Sobriété énergétique : faisons de l'intelligence artificielle un pilier du logement

Homensia

Peut-on parler de sobriété énergétique dans le logement sans parler d'intelligence artificielle ? Alors que l'IA est partout : smartphones, bureaux, mobilité, son déploiement dans le logement, pourtant gisement majeur d'économies d'énergie, reste étonnamment timide. Il est temps de corriger cette asymétrie.

Lorsque les pouvoirs publics légifèrent sur la performance des bâtiments, ils visent le secteur tertiaire. Le décret tertiaire fixe des objectifs de réduction ambitieux, et le décret BACS (Building Automation & Control System) impose des systèmes de pilotage automatisé dans les grands bâtiments non résidentiels. En clair : la loi organise la "sobriété intelligente" des bureaux et des commerces. Pour le parc résidentiel, rien de comparable : il reste le grand oublié de cette logique. 

C'est un non-sens stratégique : en 2024, le bâtiment représentait 43 % de la consommation énergétique française, dont 28 % proviennent du résidentiel et 15 % du tertiaire. Pour atteindre nos objectifs climatiques, le logement ne doit plus être le parent pauvre de la régulation.

Sortir de la culpabilisation de l'usager

Depuis longtemps, les politiques énergétiques reposent sur un paradigme devenu obsolète : faire appel à la responsabilité individuelle en demandant à l’usager de faire des "efforts". Les solutions actuelles (thermostats connectés, compteurs communicants, applications de suivi) ne sont que des outils de visualisation qui exigent l’action de l'usager : "Je baisse, j'éteins, je décale". Cette approche a atteint ses limites. Elle impose une charge mentale trop lourde pour rester efficace sur la durée. 

À l'inverse, l'automatisation imposée dans le tertiaire montre qu'il faut soulager l'occupant. Une étude récente démontre qu'un pilotage connecté global (gérant chauffage, eau chaude, volets pièce par pièce via l'IA) permet jusqu'à 30 % d'économies d'énergie par an, sans dégrader le confort. L'IA
permet ainsi de passer d'une sobriété "subie" à une sobriété "pilotée", fluide et invisible. Il est temps d’offrir aux ménages le même niveau de performance.

Vers une IA frugale utile et aliée du climat

Une objection revient souvent : l’IA consomme de l’énergie, notamment via les data centers, dont la demande électrique pourrait plus que doubler d’ici 2030. L’enjeu n’est pas de mettre l'IA partout, mais de déployer une "IA frugale", telle que définie par l'ADEME, là où son "retour sur investissement écologique" est positif. Il s’agit de privilégier des systèmes qui traitent les données dans le logement et limitent les échanges avec le cloud, plutôt que de multiplier les services énergivores à faible utilité. Quand la puissance de calcul permet d’éviter des milliers de kilowattheures dans des millions de logements, l’IA devient un outil de souveraineté et non un gadget.

Donnons-nous les moyens de nos ambitions

Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé 109 milliards d’euros d’investissement dans l’IA, le logement ne peut pas être écarté de cette stratégie. Trois orientations peuvent structurer une politique volontariste : intégrer des exigences de pilotage intelligent dans la construction neuve, bonifier les
aides à la rénovation lorsque des solutions de pilotage sobres sont installées et lancer des programmes pilotes d’ampleur dans le parc social et les copropriétés fragiles pour combattre la précarité énergétique.

Pour déployer ces solutions, les pouvoirs publics doivent soutenir les acteurs français et européens du secteur, afin que les technologies déployées dans les logements soient conçues et maîtrisées ici. Technologiquement, nous sommes prêts : les briques existent déjà pour sécuriser, assister et
automatiser une partie des usages du logement. Les mettre au service de la baisse des factures et du confort des ménages est la prochaine étape pour améliorer durablement la qualité de vie. Faire du logement un terrain d’excellence pour une IA utile et sobre est une urgence sociale et écologique, mais aussi un choix de souveraineté.