basses tâches aux Juifs, persécutés comme toujours, qui surent s’emparer de cette aubaine pour devenir médecins et banquiers, et à qui nous devons tant de découvertes et la structuration de tant de mécanismes financiers.

L’Europe a sonné la guerre à l’utilisation des données. La CNIL nous interdit toute utilisation des données, tous azimut, notamment médicales, afin de s’assurer que nous ne soyons jamais un géant mondial de la santé personnalisée. Et le laisser ainsi aux méchants étrangers. Nous aurons notre conscience, ils domineront le monde. C’est un choix. Nous serons ainsi les nouveaux mendiants du siècle à venir. Mais des pauvres intègres !

Pendant ce temps, les GAFA, et ses équivalents Chinois, avancent. Vite. Très vite. Le temps d’un rapport Citoyen en France, et la Chine a déjà annoncé deux fonds supplémentaires de 5 milliards de dollars et avance sans se poser les questions que nos démocraties bureaucratiques, handicapées par les ragots que véhiculent les journaux de 20H, et qui les paralysent (que va t-on penser de moi aux prochaines élections ?) se posent pour en faire des obstacles à toute avancée économique. Nos amis Chinois et Américains ont adapté le tube d’Enrico Macias et chantent « Gimme, Gimme, Gimme your data » et les consommateurs Européens, reprennent en cœur et donnant, donnant, donnant, leurs données. Contre quoi ? De la gratuité. Google c’est gratuit. Facebook c’est gratuit, Amazon Prémium c’est quasi gratuit. Et comme tout le monde vous le rappelle, parce que le produit, c’est vous ! Notre cerveau de consommateur, obnubilé par la rapidité et la facilité, a trouvé là un bon deal : "Je ne réfléchis pas, je ne regarde pas au-delà de la durée de mon achat, l’avenir ne m’intéresse pas, laissez moi acheter facile et pas cher et cela fera mon bonheur". Pourtant, en faisant le don de nos données, nous choisissons un modèle social et celui d’une destinée.

Le modèle social, c’est celui illustré par le livreur. Vous ne payez pas cher votre Premium, parce que le livreur paie à votre place. Pas cher, normal, quand on est payé une misère, sans couverture sociale, formation, chômage et revenu de substitution. Mais nous préférons ne pas voir. Nous alimentons la misère, mais sans la voir. C’est moins culpabilisant que l’ignorer dans le métro, tellement elle est visible.

La destinée, c’est l’avenir de l’Europe, de la France. Si nous donnons aux autres plutôt qu’aux nôtres, l’avenir de nos enfants, mais aussi le nôtre, s’écrira oui, mais pas en français, en chinois. Alors perfectionnons notre anglais et notre chinois, car le français ne sera plus guère utile prochainement.

Le "procès" Facebook est inutile et grotesque. Nous nous fichons de ce qui est fait de nos données. Nous ne parvenons déjà pas à arrêter de fumer malgré les morts qui touchent même nos proches, alors, changer nos habitudes pour de la data, qui ne nous coûte rien et que tout le monde exploite déjà depuis si longtemps. Pourquoi s’en soucier ? Facebook ne fait que jouer avec ce qu’on lui donne. Pour lui, grâce à nous, c’est Noël tous les jours, alors cessons de lui reprocher de jouer avec ses jouets. Qui se soucie de l’utilisation de ses données, puisque chacun les expose, à coup de "selfie", chaque jour. Sans pudeur, ni retenue. Donner c’est donner, repris c’est volé !

Le jour où nous voudrons devenir des champions, avoir une véritable croissance, et mieux la partager, alors nous devons inventer, en France, en Europe, un espace où nos données serviront à nous redonner un avenir. Donc posséder nos données en échange d’un marché qui ne sera plus un marché de dupe, mais un marché du rebond, de nos pauvres économies. Donnons nous et partageons le bien. Nous pouvons encore ramener Enrico Macias à la maison.

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