Créer des environnements cloud prêts pour l'analyse des menaces par l'IA

Datadog

Face à l'explosion des signaux de sécurité cloud, l'IA promet d'accélérer la détection des menaces. Mais suffit-il de l'intégrer pour réellement renforcer la sécurité ?

Les environnements cloud génèrent chaque jour un volume croissant de signaux de sécurité que les équipes doivent analyser pour distinguer les activités légitimes des menaces réelles. Face à l’augmentation des données, au manque de contexte et au risque de mobiliser des ressources sur des alertes sans impact, de nombreuses organisations se tournent vers l’IA pour renforcer leurs opérations de sécurité. La capacité de l'IA à analyser de vastes volumes de données de télémétrie, à corréler les activités dans les environnements cloud et à accélérer l'investigation des incidents peut donner l'impression qu'il suffit de l'intégrer aux opérations de sécurité pour améliorer automatiquement la détection des menaces. Qu’en est-il en réalité ?

En réalité, l’efficacité de l’IA dépend avant tout de la qualité de l’environnement dans lequel elle est déployée. Si les identités sont mal gouvernées, si les données de télémétrie sont incohérentes ou si des informations opérationnelles essentielles sont absentes, l’IA héritera inévitablement de ces lacunes. Les organisations qui tirent le meilleur parti de l'IA pour l'analyse des menaces ne sont pas forcément celles qui disposent des modèles les plus sophistiqués. Leur véritable avantage réside dans leur capacité à concevoir des environnements cloud qui fournissent à l'IA les données et le contexte nécessaires pour produire des analyses fiables. Reste une question : comment bâtir un tel environnement sans renforcer les angles morts existants ? 

Les points forts de l’IA dans l’analyse des menaces

Lorsqu’elle s’appuie sur des modèles performants, l’IA peut considérablement améliorer l’analyse des menaces. Dans les environnements cloud, les attaques se manifestent rarement sous la forme d’événements isolés; elles résultent le plus souvent d’une succession d’actions impliquant plusieurs identités, ressources et services. C’est là que l’IA apporte une réelle valeur ajoutée en orientant plus efficacement les analystes dans leurs investigations. Au lieu de devoir passer au crible des milliers d’alertes, l’IA leur permet d’établir des liens entre des signaux qui, à première vue, semblent corrélés. Cette étape importante permet d’identifier des schémas d’attaque complexes et de détecter des signaux faibles au sein de vastes volumes de données de sécurité. Cette capacité repose toutefois entièrement sur la qualité des données et sur le contexte dont l’IA dispose. 

Les limites de l'IA dans l'analyse des menaces

Si l'IA renforce l'analyse des menaces en corrélant automatiquement les activités, elle peut aussi conduire à des conclusions erronées, notamment lorsqu'elle s'appuie sur des données incomplètes ou incohérentes. Les hallucinations, les erreurs de classification et les faux positifs résultent souvent d'un manque de contexte, qui empêche l'IA d'interpréter correctement les informations à sa disposition. Il est donc indispensable de valider systématiquement les résultats en les confrontant à des éléments factuels et vérifiables, tels que des événements précis, des identités ou des ressources, afin de confirmer la pertinence des analyses. 

L'IA peut également mal interpréter des comportements nouveaux ou inhabituels si elle ne parvient pas à distinguer clairement les schémas attendus ou à identifier ce qui constitue un comportement normal au sein de l'organisation. La pertinence de ses analyses dépend donc directement de la maturité de l'environnement de sécurité, de la qualité des données disponibles, du contexte métier et de la définition des comportements attendus. À mesure que les organisations s'appuient davantage sur l'IA pour renforcer leurs opérations de sécurité, leurs dirigeants doivent se poser une question essentielle: leur environnement de sécurité offre-t-il les conditions nécessaires pour exploiter pleinement le potentiel de l'IA? 

