En rachetant Tableau, Salesforce devient un éditeur SaaS multimarque

En rachetant Tableau, Salesforce devient un éditeur SaaS multimarque Valorisée 15,7 milliards de dollars, l'opération a été réalisée par échange d'actions. Elle permet au géant du CRM de compléter son offre d'une couche de data visualisation.

"Avec le rachat du spécialiste de la data visualisation Tableau Software, Salesforce est en train de devenir un éditeur SaaS multimarque et multipositionnement, comme Oracle et IBM ont pu le faire par le passé dans le logiciel d'entreprise traditionnel", analyse Yves Cointrelle, directeur de la stratégie et du développement data et analytics pour l'ESN Viseo. "Le rachat par Salesforce de la plateforme SaaS d'intégration MuleSoft en 2018 était la première étape du processus." Pour l'expert, de possibles acquisitions par Salesforce de technologies dans la gestion RH (avec Workday ?), dans la facturation, dans la comptabilité, voire dans la supply chain ne sont plus à exclure. "Des domaines qui viendraient compléter au fur et à mesure les briques de Salesforce. Son offre e-commerce pourrait par exemple être renforcée par une solution de gestion d'entrepôt."

Pour acquérir Tableau Software, le géant Californien du CRM n'a pas hésité à y mettre le prix. Réalisée par échange d'actions, l'acquisition qui doit être bouclée d'ici octobre est estimée à 15,7 milliards de dollars. "Le coût de l'opération a surpris tant dans l'écosystème Salesforce que dans le landerneau de la data. C'est 40% plus cher que la valeur de l'action Tableau le 10 juin à la clôture", insiste Yves Cointrelle. Il faut dire que Tableau fait partie du trio de tête des applications de data visualisation les plus prisées aux côtés de Power BI de Microsoft et Qlik (voir le magic quadrant du Gartner ci-après). Seul bémol : même si Tableau enregistre 1,16 milliard de chiffre d'affaires en 2018, la société basée à Seattle enregistre sur la même période des pertes de 77 millions de dollars.

"Le rachat par Salesforce de la plateforme SaaS d'intégration MuleSoft en 2018 était la première étape du processus."

Comme pour MuleSoft, Tableau Software continuera d'exercer de manière autonome sous la direction de son PDG. Dans la même logique, ses produits feront l'objet de synergie avec le portefeuille de Salesforce, mais continueront à être commercialisés indépendamment.

Il est vrai que Salesforce disposait déjà de deux offres de business intelligence orientée data visualisation. Basée sur sa plateforme d'IA Einstein, la première n'aurait pas trouvé son public. Son seul avantage : son intégration native avec Salesforce.com. La seconde est issue du rachat en 2018 de Datorama pour 800 millions de dollars. Une application de marketing intelligence qui a ensuite été intégrée à la briques Marketing Cloud de l'éditeur de San Francisco, la dotant d'un outil de visualisation de données full web. "Cette deuxième application fait doublon avec Tableau Software. Elle apparaît cependant comme un peu moins riche et plus rapide à déployer. Ce qui en fait une solution plutôt départementale, et de nature moins 'Enterprise' que Tableau", estime Yves Cointrelle.

Magic quadrant du Gartner sur les outils d'analytics et de business intelligence. © Gartner

Un autre élément de l'équation a surpris le directeur de la stratégie de Viseo : Tableau Software n'est pas historiquement un acteur du SaaS. Son offre a d'abord été développée sous forme de logiciel, en mode client/serveur, avant d'être déclinée en mode web (via le produit Tableau Online). "Reste que Tableau est un outil de BI globalement de bonne qualité. Il est perçu par le marché comme séduisant dans la mesure où il permet de créer des tableaux de bord de pilotage de manière très simple et intuitive".

Microsoft en embuscade

Pour finir, tout comme Qlik, Salesforce devra composer sur ce nouveau segment avec Power BI. Une solution désormais considérée comme à l'état de l'art et bénéficiant du cloud Azure de Microsoft pour amortir les pics d'activité en termes de calcul. "Microsoft disrupte le marché. Sachant que Power BI est intégré à Office 365 (et à son abonnement E5, ndlr). Power BI Pro est tarifé 8,40 euros par mois et par utilisateur. Ce qui défie le modèle tarifaire, beaucoup plus élevé, de Tableau", constate Yves Cointrelle. "Salesforce devra donc mettre la barre très haut s'il veut continuer à vendre et développer Tableau Software indépendamment de son offre, comme un outil de data visualisation à part entière, concurrent de Power BI."

A noter que l'annonce du rachat intervient quelques jours après l'annonce par Google du rachat de Looker pour 2,6 milliards de dollars dans l'optique d'équiper lui-aussi son cloud d'une couche de data visualisation.

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