Seul le secteur public maintient le cap des investissements IT

Yves de Talhouët (P-DG d'HP France) : Seul le secteur public maintient le cap des investissements IT Le constructeur doit faire face à un affaissement de la demande sur la quasi totalité de ses segments de marchés. Une stratégie de consolidation est toujours au programme, mais à quel prix ?

Comment se présente pour vous 2009 ? La crise affecte-elle certaines de vos activités plus que d'autres ? Si oui, lesquelles ?

Bien sûr, la crise nous affecte, HP étant dans l'économie comme toutes les entreprises. Elle touche surtout nos activités produits tel que PC, serveurs et imprimantes, mais les activités services de leur côté restent stables. Sur le premier trimestre 2009, nos activités produits ont accusé une baisse de 20%. En France, la baisse est moins marquée car nous arrivons à reprendre des parts de marché.

Comment comptez-vous réagir face à la baisse de la demande du marché des PC enregistrée en ce début d'année ? Baisser les prix ?

Notre gamme de PC couvre aujourd'hui la quasi-totalité du spectre des prix possibles. Plutôt qu'une baisse des prix, nous préférons privilégier une poursuite de l'innovation et de notre politique R&D. Par ailleurs, la demande se porte sur les modèles les moins chers, ce qui nous oblige à adopter une gestion très rigoureuse de nos coûts.

Les netbooks représentent-ils beaucoup en termes de volume de ventes ?

On assiste à une bipolarisation des gammes : forte progression des produits haut de gamme et entrée de gamme au détriment du milieu de gamme qui représentait en 2007 70% du volume total des ventes. Nous segmentons donc notre gamme selon les usages en renforçant l'entrée de gamme pour garder du volume de façon à préserver notre compétitivité en coût d'approvisionnement.

Prévoyez-vous d'étendre le partenariat signé avec Orange dans les netbooks à d'autres opérateurs ?

Oui. D'ailleurs plusieurs autres accords sont déjà en place en Europe et en discussion en France.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur Cloud Assure ?
Le Cloud pour nous se divise en deux grandes offres : infrastructure as a Service et Sofware as a Service. Dans le Cloud, les clients vont acheter un service qui va être produit sur une multitude de machines distribuées dans le Cloud. Nous avons des technologies, matériels et logiciels, qui permettent de gérer cette infrastructure Cloud tout en assurant aux clients un niveau de sécurité élevé, une disponibilité correcte et des engagements de performance.

Pour Sofware as a Service, nous proposons l'ensemble de notre gamme logicielle sous la forme de services offerts via le Cloud en un mode de paiement à l'usage. Voilà en résumé les différentes facettes de notre offre Cloud Assure.

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"Le rachat de Sun par Oracle est plus pour nous une opportunité qu'un événement à contrer". © Nawal Narbesla / Benchmark Group

Etes-vous surpris par le rachat de Sun par Oracle ? Pensez-vous avoir raté le coche d'une acquisition très stratégique ?

Le futur de Sun était questionné par le marché depuis longtemps. Il n'y a donc pas de surprise.
Nos deux entreprises, Sun et HP, se connaissent bien et se côtoient dans la Silicon Valley.

Mais tout achat n'est pas bon à faire. Nous avons une grille d'analyse pour nos acquisitions qui est très rigoureuse: intérêt stratégique, rentabilité financière, capacité à mettre en œuvre. Si tous ces critères ne sont pas réunis, nous passons.

Concernant Oracle, c'est un grand partenaire d'HP. Nous avons déjà une offre combinant logiciels d'Oracle et matériels HP dans le BI que nous vendons sous une forme packagée. Nous espérons pouvoir continuer ce partenariat, quitte à l'élargir aux clients Sun.

Prévoyez-vous un rachat d'envergure pour contrer Oracle suite à son rachat de Sun ?

Le rachat de Sun par Oracle est plus pour nous une opportunité qu'un événement à contrer. Pour les rachats, nous nous plaçons aujourd'hui en pôle de consolidation et nous regardons systématiquement tous les dossiers mais nous n'achetons pas systématiquement. Sachant que depuis trois ans, nous avons effectué 37 acquisitions.

La stratégie d'Oracle ne va-t-elle pas impacter vos accords tacites avec Sun ?

Nos accords avec Sun visent à pouvoir proposer aux clients des plates formes HP équipées de Solaris avec un niveau de support maximal. Il est encore trop tôt pour le dire mais notre vision est que le rachat par Oracle, nous conduira à renforcer ces accords plutôt que de les affaiblir.

Plus spécifiquement les équipes de maintenance HP sont maintenant habilitées à supporter Solaris avec les mêmes niveaux d'engagement que les autres systèmes d'exploitation que nous supportons.

Sentez-vous que le retournement de la demande vient davantage des grands comptes ou du middle-market et des PME ? A l'inverse, quelles entreprises maintiennent le cap de leurs investissements IT ?

Au niveau mondial, sur notre premier trimestre allant de novembre à janvier, nous avons observé une baisse d'environ 20% de notre chiffre d'affaires sur tous les segments de clients : particuliers, PME et grands comptes. Les seuls à maintenir le cap de leurs investissements sont les entités du secteur public.

Prévoyez-vous d'autres suppressions de postes après les 24 600 réalisés suite au rachat d'EDS ?

Le chiffre que vous citez est un chiffre mondial annoncé suite au rachat en août 2008. Depuis la crise s'est accentuée et s'est répandue dans tous les secteurs. Ceci nous amène à réduire nos coûts le plus possible tout en essayant de préserver au maximum les emplois. A ce jour, nous n'avons pas effectué de suppressions supplémentaires.

HP propose à ses salariés de baisser les salaires pour faire face à la crise : ne serait-il pas souhaitable également de baisser les salaires de tous les dirigeants du groupe et le montant des dividendes versés aux actionnaires ? Seriez-vous d'accord pour faire une croix sur vos bonus ?

Oui, il est souhaitable de baisser les salaires de tous les dirigeants du groupe. Le P-DG a annoncé qu'il baissera le sien de 20%, les membres du Directoire ont annoncé qu'ils baisseraient le leur de 15%. Le mien baissera de 10%.

Quant aux dividendes, leur montant est déterminé par le conseil d'administration à la fin de notre exercice fiscal, c'est à dire, dans plus de six mois. Il y a for à parier qu'ils seront faibles pour cette année, comme les bonus d'ailleurs car fonction de la performance de l'entreprise.

Quels efforts avec-vous pu accomplir en termes de politique environnementale ? Avez-vous réduit votre empreinte carbone et si oui, comment et de combien ?

Chaque année, nous éditons un rapport global de la citoyenneté dans lequel nous décrivons nos progrès en matière de politique environnementale. En 2008, nous avons fait baisser notre empreinte carbone de 4% en mesure absolue et de 13% à chiffre d'affaires constant.

Nous mesurons aussi l'empreinte carbone de tous nos sous-traitants tier 1, ce qui représente environ 80% de notre empreinte totale. Nous avons audité 142 de ces sous-traitants sur 246 usines pour être sûr de leur conformité à notre politique de réduction d'empreinte carbone.


Yves de Talhouët est P-DG d'HP en France, vice-président et directeur général de l'activité Solutions Technologiques depuis 2006. Avant de rejoindre HP, Yves de Talhouët était président d'Oracle France. Il a également occupé la fonction de vice-président de la région EMEA chez Schlumberger. Yves de Talhouët est diplômé de l'Ecole Polytechnique, de l'Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications et de l'Institut des Sciences Politiques de Paris.

 

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