Un environnement cloud offrant à l’IA visibilité et contexte

L'un des moyens les plus efficaces d'améliorer l'analyse des menaces assistée par l'IA consiste à définir avec précision les autorisations accordées aux identités cloud. Des approches telles que l'User and Entity Behaviour Analytics (UEBA) permettent d'établir des profils comportementaux de référence en analysant les habitudes d'utilisation des identités au sein de l'environnement. Si des comptes à privilèges disposent de droits d'accès excessifs ou exercent régulièrement des actions qui dépassent leur périmètre de responsabilité, l'IA risque d'intégrer ces pratiques comme étant normales. La fiabilité de ses analyses repose donc avant tout sur une définition claire des comportements légitimes. 

Par exemple, une organisation devrait pouvoir répondre à des questions telles que : 

  • Quelles identités sont autorisées à effectuer les actions d’administration associées à ce rôle ?
  • À quelle fréquence les actions d’administration doivent-elles être réalisées ? Font-elles partie des opérations courantes ou ne sont-elles attendues que pendant des créneaux spécifiques ?
  • Où ces types d’actions sont-ils généralement effectués ? Par exemple, sont-ils habituellement réalisés depuis des zones géographiques ou des réseaux spécifiques ?
  • Pour ce type d’actions, à quelles ressources les identités associées sont-elles normalement censées accéder ?
  • Quelles anomalies, quels seuils d’activité et quels emplacements doivent être considérés comme suspects ?

Les réponses à ces questions permettent de définir un référentiel des comportements attendus, sur lequel l'UEBA s'appuie pour affiner ses analyses. Contrairement aux seuils statiques appliqués de manière uniforme à l'ensemble des identités, l'UEBA établit un profil comportemental pour chaque identité et lui attribue un score de risque afin de prioriser les alertes à analyser. Par exemple, si un compte d'administration accède soudainement à des ressources auxquelles il n'a pas l'habitude d'accéder, ce comportement peut être signalé comme suspect. L'IA est en effet capable de détecter les écarts par rapport au comportement de référence et d'identifier les anomalies les plus significatives.

Améliorer la corrélation des signaux grâce aux logs et aux métadonnées

Au-delà de la compréhension des comportements attendus, l'IA a besoin d'identifiants fiables et d'un contexte précis sur les ressources afin d'interpréter correctement les activités dans le cloud. Les logs et les métadonnées associées permettent de rattacher chaque événement à sa source, ainsi qu'aux utilisateurs ou aux entités qui en sont à l'origine.

À minima, les logs d'audit, d'authentification et d'activité doivent consigner l'identité de l'auteur, la nature de l'action réalisée, son résultat et l'horodatage associé. L'enrichissement de ces logs par des métadonnées contextuelles (telles que le service concerné, l'équipe responsable ou la ressource associée) apporte à l'IA les éléments nécessaires pour corréler des événements isolés et reconstituer des scénarios d'attaque cohérents, plutôt que de les analyser comme de simples alertes indépendantes. Sans ce niveau de contexte, même les modèles d'IA les plus avancés peuvent difficilement distinguer les menaces significatives du bruit généré par les activités courantes. 

Des fondations de sécurité solides à l'ère de l'IA 

L'IA transforme en profondeur la manière dont les équipes de sécurité analysent et investiguent les menaces. Son efficacité repose toutefois sur une ingénierie de sécurité rigoureuse et des fondations opérationnelles solides, en particulier sur la qualité des données de télémétrie disponibles et du contexte qui les accompagne. Des logs incomplets, des métadonnées incohérentes ou des erreurs de configuration dans le cloud réduisent la visibilité et augmentent le risque de ne pas détecter des menaces réelles. Les organisations qui tirent le meilleur parti de l'IA dans leurs opérations de sécurité sont celles qui investissent dans une gouvernance robuste des identités, une télémétrie de qualité et un contexte opérationnel suffisamment riche pour permettre à l'IA de produire des analyses fiables et pertinentes.