Agents IA : le règne du SaaS touche t'il à sa fin  ?

Claranet

L'IA et les agents redéfinissent le SaaS : fin du monopole des interfaces, place aux backends agiles, agent-ready et centrés sur la donnée souveraine.

Les systèmes d’information d’entreprise ont accumulé, décennie après décennie, une profusion d’outils et d’interfaces, plus ou moins ergonomiques. Chaque besoin métier a donné naissance à une application dédiée, chaque processus à son propre portail, chaque équipe à son environnement spécifique. Résultat : les parcours sont fragmentés pour accomplir des tâches pourtant simples du quotidien. 

Avec l’essor de l’IA, et des agents en particulier, ce mode d’interaction va être bouleversé. Fini les favoris vers le SIRH, l’ERP, le CRM ou la base de connaissances. Demain, un assistant en langage naturel permettra de poser toutes les questions utiles sur son métier et l’écosystème de l’entreprise, et d’obtenir des réponses contextualisées. 

Mais ces agents ne se contenteront pas de répondre. Ils agiront. Directement sur le SI. Poser des congés, déclarer de vraies notes de frais (source), publier un rapport sur les tendances d’un marché ciblé, réaliser des tâches très opérationnelles… Ces actions seront déléguées à une constellation d’agents spécialisés, orchestrés par des serveurs MCP capables de garantir des processus fiables et audités. 

Le SaaS est-il mort ?  

Non, mais il doit muter. Le modèle SaaS tel qu’on l’a connu, centré sur des interfaces que nous utilisons dans un navigateur, deviendront moins prégnantes. Ces interfaces, souvent figées et pensées pour des usages génériques, ne répondent plus aux exigences d’agilité, de personnalisation et d’efficacité opérationnelle que les entreprises attendent aujourd’hui.  

La valeur se déplacera vers des backends robustes et agiles, conçus pour automatiser et fiabiliser les processus métiers. Ils seront exposés via des API et pilotés par des agents spécialisés capables d’interagir en langage naturel, et de déléguer des tâches à des microservices spécialisés. 

Ce changement de paradigme ne signifie pas la disparition du SaaS, mais la fin de son monopole comme couche d’interaction. Certaines tâches seront déléguées, et les interactions homme–machine gagneront en naturel. La conduite du changement s’en trouvera facilitée : même si notre génération a grandi avec ces interfaces, elles n’ont rien de naturel. Les frontières entre applications s’estomperont progressivement jusqu’à, espérons-le, disparaître. Dans ce nouveau paysage, les éditeurs SaaS qui survivront seront ceux qui auront su pivoter vers des architectures agent-ready, centrées sur l’usage, la modularité et l’interopérabilité. 

Et la donnée dans tout cela ? 

Nerf de la guerre dès qu’il est question d’IA, la donnée est le joyau de l’entreprise : stratégique, critique et souvent confidentielle. Dans un contexte géopolitique incertain, les acteurs IT cherchent des alternatives de confiance pour limiter l’exposition à des risques exogènes liés à des évolutions politiques internationales (droits de douane, suspension de services, mainmise sur la donnée…). 

Les moteurs agentiques qui manipulent ces données sensibles doivent pouvoir s’exécuter dans des environnements contrôlés, afin de se prémunir de ces risques. Les capacités, fonctionnalités et échelles offertes en Europe ne sont toutefois pas comparables, à ce stade, à celles disponibles aux États-Unis ou en Chine. D’où la pertinence, plus que jamais, d’une stratégie hybride, voire multicloud dans une logique d’arbitrage dynamique, fondée sur la criticité des données, les exigences réglementaires et les impératifs métiers. 

La classification des charges de travail selon la criticité des données permet de bâtir une plateforme data et IA adaptée aux différents besoins de l’entreprise, en arbitrant intelligemment entre souveraineté, performance et coûts. C’est cette granularité, cette capacité à moduler les choix d’infrastructure en fonction du contexte, qui fera la différence dans les années à venir. 

L’ère des agents intelligents ne signe pas la fin du SaaS, mais la fin de son monopole comme couche d’interface. Les entreprises qui réussiront seront celles qui conçoivent des backends agent-ready, renforcent leur gouvernance de la donnée et adoptent des architectures hybrides pragmatiques. 
À la clé : plus d’efficacité, moins de friction et une transformation en profondeur des processus métiers et réellement centrée sur l’usage. Avec, peut-être, la naissance d’un nouveau principe de AaaS : Agent as a Service.