La police anglaise s'apprête à réaliser des intrusions informatiques

Police et services de renseignement anglais sont désormais autorisés, sans mandat, à s'introduire à distance dans un ordinateur pour collecter des données. Les autres pays européens devraient suivre.

Le ministère de l'intérieur anglais, le Home Office, est à l'origine d'une nouvelle bronca. Les associations de défense des libertés civiles ont encore une fois grimpé au créneau après l'annonce d'une extension des pouvoirs des forces de police du pays.

A l'image d'autres nations européennes, les policiers anglais disposent désormais de la possibilité de s'introduire à distance dans des ordinateurs. Mais ce que critiquent avant tout les associations, c'est le droit pour les forces de l'ordre de réaliser ces intrusions sans avoir préalablement à solliciter de mandat.

L'intervention devra toutefois être approuvée par l'équivalent d'un commissaire de police divisionnaire, un chief constable. Il n'est donc pas nécessaire de requérir l'aval d'un juge comme pour la procédure (également discutée) proposée en France. Pour les promoteurs de la réforme, ce renforcement des moyens policiers répond à une évolution des pratiques criminelles.

Cette évolution est présentée comme vitale par le ministère de l'intérieur britannique afin de lutter contre la cybercriminalité et la pédophilie. Cette recherche à distance peut s'effectuer de plusieurs manières. D'abord par l'envoi d'un email dissimulant un logiciel espion ou d'écoute. Celui-ci permet alors de collecter en toute discrétion des données Internet du suspect (emails et navigation Web).

Des policiers étrangers aussi autorisés à des contrôles à distance

La police et les agents du MI5 (les services secrets anglais) peuvent aussi opter pour l'installation d'un outil (matériel ou physique) sur l'ordinateur, chargé d'espionner les frappes clavier et ainsi de renseigner l'Etat sur les agissements d'un suspect. Un disque dur pourrait également être contrôlé à distance grâce à un composant Wi-Fi.

Le Home Office n'est toutefois pas précurseur en la matière en Europe puisque la France et l'Allemagne ont déjà pris des dispositions en ce sens, d'ailleurs tout aussi vivement critiquées par les associations de protection des libertés civiles. Ces hacks policiers font même l'objet d'une concertation à l'échelon européen. Une réunion rassemblait en effet les ministres européens il y a tout juste un mois.

Si le principe de ces pénétrations informatiques est d'ores et déjà accepté, il reste encore à en définir concrètement le cadre. A terme, ce projet devrait par conséquent permettre à des unités de police d'intervenir hors du territoire national. Ainsi, des policiers français ou allemands pourraient effectuer ce type d'intrusion dans un ordinateur situé dans un autre pays membre de l'Union.

Une telle concrétisation ne devrait guère réjouir les associations de défense. Pour l'organisation anglaise Liberty, cette décision du ministère revient à autoriser la police à perquisitionner au domicile d'une personne sans mandat. Les associations envisagent déjà des recours en justice, s'interrogeant sur la légalité d'une telle pratique au regard des législations britannique et européenne.

Du côté du gouvernement, c'est une nouvelle polémique qui surgit. Les projets anglais jugés liberticides suscitent de plus en plus l'ire de la population. Les autorités réfléchissent en effet aussi à la création d'une vaste base de données destinée à stocker les informations relatives aux appels téléphoniques et aux usages Internet de l'ensemble des citoyens.

Le pays a aussi déjà été condamné par la Cour Européenne des droits de l'Homme en raison de sa collecte de l'ADN de personnes pourtant jamais condamnées par la justice.

Le Royaume-Uni dispose ainsi d'une base de données renfermant les échantillons ADN de quatre millions d'individus, parmi lesquels des enfants.

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