Pour une IA juridique sûre et de confiance
Une IA juridique de confiance et souveraine coconstruite avec les professionnels du droit.
L'IA générative s'invite progressivement dans le quotidien des cabinets, des directions juridiques et des administrations. Les infrastructures, agents, workflows et modèles sont de plus en plus puissants.
Les gains ne sont plus potentiels mais mesurables pour les professionnels du droit sur toutes les tâches d'analyse, de recherche et de rédaction : recherche accélérée, premières versions des documents, synthèses de nombreux documents en quelques secondes, et ce n'est que le début. Nous mesurons chaque jour l'engouement suscité et ne pouvons que nous en réjouir.
Mais lorsqu'il s'agit de dossiers juridiques, la seule véritable question qui compte est celle de la confiance. Une IA juridique doit être utile, traçable et fiable, sans fragiliser le secret professionnel, la confidentialité et la responsabilité qui sont au cœur des professions du droit.
Cette confiance commence par la co-construction. Une IA n'a de valeur que si elle répond à des besoins concrets et s'adapte aux contraintes du terrain, au plus près des professionnels. Sans cet ancrage, elle reste cantonnée à des tests sans lendemain. C'est d'ailleurs ce que confirme une étude du MIT : seuls 5 % des projets d'IA déployés en entreprise atteignent la production avec un impact mesurable. Cela s'explique principalement, selon nous, par le fait que ces projets n'ont pas été coconstruits avec les utilisateurs finaux.
Coconstruire est d'autant plus indispensable que le droit, ou plutôt les droits, sont locaux. Un modèle de langage s'appuie sur des bases statistiques et ne hiérarchise pas spontanément les sources ou la portée d'une exception. Il peut produire une réponse qui paraît plausible mais qui sera inexacte sur le fond.
Dans les systèmes civilistes, l'argumentation s'ancre dans des normes codifiées et des sources identifiées, avec une nécessité de pouvoir vérifier chaque affirmation. C'est de là que naît la nécessité de marier expertise métier et ingénierie afin de construire des bases de connaissance vérifiées, de pouvoir vérifier les citations, de poser des garde-fous, d'évaluer les résultats et d'intégrer judicieusement l'humain dans la boucle.
Une IA juridique fiable se construit avant tout par cas d'usage et par pays, plutôt que comme une solution universelle. Les modèles généralistes excellent pour reformuler ou résumer. Mais la valeur, pour un professionnel, se situe sur les tâches métier spécifiques : due diligence, contentieux, marchés publics, conformité sectorielle, analyses pluri juridictionnelles, etc. Sur ces terrains, ce sont les architectures spécialisées qui structurent les livrables, contrôlent les sources et sécurisent les résultats.
À cette exigence de fiabilité s'ajoute une nécessité stratégique de souveraineté. Dans le contexte géopolitique et économique actuel, dépendre d'un unique acteur sur toute la chaîne de valeur — modèle, cloud, outils, données — est un risque opérationnel. Créer de la confiance en France et en Europe suppose de privilégier autant que possible les technologies européennes et, surtout, de rester agile, pour garantir la continuité et l'amélioration continue. Au regard du secret professionnel pour l'avocat, de la confidentialité pour le juriste et des droits des citoyens pour l'administration, il nous apparaît non négociable que les données soient stockées sur un cloud souverain et sécurisé, et traitées en Europe.
Quant au scénario du remplacement, on constate jour après jour qu'il ne se réalise pas. Ce qui se produit est plutôt une transformation de la manière dont les professionnels du droit appréhendent leur métier et transforment leurs habitudes. C'est d'ailleurs ce qui explique la forte volonté des professionnels du droit de s'équiper avec les meilleurs outils pour aller toujours plus vite et gagner en fiabilité. L'IA constitue avant tout un levier pour « augmenter » les professionnels du droit.
L'un des aspects qui nous semble, malheureusement, trop souvent oublié, est la dimension environnementale. La transformation en cours doit nécessairement intégrer cet impératif. Nous ne faisons pas que plaider pour une IA frugale, nous la mettons en œuvre. Pour de nombreuses tâches, le génératif n'a en effet pas vocation à « tout faire » et ne doit intervenir que ponctuellement dans le processus, grâce à une combinaison pertinente avec des mécanismes plus sobres, qui permettent à la fois une meilleure efficacité et fiabilité.
La véritable prouesse technique, aujourd'hui, est de coconstruire cette architecture sûre, utile, souveraine et responsable ; celle que les professionnels du droit pourront adopter en confiance, et améliorer avec nous, pour eux, au fil des dossiers.
Raphaël Arroche et Stéphane Béreux