Le digital, une affaire d'Etat ?

Le numérique plébiscité par les directions générales des grands groupes mondiaux pour booster leur chiffre d'affaires, c'est une réalité. Et elle dépasse les entreprises. La guerre du digital est désormais une affaire d'Etat.

Nouveau record ! Les 100 plus grandes sociétés mondiales n’ont jamais pesé aussi lourd en Bourse. Pour la première fois, selon le rapport international Global Top Companies by market capitalisation 2018 de PwC, elles ont franchi le cap symbolique des 20 000 milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB des Etats-Unis, une progression impressionnante de 15% en un an portée par la croissance mondiale. Si les Américains se situent toujours sur la plus haute marche du podium et que les entreprises chinoises continuent de grappiller du terrain, les Français, en cinquième position du classement, n’ont pas à rougir de leurs performances.


Le leader : les Etats-Unis misent gros sur le numérique

Portée par les géants Amazon, Apple, Microsoft, Netflix et Intel qui représentent 74,7% des performances du S&P 500, l’indice de référence Outre-Atlantique, la Bourse américaine se porte très bien. Des 100 sociétés boursières les plus importantes à l’échelle mondiale, 54 proviennent des Etats-Unis (contre 55 en 2017), représentant 61% de la capitalisation boursière planétaire. L’atout principal de ce marché : ses entreprises technologiques. Entre janvier et mai, Netflix a progressé de 70%, Amazon de 35%, Intel de 20%, Microsoft de 15% et Apple de 12%, sans compter les autres entreprises du secteur comme Cisco ou encore Facebook qui, elles aussi, surperforment. Les valeurs technologiques représentent aujourd’hui 97% des performances du S&P 500, un chiffre impressionnant qui inquiète certains concurrents et rassure d’autres qui ont également misé gros sur ce secteur pour booster leur économie. En tête d’affiche : les entreprises chinoises.

Le concurrent : la Chine talonne les Etats-Unis

Le numérique représente un levier de croissance économique immense. Les acteurs publics et privés en Chine et aux Etats-Unis l’ont compris il y a de nombreuses années. Ils ont su prendre des décisions stratégiques justes, au bon moment, avant tout le monde, dans un environnement politico-économique favorable leur permettant d’investir des sommes colossales et de faire émerger des entreprises technologiques innovantes qui impactent tous les secteurs d’activité. Dans cette course contre la montre à la compétitivité, les entreprises chinoises et américaines se livrent une véritable bataille commerciale XXL. Qui innovera le plus et le mieux ? Qui attirera le plus d’entrepreneurs, investisseurs et clients ? Quelle bourse brassera le plus de dollars grâce à ses entreprises du web ? Durant les douze derniers mois, nous avons constaté une très forte accélération des mises sur le marché des sociétés Tech chinoises, une capitalisation boursière qui ne cesse d’augmenter, les deux géants d’internet (Tencent et Alibaba) qui se sont hissés dans le top 10 des entreprises boursières les mieux cotées dans le monde, les BATX qui font de l’ombre aux GAFA… autant de signaux qui nous laissent penser que dans les années à venir, si les entreprises chinoises maintiennent ce cap et stabilisent leurs performances économiques (entreprises boursières et autres), la Chine pourrait devenir la première puissance économico-numérique mondiale.

Le challenger : la France doit se challenger davantage

Les entreprises européennes sont désormais au nombre de 23 dans le classement (contre 22 en 2017), pour une capitalisation boursière qui a progressé de 11% à 3 362 milliards de dollars. Après les Etats-Unis, la Chine, le Royaume-Uni et la Suisse, la France se trouve à la cinquième position dans le classement, une performance remarquable malgré une importante chute de 33 places du groupe Sanofi. La multinationale française avait été sanctionnée par les marchés en début d'année après avoir annoncé des performances en demi-teinte en 2017 et des prévisions inférieures aux attentes pour 2018. L'industrie du luxe est en revanche en bonne forme. LVMH est à ce titre la première capitalisation boursière française (48e place à 156 milliards). Elle est suivie du pétrolier Total (53e à 149 milliards) et de L'Oréal (64e à 126 milliards). Le CAC 40 brille sur la scène internationale, certes, mais pour combien de temps ? Rattrapées par des groupes asiatiques, nos entreprises devront innover dans leurs secteurs respectifs et ne pas passer à côté de la transformation digitale multisectorielle qui nous concerne tous. La France doit construire sa différence pour devenir un géant du numérique. Pour nous différencier et ne pas devenir des "colonies numériques" des Etats-Unis et de la Chine, les grandes entreprises françaises devront investir collectivement dans des domaines pas encore complètement exploités par ces deux nations, tout en protégeant leurs idées et inventions, en formant leurs talents aux enjeux du numérique de demain et en leur donnant l’envie de prendre des risques. Innover pour rester compétitifs, tel est le mot d'ordre pour le challenger qui rêve de se faire une place dans la cour des Grands !

Annonces Google