La webperf comparée de 11 sites du secteur e-tourisme

Logiquement, on pourrait s’attendre à ce que ce marché ultra-concurrentiel soit dominé par des sites web aux performances particulièrement aiguisées. Les résultats sont globalement décevants.

L’e-tourisme. Selon la Fevad, c’est le secteur commerçant le plus digitalisé, avec des ventes en ligne atteignant les 50% de parts de marché. Logiquement, on pourrait s’attendre à ce que ce marché ultra-concurrentiel soit dominé par des sites web aux performances particulièrement aiguisées. C’est ce que nous avons voulu vérifier en testant et comparant 11 sites parmi les ténors du secteur. Les résultats sont globalement décevants.

Apportons tout d’abord quelques précisions sur le périmètre et les conditions de ce comparatif des performances web. Le secteur du e-tourisme étant particulièrement riche en acteurs, notre sélection de 11 sites s’est focalisée sur deux segments particuliers:
  • la réservation d’hébergements touristiques avec Accor Hotels, Abritel, Airbnb, Booking et Hotels.com,
  • le transport avec Air France, British Airways, Easyjet, Ryanair, Transavia et Voyages SNCF.
Côté méthodologie ce comparatif repose sur un total supérieur à 4000 tests réalisés via l’outil de mesure de la vitesse de chargement Dareboost. Soit, pour chaque site, un test classique (desktop) et un autre via mobile, effectués toutes les heures pendant une semaine. Et pour que les mesures soient – aussi – fidèles à ce que peuvent vivre les “vrais” utilisateurs de ces sites web, chaque test a été réalisé avec un navigateur grand public (Google Chrome) et dans des conditions de connectivité les plus réalistes possible : une connexion type ADSL avec 8 Mbps de débit descendant (et 50 ms de latence) pour les tests desktop. Et une connexion type 3G pour les tests via mobile.

Speed Index au-delà des 3 secondes

Au premier rang des indicateurs pris en considération pour ce comparatif se trouve le Speed Index. Calculé à partir de l’analyse vidéo du chargement de la page web testée, il retranscrit en quelque sorte la vitesse moyenne d’affichage des éléments graphiques présents sur la zone de la page web immédiatement visible par l’internaute (sans scroll). ll s’agit aujourd’hui de l’indice – issu de tests automatisés – reconnu comme le plus révélateur de l’expérience utilisateur. Cet indicateur est d’ailleurs régulièrement choisi comme critère principal dans d’autres comparatifs des performances web publiés ici-même, comme ce classement des sites web du CAC 40.

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Côté Speed Index, force est de constater que les performances enregistrées par les 11 sites de notre comparatif laissent globalement à désirer : dans le cadre d’une consultation via desktop le Speed Index médian ressort à 3127 ms. Et pour les tests mobile, c’est la barre des 4 secondes qui est atteinte. Soit respectivement 3 et 4 fois plus que le seuil recommandé par Google en la matière : 1000 ms !
Bien entendu, les résultats varient assez fortement d’un site à l’autre. Sur desktop, ce sont Booking (1665 ms), Airbnb (1818 ms) et Hotels.com (2100 ms) qui occupent le podium des sites à l’affichage le plus rapide. Quand Easyjet et Ryanair accusent les plus mauvaises performances, nettement au-delà des 4 secondes. Il existe d’ailleurs un réel décalage de performance entre les sites web du secteur hébergement (2100 ms) et ceux du transport (3537 ms). Le petit nombre de sites testés ne permet certes pas de tirer de conclusion trop définitive, mais l’écart (plus de 1,4 seconde) mérite tout de même d’être noté.


Sur mobile, on retrouve Hotels.com, Air France et Booking en tête de notre classement avec des Speed Index entre 2100 et 2600 ms… et Ryanair toujours en queue de peloton, à plus de 9 secondes. On notera aussi la dégringolade de Airbnb : second site le plus rapide sur desktop, il chute à la 10e place de notre classement sur mobile avec un Speed Index de 7901 ms ! Une contre-performance plutôt étonnante pour cet acteur souvent salué pour la qualité de son expérience utilisateur. Manifestement, sur mobile, la vitesse de chargement constitue pour lui un sérieux handicap. À tempérer toutefois puisque le comparatif ne porte que sur les pages d’accueil des sites (et ne présument donc pas de la performance du reste du parcours des visiteurs). Airbnb a aussi peut-être tendance à se focaliser sur son appli mobile...


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L’analyse du délai de début d’affichage (“temps mort” durant lequel les internautes font face à une page totalement vierge) ne permet pas d’identifier de sites se démarquant en bien des médianes enregistrées : 1,3 seconde pour les tests desktop et 2,3 secondes depuis un mobile. A noter que dans ces deux contextes de consultation, on dépasse la limite symbolique de la seconde, délai au delà duquel le visiteur peut commencer à ressentir de l’impatience et être tenté d’aller surfer ailleurs… Un risque d’autant plus fort pour les quelques enseignes qui s’écartent le plus de cette limite, comme Air France, British Airways et Easyjet sur desktop (à plus de 2 secondes de délai) ou Voyages SNCF (3100 ms), Ryanair (3267 ms) et surtout Easyjet (5767 ms) sur mobile.

Temps de réponse serveur globalement trop long

Remontons maintenant plus en amont dans la construction de la performance web de ces sites web, pour analyser l’une de ses composantes de base : le temps de réponse serveur. Plus précisément, les tests Dareboost permettent de mesurer le TTFB (Time To First Byte), représentant le temps de réponse serveur additionné à la latence réseau. Une mesure bien connue des responsables d’infrastructure web, puisque hautement importante dans l’optimisation du référencement pour les moteurs de recherche.
Sur les 11 sites testés, le TTFB médian atteint 575 ms, soit un résultat loin d’être optimal : presque trois fois plus lent que la limite haute de 200 ms recommandée par Google. Un seul site (Accor Hotels) parvient en fait à satisfaire à cette recommandation ! Il semble bien donc que l’on ait isolé ici un des facteurs expliquant les performances globalement perfectibles de ces sites du e-tourisme… Car parvenir à une vitesse d’affichage satisfaisante pour les internautes avec un TTFB supérieur à 1 seconde comme c’est le cas pour British Airways par exemple relève de la mission quasi-impossible.
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Autres éléments pouvant considérablement impacter les performances globales d’un site web : les poids des pages ainsi que le nombre de requêtes nécessaires à leur affichage. Dans leur version desktop, les pages web testées pour ce comparatif affichent ainsi un poids médian de 2,5 Mo. On note une très forte hétérogénéité entre les différents protagonistes : Hotels.com dépasse juste la barre du mégaoctets, quand Voyages-SNCF tutoie les 5 Mo ! Ce poids lourd du secteur joue aussi les plus mauvais élèves concernant le nombre de requêtes (178 contre 43 pour Transavia par exemple). Un tendance globale à l’embonpoint que Voyages-SNCF doit payer cher au niveau de son expérience utilisateur. On notera le poids médian des pages mobiles nettement plus léger – 1 Mo – la majorité des sites ayant manifestement fait un travail d’optimisation de leur page.

En guise de conclusion de ce comparatif, notons que l’ensemble des pages testées utilise le protocole sécurisé HTTPS dès la page d’accueil. Une première concernant les baromètres de la performance web que Dareboost réalise régulièrement, y compris sur le secteur du retail ! Cependant, seuls Accor Hotels, Airbnb et Booking ont mis en place une directive HSTS sécurisant la connexion de leurs internautes dans la durée. On peut encore mieux faire !

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