Par Patrice Bertrand (Smile) : Pénétration de l'Open Source en entreprise, marché par marché

Infrastructure, CMS, décisionnel, GED, e-commerce et ERP : le point sur la pénétration de l'Open Source sur chacun de ces marchés, et pour les différentes catégories d'entreprises.

C'est déjà une banalité, mais commençons par le redire : l'Open Source gagne rapidement en pénétration dans les entreprises.  

Les quelques études évaluant des parts de marché - autour de 2% - sous-estiment d'ailleurs souvent cette pénétration, simplement parce que l'on raisonne en valeur marchande et non en unités, et bien entendu de nombreux déploiements sont sinon gratuits, du moins d'un coût très inférieur.

Pour autant, les positions de l'Open Source en entreprise sont très différentes selon les domaines, et nous proposons ici un petit panorama des terrains conquis et des avancées qui restent à faire.

Le premier domaine historique est bien sûr celui du système, des "couches basses", avec Linux, mais aussi tous les outils qui servent à bâtir des infrastructures: virtualisation, routeurs, load-balancers, firewall, VPN, annuaires, etc.  Là, les positions de l'Open Source sont fortes, voire dominantes, et la concurrence ne vient pas tant de logiciels propriétaires que de boîtiers appliance intégrés.  On estime que plus des 2/3 des serveurs Web en France sont sous Linux.

Un autre domaine où l'Open Source est en force, c'est celui des framework, à la fois socles et librairies, qui structurent le développement d'application et améliorent tant la qualité que la productivité.  Sans citer une longue liste d'outils, il est clair qu'entre Spring, Hibernate, ou encore Symphony ou Zend, aucun framework propriétaire n'a des positions comparables.  Ici, la qualité des outils est un argument fort, mais c'est la non-dépendance qui est le premier atout de l'Open Source.  Le développement d'une application est un énorme investissement, et l'on ne peut se permettre de dépendre du devenir ou de la politique commerciale future de tel ou tel éditeur.

Venons-en maintenant aux couches hautes, les progiciels plus applicatifs. L'un des premiers domaines dans lesquels les solutions Open Source sont arrivées à maturité était celui de la gestion de contenus Web.  Dès 2000 environ, on a vu apparaître les premiers produits sérieux.  A cette époque, les entreprises étaient encore hésitantes, mais certaines déjà faisaient le pas. Les CMS Open Source n'ont cessé de s'améliorer depuis cette époque, et en même temps ont conquis des entreprises de plus en plus grandes, jusqu'à équiper aujourd'hui les plus grands sites Internet français, et une bonne moitié du CAC40.  Et les CMS propriétaires de petite ou moyenne envergure ont été peu à peu balayés par cette vague libre.   On ne citera pas de noms car ils sont trop nombreux, mais on peut affirmer clairement que les solutions Open Source sont devenues dominantes en matière de gestion de contenus Web, avec des mises en oeuvre se comptant par dizaines de milliers.  

Considérons maintenant le décisionnel, la "business intelligence".  Ici, la maturité est arrivée plus tard. C'est autour de 2005-2006 que des éditeurs solides ont commencé à avoir les moyens de fédérer les meilleurs composants Open Source, pour constituer des suites complètes. Depuis, ces suites décisionnelles progressent rapidement, en fonctionnalités, en maturité et en ergonomie.  Pour autant, il faut bien reconnaître qu'elles sont encore un peu en retrait par rapport aux plus grands acteurs en place. Dans le monde du décisionnel, c'est clairement le critère économique qui fait choisir l'Open Source : c'est presque aussi bien, mais c'est beaucoup moins cher.  Un autre atout cependant est la bonne intégration au système d'information ou bien à des applications métier, non pas tant du fait de l'ouverture du code, mais plus encore par le meilleur respect des standards et principes d'interopérabilité.

