Robot-as-a-Service : le modèle qui pourrait démocratiser les robots humanoïdes

Robot-as-a-Service : le modèle qui pourrait démocratiser les robots humanoïdes Face au coût élevé des robots humanoïdes, les acteurs du secteur explorent une autre voie que l'achat traditionnel : le Robot-as-a-Service. Inspiré du modèle des logiciels par abonnement, il vise à réduire les barrières à l'entrée et à accélérer le déploiement de ces machines.

Le marché des robots humanoïdes est promis à une forte croissance. Mais il se heurte à un obstacle majeur : le prix. Pour un modèle capable de travailler dans une usine ou un entrepôt, il faut compter au moins 30 000 euros, et jusqu’à 300 000 euros pour les plus sophistiqués. Cela représente un lourd investissement pour les entreprises, et place encore ces machines hors de portée des PME et du grand public.

Pour contourner cette barrière, la plupart des fabricants misent sur un système fondé sur la location par abonnement : le Robot-as-a-Service (RaaS). Inspiré par le Software-as-a-Service (SaaS), il permet aux entreprises comme aux particuliers de payer un abonnement mensuel ou un tarif basé sur l’usage. Dans le cas des robots humanoïdes, on parle aussi parfois de "Humanoid-as-a-Service" (HaaS). En offrant davantage de flexibilité et en réduisant la barrière à l'entrée, cette approche commence à séduire certains types de clients.

Une flexibilité appréciée par les entreprises

Une étude récente publiée par Capgemini révélait que 78% des dirigeants d’entreprise sont prêts à déployer un jour des robots humanoïdes à l’échelle. Mais 63% en sont pour le moment dissuadées par le prix à l’achat, les difficultés pour les entraîner, et un retour sur investissement incertain.

"Seuls certains secteurs sont déjà en mesure de rentabiliser ces robots, notamment l’industrie", explique  Guillaume Moukala Same, économiste à l’institut Asterès et auteur de la note Les robots humanoïdes, la prochaine révolution technologique ?. "Il faut maximiser leur taux d’utilisation afin de réduire leur coût horaire. Aujourd’hui, beaucoup d’usines restent partiellement contraintes par les rythmes humains. Mais avec des installations largement automatisées, où seuls des robots et des machines opèrent, il deviendrait possible d’assurer une activité continue. Dans ce cas, le coût des robots pourrait être amorti beaucoup plus rapidement."

Pour l'heure, les industriels peinent encore à savoir comment intégrer ces robots ou à mesurer leur efficacité réelle. Louer des robots plutôt que de les acheter permet de les tester tout en limitant les risques financiers. Ce modèle permet aussi aux clients de bénéficier d’un service en amont et en aval. Le fournisseur peut l’aider à installer les robots, puis assurer un suivi, déployer les mises à jour logicielles et se charger de l’entretien et des réparations. