Emmanuel Françoise (Uplike) "Nous sommes devenus rentables grâce aux posts Uplike Shopping"

Uplike, application mobile française à la croisée de Pinterest et d'Instagram, séduit les américains qui représentent 60% de ses utilisateurs. Son fondateur nous décrit les axes de monétisation et la stratégie de la start-up.

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Emmanuel Françoise. © Uplike

JDN. Pouvez-vous présenter l'application Uplike ?

Emmanuel Françoise. J'aime la décrire comme un "Twitter social". L'objectif était de créer une application de communication visuelle, qui permet de discuter en échangeant des images, des vidéos ou des gifs sur toutes les thématiques. Le contenu est majoritairement généré par les utilisateurs mais on peut aussi importer des contenus d'autres sites (Youtube, Soundcloud...), contrairement à Pinterest par exemple. Et il y a plus d'interaction, de discussions que sur Instagram. C'est une application "media first" : les utilisateurs n'ajoutent du texte aux contenus que dans 25% des posts.

 

Combien comptez-vous d'utilisateurs ?

15% des utilisateurs en France, 60% aux US

Nous revendiquons 2 millions d'utilisateurs par mois. Nos utilisateurs viennent principalement de dix pays : Etats-Unis, pour 60%  d'entre eux,  puis Royaume-Uni, Canada, France (15%), Italie, Allemagne, Australie, Nouvelle-Zélande, Mexique et Brésil. Notre stratégie, au départ, était de nous déployer principalement dans les pays émergents, en Europe centrale. Mais à notre grande surprise, nous avons vite enregistré beaucoup d'utilisateurs aux Etats-Unis. Ils y sont plus actifs et postent plus de contenus alors que nous n'y avons fait aucun effort marketing.

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Uplike permet d'uploader des contenus divers. © Uplike

Pourquoi, selon vous, cet enthousiasme outre-Atlantique ?

Les américains sont plus avancés sur les usages sur les réseaux sociaux et créent aussi beaucoup plus de contenus que les européens, donc ils ont rapidement adopté Uplike. Les contenus sont beaucoup consultés par les européens mais ils sont aux Etats-Unis.

 

Quel est le profil des utilisateurs ?

65% des utilisateurs ont entre 17 et 35 ans

88% de notre audience a plus de 17 ans et 65% a entre 17 et 35 ans. Deux tiers sont des utilisatrices, et les femmes sont beaucoup plus actives que les hommes, elles partagent beaucoup plus de contenus. Notre audience se divise à parts égales entre iOS et Android. Nous réfléchissons à lancer une version Windows Phone. Enfin, les tablettes représentent 15 à 20% de notre audience. Nous avons d'ailleurs fait une erreur en passant bien trop de temps à développer des versions pour tablettes et à travailler l'ergonomie alors que c'est encore mineur pour notre audience. C'était un mauvais calcul économique, car nos développeurs ont passé 60% de leur temps dessus.

 

Comment monétisez-vous l'application ?

Nous n'avons pas diffusé de publicités sur l'application pendant un an pour ne pas détériorer l'expérience utilisateur. Nous ne misons que sur les publicités natives, que nous avons mis un an à développer et que nous avons finalement lancé en juillet 2014. Tous les 10 ou 15 uplikes, la publicité prend le format type d'un uplike. On travaille avec Mopub, le partenaire technique de Twitter, qui a salué notre manière de travailler la publicité. Le problème, c'est que les budgets annonceurs n'ont pas encore basculé du desktop au mobile et que les annonceurs sont encore plus accros aux bannières et interstitiels.

Un bouton acheter, comme sur Pinterest

Notre deuxième axe de monétisation est celui des uplike shopping. Nous l'avons vite remarqué, quand nos utilisateurs repèrent sur une photo un produit qui leur plaît, ils demandent dans les commentaires où l'acheter.  Nous avons donc approché des marques comme Zappos, Nike ou Adidas pour qu'ils sponsorisent des posts. Nous choisissons nous-mêmes les produits, dans leurs collections, pour lesquels nous créons des uplike avec un bouton "acheter". Dans le cas, un clic ouvre directement dans l'application Uplike le Nike store sur la paire de running, par exemple, pour finaliser l'achat. Ces Uplike shopping ne remontent pas forcément en tête de page, ils sont soumis au même algorithme que les autres posts, selon le nombre de likes, de commentaires... Nous sommes rémunérés au CPM, pas à la commission sur l'achat. On l'a lancé fin janvier et ça fonctionne très bien, cela nous rapporte déjà plus de revenus que la publicité native et ça nous a permis d'arriver à l'équilibre financier. Nous avons 400 produits ainsi référencés sur Uplike aujourd'hui.

 

Vous venez de lever 500 000 euros auprès de vos investisseurs historiques LCP Service et Katherine Zymla, 18 mois après un premier tour de table du même montant. Comment allez-vous utiliser ces fonds ?

Nous venons d'ouvrir un bureau à Tokyo, donc nous allons commencer à accélérer en Asie. La levée de 500 000 euros n'est pas énorme, mais je poursuis une philosophie d'épicier : nous voulions arriver à un modèle avec une audience et une monétisation parallèle avant de lever un plus gros montant et d'accélérer. Nous sommes moins d'une dizaine de collaborateurs, entre Paris et Nantes, et nous avons besoin de recruter. Nous voulons aussi travailler avec d'autres marchands et  booster l'acquisition d'audience puisqu'on monétise nos utilisateurs. Et pourquoi pas ouvrir un bureau aux Etats-Unis aussi, où 100% de nos deals se situent.

 

Sur quelles nouvelles fonctionnalités travaillez-vous ?

Nous voulons encore faciliter la communication entre utilisateurs pour arriver sur un chat très visuel et créer plein de communautés, de groupes. Je crois à un réseau social ouvert, qui ressemble à des forums de discussions multithématiques.

 

Emmanuel Françoise a fondé la Webagency Creanet dès 1995 puis des sites comme OverGame, le premier magazine en ligne dédié au jeux-vidéo (1996) ou la communauté TopFinance (1998). Il fonde par la suite Think Multimédia qu'il cèdera en 2007 à un groupe européen coté dont il rejoindra la direction. En 2013, Emmanuel Françoise lance Uplike, application mobile permettant aux utilisateurs de communiquer visuellement et trouver facilement de nouvelles inspirations. 

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