Rémi Rousseau (Fabernovel) Les interfaces tangibles relient le multitouch à l'Internet des objets

Le secteur événementiel semble être le premier à intéresser les entreprises pour des usages multitouch. Mais le développement d'applications dédiées, quoique plus complexe, n'est pas en reste.

Par quelles applications multitouch les entreprises sont-elles le plus intéressées aujourd'hui ?

Les entreprises sont surtout intéressées par des applications destinées à de l'événementiel, des salons, etc. Mais aussi par de l'applicatif, ce qui constitue des projets plus lourds. Lorsque vous vous lancez dans de tels projets, il faut en effet bien avoir à l'esprit l'effort de design que vous devez produire.

Sur une table Surface de Microsoft par exemple, vous êtes livrés à vous-même pour développer une application. Il faut vous affranchir des design patterns existants, cette grammaire d'interface qui existe depuis les années 1970, période où Xerox a inventé le fenêtrage. Depuis ce moment-là et jusqu'à Mac OS 10, tout le monde a utilisé un pointeur et des icônes, il n'y a pas eu de changement.

Avec le multitouch, ces notions sont profondément remises en causes, une nouvelle grammaire apparaît dans la façon d'utiliser les applications. En clair, il faut réinventer le langage de communication homme / machine.

Qui sont les acteurs du marché des tables telles que celle de Microsoft que vous citez ?

Le marché des tables tactiles est encore un marché de niche

Il y a bien entendu Microsoft qui n'a pas encore de processus de vente bien défini et fonctionne au cas par cas. D'autres acteurs construisent également leurs propres tables, mais le matériel et le logiciel sont le plus souvent l'œuvre de petits acteurs, c'est encore un marché de niche.

Il faut également citer le NUI Group (Natural User Interface Group) qui développe des tables en Open Source. Avec un peu de matériel, moins de 3 000 euros, et une brique logicielle, vous pouvez avoir votre propre table.

Le multitouch n'est pas nouveau, c'est le secteur des téléphones portables qui le révèle actuellement au grand public. Quid des PC portables ?

Effectivement, avec les technologies capacitives et résistives, respectivement déployées par l'iPhone d'Apple et le français Stantum (lire l'interview de ce dernier du 01/04/2009), on assiste à la propagation d'usages de masse sur les terminaux portables.

Pour ce qui est des netbooks, le mutlitouch arrive, notamment sur Mac avec la présence d'un pavé multitouch, mais c'est surtout avec Windows 7 que l'on devrait voir apparaître une grande gamme d'applications qui en tire parti. Ces nouveaux usages auront de fortes complémentarités avec les usages existants.

Nous essayons de pousser la flexibilité des interfaces multitouch au maximum

Par exemple, les graphiques profiteront grandement du multitouch, ce qui donnera naissance à des applications hybrides. A l'inverse, tout ce qui nécessite une saisie importante de données ne pourra pas dans l'immédiat tirer profit du mutlitouch, à moins que les interfaces haptiques, qui offrent un retour de force tactile, ne facilitent les choses.

Quels liens le multitouch entretient-il avec l'Internet des objets ?

Des liens qui se tissent notamment via les interfaces tangibles. Le principe est de poser des marqueurs sur les objets afin qu'ils soient reconnaissables par une table Surface. En posant l'objet sur la table, celui-ci pourra être reconnu, ce qui donnera naissance à des interfaces multi-objet. 

Des interactions entre ces objets et des applications seront également possibles. Dans le domaine de la création musicale, Björk, avec sa table tactile musicale, a rendu plus concrète et ludique l'utilisation de ce type de tables.

Quelles sont vos pistes de réflexion aujourd'hui ?

Nous essayons de pousser la flexibilité des interfaces multitouch au maximum. Nous voyons en effet ces interfaces comme plus conviviales, plus marquantes et plus flexibles. Nous collaborons avec Bearstech pour le lancement d'une activité "Hackable Devices" dont l'un des enjeux est de créer du matériel hackable, c'est-à-dire modifiable par l'utilisateur : nous pensons que des écrans tactiles multitouch peuvent amener une flexibilité supplémentaire à ce type de matériel.

Concrètement, dès qu'il y a une application iPhone qui peut être utile professionnellement, nous pensons qu'elle pourrait aussi faire l'objet d'un terminal dédié et pourquoi pas en Open Source. Bearstech et faberNovel ont ainsi développé une application professionnelle sur le téléphone FreeRunner d'Openmoko, premier téléphone Open Source au niveau du matériel et du système d'exploitation.

 

Rémi Rousseau est project designer. Alexandre Assouad, également project designer, était lui aussi présent lors de l'entretien.

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