Jean-David Chamboredon (Isai) "Si un business marche en France, pourquoi ne pas le lancer aux Etats-Unis ?"

Jean-David Chamboredon a profité de la French Touch Conference qui se déroule mercredi et jeudi à New York pour annoncer le lancement de l'activité d'Isai outre-Atlantique.

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Jean-David Chamboredon. © Isai

JDN. Vous avez annoncé lors de la French Touch Conference le lancement d'Isai New York. Paul Strachman rejoint à cette occasion la société en tant que venture partner US. Quel est votre objectif et quelles seront ses activités ?

Jean-David Chamboredon. Le premier objectif est d'aider les sociétés françaises dans lesquelles nous avons investi à s'installer, se déployer et se financer aux Etats-Unis. Le schéma typique, pour une entreprise européenne, est de se financer d'abord localement, dans son pays, puis avec un tour de table européen. Ensuite, quand le chiffre d'affaires est réparti à l'international, la start-up se pose la question d'aller aux Etats-Unis. Souvent, malheureusement, il est déjà trop tard car des concurrents américains bien plus forts ont déjà eu le temps de s'installer.

La question que l'on pose est la suivante : une fois que j'ai démontré en France que mon business marche, pourquoi ne pas aller directement aux Etats-Unis ? Nous voulons rendre possible ce genre de trajectoires et que nos start-up puissent lever tôt auprès de VC américains, ce qui n'est pas évident : les financements américains early stage vont quasiment uniquement vers des sociétés américaines. Quand les VC se tournent vers des sociétés européennes, c'est en late-stage, pas en série A ou B.

Si nous avons une présence à New York, nous aurons plus de chances de comprendre ce qu'il faut faire pour montrer nos entreprises aux VC américains bien plus tôt, pour des séries A ou B américaines (5 à 10 millions et 10 à 50 millions de dollars, respectivement).  

Investir dans des start-up US fondées par des Français

Comptez-vous également investir dans des sociétés américaines ?

C'est notre deuxième objectif, qui découle du premier. Si l'on a une présence permanente à New York, où se trouvent de nombreuses entreprises américaines fondées par des Français, alors ces sociétés seront sans doute contentes d'accueillir un VC français aux côtés d'un américain. Nous nous positionneront plutôt en "co-invest", avec des investisseurs locaux, ce qui créera un lien de proximité avec eux et nous permettra sûrement de leur proposer ensuite d'autres start-up plus facilement.

La ville de New York compte désormais de nombreux VC et présente un gros potentiel de financement. Pour vous différencier des autres, vous visez donc uniquement des sociétés américaines ayant des cofondateurs français ?

"Pourquoi pas viser des start-up US du luxe ou de la cosmétique"

Les sociétés américaines que l'on veut approcher auront en effet souvent gardé un lien avec la France, en y laissant la R&D, l'un des cofondateurs... Pour un VC américain, accueillir un VC français a dans ce cas beaucoup de valeur. Mais pourquoi pas aussi imaginer investir dans des start-up 100% américaines mais qui ont tout intérêt à créer un lien avec la France parce qu'elles veulent y avoir une présence, si elles sont dans le luxe ou les cosmétiques par exemple. Par ailleurs, si la renommée d'Isai était très faible à l'international il y a quelques années, aujourd'hui, en tant que early backer de Blablacar, nous pesons beaucoup plus.

Comptez-vous trouver des souscripteurs aux Etats-Unis ?

A partir du moment où nous avons décidé d'avoir une présence aux Etats-Unis, on s'est reconnectés à des entrepreneurs français installés là-bas qui sont devenus souscripteurs dans Isai II [Fonds de post-amorçage dont le premier closing de 55 millions d'euros a été annoncé en avril 2015, ndlr]. Par nature, on sera plus imbriqués dans l'écosystème américain et nos souscripteurs-entrepreneurs pourront venir de là-bas. Par conséquence, nous avons un seul permanent sur place mais une douzaine (peut-être bientôt plus) d'entrepreneurs-souscripteurs que l'on peut mobiliser.

Axelle Lemaire prône la création de fonds paneuropéens pour accompagner l'essor de géants européens. Pourquoi décider d'aller investir aux côtés de VC américains plutôt que de tenter de créer des méga-tours de table ici, en Europe ?

Je suis ravi que l'écosystème européen se finance avec des fonds paneuropéens car les sociétés à notre portfolio auront plus de chance de trouver du capital pour se développer. Mais on s'aperçoit que si le schéma pour se lancer aux Etats-Unis n'est pas simple, la création de valeur peut être colossale quand on réussit. Et surtout, il est bien plus compliqué de se développer outre-Atlantique qu'en Europe, nos sociétés ont plus besoin d'aide sur ce point.

Diplômé de l'Ecole Polytechnique en 1982, Jean-David commence sa carrière chez Cap Gemini où il passe 13 ans et fonde le Cap Gemini Telemedia Lab dans la Silicon Valley en 1997. Il rejoint le monde du capital-investissement en 1999, d'abord chez Europatweb comme CTO, puis Viventures comme Partner. S'en suivent 6 années chez 3i Group Plc en tant que Partner Français de l'activité Venture et TMT. Son "track record" inclut SeLoger.com (IPO Euronext), Screentonic (acquis par Microsoft), Okyz (acquis par Adobe), Highdeal (acquis par SAP), Netonomy (acquis par Comverse), Priceminister (acquis par Rakuten), Fastbooking, Twenga, Blablacar... J-David est fondateur et administrateur de France Digitale et a été le porte-parole du mouvement des Pigeons.

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