William Shi (Agibot) "Un robot humanoïde peut s'adapter plus facilement au monde humain"
La révolution des robots humanoïdes n'est plus une promesse futuriste : elle s'expose désormais au grand public au Mobile World Congress de Barcelone. Parmi eux, le leader d'un marché encore émergent: AgiBot.
Fondée en 2023, la start-up chinoise a pris une longueur d’avance en termes de ventes sur ses rivaux, qu’ils soient chinois — Unitree, Fourier Intelligence ou Magic Lab — ou américains, comme Tesla, Boston Dynamics et Agility Robotics. En 2025, elle affirme avoir produit près de 5 000 robots, soit plus d’un tiers du marché mondial. Forte de cette dynamique, l’entreprise entend accélérer son expansion internationale, avec l’Europe comme priorité stratégique. William Shi a rejoint AgiBot en janvier avec pour mission de conquérir le marché européen.
JDN. Pouvez-vous nous présenter AgiBot ?
William Shi. AgiBot est une start-up chinoise créée il y a trois ans. Nous nous concentrons sur la recherche et le développement de robots humanoïdes. Aujourd’hui, nous avons déjà trois types de produits. Le premier s’appelle Lumi, c’est la série X2. Il pèse environ 35 kg. Sa capacité principale est de danser et d’apprendre facilement des chorégraphies pour des shows et des événements.
Le deuxième modèle est notre A2, un robot "full size", de la taille d’un humain. Il est conçu pour l’interaction avec les personnes. Il peut présenter des produits en magasin, ou encore orienter les visiteurs dans les aéroports ou les grands centres commerciaux. Enfin, nous avons le G2, qui est capable de travailler. Aujourd’hui, il réalise des tâches simples en usine. Nos trois produits sont déjà vendus en Chine, et sont prêts à être exportés en Europe.
Où en est AgiBot aujourd’hui en termes de production mondiale et quelle est votre vision du développement du marché à moyen terme ?
Selon notre compréhension du marché et plusieurs rapports sectoriels, la production mondiale l’an dernier était d’environ 13 000 unités. En 2025, notre production a dépassé 5 000 unités, soit environ 40% du marché global. Nous sommes donc classés numéro un mondial en volume, même si cela ne veut pas dire grand-chose pour le moment. Dans les dix prochaines années, la production mondiale pourrait atteindre deux ou trois millions d’unités.
Aujourd’hui, 10 000 ou 20 000 unités, c’est très peu. Le plus important est de trouver les bons écosystèmes et de travailler ensemble. C’est un peu comme l’industrie automobile : personne ne fait tout, tout seul. Certains font les moteurs, d’autres le design, d’autres la peinture. Chacun apporte sa technologie. C’est pourquoi nous cherchons des partenaires en Europe.
Qu’est-ce qui vous différencie de vos concurrents, qu’ils soient chinois ou américains ?
"Nous développons aussi un modèle plus petit, d'environ 80 centimètres"
Quand nous disons que nous sommes numéro un, c’est uniquement en termes de volume de production l’an dernier. Cela ne garantit rien pour les trois ou cinq prochaines années. Aujourd’hui, les robots humanoïdes font face à deux grands défis : la production et l’intelligence artificielle. Pour cette nouvelle génération de robots, il faut d’immenses volumes de données. Nous n’avons pas encore assez de data pour faire évoluer rapidement l’IA. C’est le même défi pour Tesla, Figure AI ou d’autres acteurs. Tout le monde est confronté à cette problématique.
Il existe une forte compétition entre la Chine et les États-Unis dans les technologies avancées, mais je pense que c’est positif pour les consommateurs. Sans concurrence, les prix restent élevés. Avec la concurrence, les prix baissent et la technologie progresse plus vite. C’est une bonne chose.
Les robots seront-ils bientôt accessibles au grand public ?
Aujourd’hui, le prix est encore élevé. Un robot coûte presque le prix d’une voiture. Le modèle le moins cher que nous avons vendu est autour de 20 000 dollars. Les coûts de recherche et développement sont importants, et l’automatisation de la production n’est pas encore suffisante. Mais avec le temps, les prix vont baisser.
Nous développons aussi un modèle plus petit, d’environ 80 centimètres, qui sera beaucoup plus abordable et plus accessible aux consommateurs. Il pourrait être prêt dans quelques mois.
Pourquoi AgiBot a choisi de se concentrer sur des robots humanoïdes ?
Lorsqu’un robot ressemble à un humain, il peut utiliser les outils conçus pour les humains. Il peut monter des escaliers, utiliser des ciseaux, un stylo, manipuler des objets standards. Cela facilite son intégration dans notre environnement. Nous avons récemment fait une démonstration d’un robot capable d’écrire une calligraphie avec un stylo. En résumé, un robot humanoïde peut s’adapter plus facilement au monde humain.
Mais tous nos robots ne sont pas entièrement inspirés de la morphologie humaine : le modèle industriel n’a pas de jambes. Car pour travailler en usine, il a besoin de stabilité. Et avec deux jambes, la marche peut être moins stable.
Quelle est votre stratégie pour le marché européen ?
Le marché européen est stratégique pour nous. Il en est encore à ses débuts en matière de robots humanoïdes et ne compte pas, à ce stade, de grands acteurs dominants. C’est précisément pour cette raison que nous arrivons avec notre technologie et que nous cherchons à nouer des partenariats locaux. Un robot ne peut pas exister seul. On peut le comparer à un chatbot, mais avec un corps physique. Il combine le big data, l’intelligence artificielle et la robotique. Par exemple, pour les technologies de large language models (LLM), nous avons besoin de partenaires. Aujourd’hui, nos robots parlent chinois et anglais. Mais pour le français, l’allemand, l’espagnol ou l’italien, nous devons travailler avec des partenaires locaux.
Par ailleurs, nous travaillons avec des solutions cloud en Europe, comme Alibaba, Amazon ou Microsoft, qui disposent des capacités de big data nécessaires. Par exemple, en Chine, le robot ne parle pas français. Mais en Europe, grâce aux infrastructures locales, il peut commencer à parler la langue. Pour évoluer vers des usages industriels, nous devons aussi collaborer avec des entreprises qui comprennent les besoins spécifiques des secteurs européens. C’est essentiel pour le développement futur. Nous cherchons donc des partenaires. Si le robot doit travailler dans différents secteurs, il faut comprendre les besoins de chaque industrie. C’est pour cela que nous sommes venus au MWC : pour rencontrer des partenaires.
Dans combien de temps pensez-vous que l’on verra les robots faire partie intégrante de notre quotidien ?
La progression est très rapide. L’an dernier, à la même période, nos robots savaient seulement marcher. Aujourd’hui, ils dansent et effectuent des mouvements complexes. L’année prochaine, il y aura encore beaucoup d’avancées. Nous entraînons continuellement nos robots avec des données et des manipulations. Ils apprennent très vite. Dans trois à cinq ans, je pense que les familles pourront trouver de la valeur dans ces robots, que ce soit pour l’interaction ou certaines tâches simples.