La GED est un domaine différent.  Ici, l'offre traditionnelle était un peu sclérosée, et les éditeurs Open Source ont apporté un vent de modernité, avec des architectures logicielles plus ouvertes, plus faciles à interfacer, et surtout des produits dynamiques, qui s'enrichissent régulièrement, selon le credo du "release early, release often".  Les produits Open Source tels que Alfresco ou bien Nuxeo, sont clairement d'une qualité suffisante, pour concurrencer les meilleures offres propriétaires en entreprise, et le prix n'est pas toujours leur premier atout.

Dans le domaine des ERPs, la situation est particulière.  Pour les très grandes entreprises, le taux d'équipement est maximal et SAP restera indétrônable pour pas mal d'années. L'offre pour les moyennes entreprises reste assez éclatée, et les efforts de SAP ou de Oracle pour descendre en gamme n'ont pas rencontré un grand succès.  Un ERP est une application bien plus riche et vaste qu'une gestion de contenus, et cela pour un marché plus étroit, où il n'y a qu'un seul projet potentiel par entreprise ou presque.  Ce qui explique que l'Open Source ait tardé à s'épanouir dans ce domaine, même si des solutions telles que Compiere avaient ouvert la voie dès 2000. Aujourd'hui, des solutions telles que OpenERP en particulier, gagnent du terrain, en commençant par les petites entreprises, mais remontant déjà vers les moyennes, grâce à une forte capacité de contextualisation et d'inclusion de configuration spécifique, mais aussi en proposant des solutions verticalisées, déjà adaptées à un métier spécifique.

Il faut citer également le e-commerce, où un produit comme OSCommerce occupait une position historique forte, mais n'évoluait plus suffisamment vite, du fait d'un socle un peu vieillissant.  Magento, arrivé il y a un an à peine, avec un logiciel de boutique en ligne très bien fini et entièrement configurable, a rapidement séduit un très grand nombre d'acteurs, y compris pour des projets d'envergure.  Dans ce domaine, les offres ne sont pas aussi foisonnantes que dans la gestion de contenus. On peut citer aussi le français Prestashop, ainsi que les modules "e-commerce" associés à certains CMS. La seule concurrence que rencontre l'open source est plutôt alors des offres SaaS, auprès des plus petites entreprises.

En guise de synthèse, repassons en revue ces différents marchés, en analysant cette fois la pénétration de l'open source dans les grandes, moyennes et petites entreprises.   On verra que les différences sont importantes.

 

Pénétration de l'open source en entreprise, marché par marché
Grandes entreprisesMoyennes entreprisesPetites entreprisesCommentaires
Source : Smile
Infrastructures+++ ++++Ce sont les petites structures qui choisissent de préférence des infrastructures propriétaires ou bien à base d'appliance, généralement par manque d'expertise.
Développement & Frameworks+++++++++Ici, l'open source est roi, quelle que soit la taille d'entreprise, principalement pour des raisons de non-dépendance.
Gestion de Contenus++ (en progression)++++++En matière de CMS, l'open source a remonté l'échelle, et convaincu déjà de nombreuses grandes entreprises.
Décisionnel++ (en progression)faible utilisationLes petites entreprises, bien souvent, ne font pas de décisionnel du tout, ou bien analysent leurs données avec Excel. C'est dans les moyennes entreprises que l'open source compte ses plus belles références, avec quelques avancées au niveau départemental dans les plus grandes, principalement sur le critère du prix.
GED++ (en progression)++ (en progression)faible utilisationEn matière de GED, c'est la modernité et la dynamique des produits open source qui est le premier argument, et qui convainc déjà des grands comptes.
ERPréservé grands éditeurs++ (en progression)++ Pour l'ERP, c'est assez différent, les grandes entreprises sont chasse-gardée, mais l'open source est très pertinent pour les petites et moyennes.
e-ommerce++ ++++++Dans l'e-commerce, les grands acteurs spécialisés sont encore souvent sur du spécifique maison, mais les offres open source sont en force sur le milieu de gamme.

Tribune réalisée par Patrice Bertrand, directeur général de Smile.

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