Benoit Sibaud (April) "Nous nous dirigeons vers un double affichage des prix"

Le président de l'April, association qui oeuvre pour la promotion et la défense des logiciels libres, revient sur l'année 2008. La fin de la vente liée fait partie de ses motifs de satisfaction.

Rappelez-nous quelles sont les missions de l'April ?

Nous nous fixons deux rôles. En premier lieu, établir une structure de promotion et de défense du logiciel libre. Ensuite, représenter la diversité du Logiciel Libre et ses acteurs, à savoir les développeurs, les utilisateurs, les entreprises et les institutions.

Que retenir du point de vue de la promotion des logiciels libres au niveau des entreprises et des acteurs économiques en 2008 ?

Au début de l'année, nous avons lancé le livre blanc " les modèles économiques du logiciel libre ". Puis dans le courant de l'année, nous avons réalisé l'enquête " Libre association ". Il s'agit d'une enquête sur les usages informatiques des associations et leur connaissance du logiciel libre. Nous sommes en train d'analyser les résultats. Nous avons eu 300 réponses.

Et puis au milieu de l'année, les Assises du Numérique et le plan France Numérique 2012 ont été lancés. Je dois dire que nous sommes assez peu satisfait tant des résultats des Assises du Numérique que du plan France Numérique 2012. Globalement, les mesures que nous avions recommandé sur la question des logiciels libres n'ont pas été retenues, à l'exception de la question de la vente liée.

il s'agit d'un point positif que nous mettons du côté des réussites de l'April pour l'année 2008. A près 10 ans d'initiative et de travail de notre part, ça bouge. Luc Chatel, la DGCCRF et Eric Besson se sont emparés du dossier. Le double affichage des prix est une réalité, et l'on va vers une réelle optionnalité, un choix pour le consommateur au moment de l'achat. A terme, il faudra que l'on arrive à une situation de concurrence libre et non faussée sur le marché grand public.

Et bien évidemment, nous travaillons sur ce sujet avec d'autres associations comme l'AFUL, la CLCV, et l'UFC.

"Nous sommes assez peu satisfait des résultats des Assises du Numérique"

Sur la question des logiciels pré installés à la vente d'ordinateurs, Google souhaite passer un accord avec les constructeurs pour proposer son navigateur, Chrome, en lieu et place d'Internet Explorer, le produit de Microsoft. Que pensez-vous de cette initiative ?

On assiste à un changement de rapport de force. Pour notre part, nous préférons que l'utilisateur ait le choix. Nous voulons que l'ordinateur puisse être proposé nu, comme c'est le cas pour les ordinateurs vendus aux entreprises.

Autre sujet d'actualité, l'explosion des ventes des notebook, ces ordinateurs low-cost. Les notebook sont ils des opportunités pour les systèmes d'exploitation libres ? Il semble que c'est Windows XP qui soit le grand gagnant dans ce domaine...

Il faut dire que les modèles qui sont proposés avec des distributions libres sont ceux qui sont les moins équipés, et que les constructeurs réservent leurs machines les plus performantes pour Windows XP, ce qui ne permet pas de juger véritablement sur ce point. Néanmoins, nous allons dans ce domaine vers un modèle ou l'utilisateur peut choisir de manière optionnelle son système d'exploitation, ce qui est une très bonne chose.

Des entreprises qui proposent de l'intégration et du service sur des logiciels libres évoquent de plus en plus les avantages de l'interopérabilité et des standards ouverts vis-à-vis de leurs clients, plus que les concepts de licences libres et de code ouvert. Que pensez-vous de cette évolution ?

Oui, les acteurs économiques du Libre évoquent souvent la question de l'interopérabilité, qui est évidemment centrale pour leurs clients. Nous considérons qu'il s'agit d'un progrès en ce sens que via cet argument, de plus en plus de personnes sont réceptives aux avantages des logiciels libres.

Ce point de l'interopérabilité permet aussi de soulever la question des services en ligne, des services hébergés, dont personne ne sait si les données des clients sont récupérables et ré utilisables.

Pour terminer sur la question de l'interopérabilité, savez-vous où en est la question des différents référentiels (RGI, RGS, RGA) qui doivent être présentés par le Minefi ?

Aux dernières nouvelles, des annonces devaient être effectuées avant la fin de l'année. Nous pensons en fait qu'il n'en sera rien et que pour l'heure, ces dossiers sont au point mort.

Pour 2009, quelles seront les grandes initiatives de l'April ?

Sur la même forme que l'initiative candidats.fr que nous avions mené lors des élections municipales au printemps dernier, nous allons préparer une opération candidats.eu en vue des élections européennes. Il faut noter que cette initiative date de l'élection présidentielle.

Par ailleurs, l'April a été sollicitée pour soutenir la migration du parlement européen vers les logiciels libres. Nous espérons profiter des élections européennes pour remettre le sujet sur la table.

En novembre dernier, vous lanciez une campagne d'adhésion à l'April. Quels sont ces résultats ?

Au niveau des adhésions, nous avions 200 membres en 2004. Nous sommes au 12 décembre 2008 à 3 500 membres, dont 163 sociétés. Nous avons des adhérents de toutes tailles parmi les entreprises. Cela va de l'EURL aux grands groupes. Et puis de nouveaux types d'acteurs nous ont rejoint, ce sont les collectivités locales, et elles s'engagent de plus en plus dans la direction des logiciels libres.

Le fait d'avoir multiplié le nombre d'adhérents nous permet d'être plus représentatifs auprès des personnes que nous rencontrons, qu'il s'agisse de politiques ou d'acteurs de l'écosystème de l'informatique.

Enfin, ces nouvelles adhésions nous permettent aussi d'être plus actif en rémunérant des permanents. Nous avons aujourd'hui un délégué général, une chargée de mission " affaires publiques " et une assistante de direction qui sont permanents de l'association.

Pour finir, que pensez vous de la double initiative en faveur des logiciels libres, à savoir l'organisation des deux évènements que sont Paris Capitale du Libre et Paris Forum Libre ?

Ce sont des évènements de nature différente. Nous sommes partenaires de Paris Capitale du Libre depuis le début, et nous allons continuer à soutenir cet évènement. Enfin, nous avons participé au Forum Mondial du Libre et à l'écriture de sa "roadmap" en tant que co-organisateurs, et nous avons participé à ce titre au comité d'organisation. Par ailleurs, Alix Cazenave a animé un thème au cours de l'évènement.

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