Licences IA : votre abonnement par siège ne paie plus que l'entrée

praxena.fr

En trois semaines, Microsoft, Google et OpenAI ont revu la forme de leurs contrats IA. Le siège reste, mais le travail qui coûte passe au compteur. Le risque de volume vient de changer de camp.

Le 25 septembre, Microsoft a publié un billet de cinq minutes sur "l'évolution du modèle tarifaire de Copilot". Ton rassurant, contenu qui l'est moins : Copilot se vend désormais en deux morceaux.

Le premier, baptisé "Everyday AI", reste une licence par utilisateur et par mois. Il couvre ce que Microsoft appelle les tâches saturées, celles où un meilleur modèle ne change plus le résultat, comme résumer un document ou tirer une liste de points d'une transcription de réunion.

Le second, "Advanced AI", regroupe ce qu'on délègue. Les agents qui tournent des heures, Cowork, Code, Autopilot, les modèles de pointe Fable et Astra. Il se paie en Copilot Credits, à l'usage, et la licence par siège reste obligatoire pour y accéder.

Microsoft n'est pas seul. Chez OpenAI, la page d'aide consacrée à la facturation au token des contrats Enterprise a été mise à jour mi-septembre. Chat, Work et Codex y sont mesurés en tokens et facturés en dollars, en plus des sièges contractés. Les sièges assignés au premier du mois sont dus, même si personne ne s'en est servi.

Anthropic affiche la même formule sur sa grille Enterprise : 20 dollars par siège et par mois, plus l'usage au tarif de l'API.

Google a pris un autre chemin pour arriver au même endroit. Depuis le 17 septembre, un abonnement Gemini Enterprise Standard ou Plus, nouveau ou renouvelé en ligne, n'inclut plus Gemini Code Assist. Les clients en cours gardent l'outil jusqu'à la fin de leur terme. Ensuite, il faudra un autre produit ou un rendez-vous commercial.

Quatre éditeurs, une seule direction. Le siège devient un droit d'entrée, et le travail part au compteur.

Côté catalogue, le prix unitaire baisse pourtant. Opus 5.5, le modèle haut de gamme d'Anthropic, sort à 4 dollars le million de tokens en entrée et 20 en sortie, 20 % sous Opus 5. Au relevé d'octobre de mon baromètre mensuel des prix de l'IA, c'est la première baisse d'un Opus depuis le début de la série. Lire ces annonces comme une bonne nouvelle tarifaire, c'est passer à côté.

Ce qui bascule, c'est le porteur du risque de volume. Avec une licence par siège, l'éditeur pariait sur un usage moyen et absorbait ses gros consommateurs. Au compteur, c'est le client qui absorbe.

Or l'usage qui grossit cette année n'est pas le résumé de réunion. C'est l'agent à qui l'on confie un modèle financier "tout l'après-midi", pour reprendre l'exemple choisi par Microsoft lui-même. Un tarif en baisse de 20 % appliqué à une tâche qui dure trois heures au lieu de trente secondes, le calcul se fait de tête.

Le billet de Microsoft contient d'ailleurs une phrase savoureuse. Mettre le travail courant au compteur serait "le mauvais deal", parce que les entreprises finiraient par rationner l'accès à l'IA. L'argument est juste. Il vaut aussi pour la moitié de l'offre que Microsoft vient de mettre au compteur (on appréciera).

Pour une DSI, la nouveauté qui compte tient dans un réglage. Chez Microsoft, la partie à l'usage reste désactivée sur les tenants entreprise tant qu'un administrateur n'a pas créé de politique de dépense, et rien n'est facturé avant.

Budgets par tenant et par groupe, plafonds individuels, alertes, rattachement des coûts à un abonnement Azure. OpenAI propose l'équivalent, avec un budget mensuel d'espace de travail et des limites par utilisateur et par groupe.

Ce réglage ressemble à un paramètre d'administration. Il engage une ligne budgétaire. Le scénario que je redoute est banal : un administrateur active la politique pour débloquer un pilote, fixe un plafond au jugé, et la direction financière découvre deux trimestres plus tard une dépense variable qu'elle n'a jamais vue passer.

Ma position tient en une phrase. Tant qu'un responsable métier n'a pas signé un budget par processus, la politique de dépense reste fermée. Pas par prudence de principe : c'est le seul moment où l'on choisit encore qui paie quoi. Une fois l'usage installé, couper un agent revient à arrêter un service.

Les contrats réservent aussi deux pièges plus discrets. Chez Google, un renouvellement en ligne suffit à retirer un outil que vos développeurs ouvrent tous les matins, et une reconduction de licence se relit rarement (mauvaise habitude, désormais coûteuse).

Côté OpenAI, un engagement de dépense peut couvrir à la fois ChatGPT Enterprise et l'API, avec une sous-consommation facturée selon le contrat. Mais le rapport de ChatGPT n'affiche pas la consommation API. Suivre l'engagement retombe donc sur le client, tableur à l'appui.

Microsoft compare son modèle à une hybride rechargeable, la licence en guise de batterie et les crédits en guise de réservoir. L'image est bien trouvée. Elle oublie de dire qui décide du moment où le moteur thermique démarre.

Pendant vingt ans, les DSI ont acheté du logiciel au nombre de têtes. L'IA se facture désormais au travail fourni, comme le cloud avant elle. Les entreprises qui ont mis des années à apprendre le FinOps sur leurs factures d'hébergement n'ont plus des années devant elles. Elles ont une date de renouvellement.

Romain Faure, praxena.fr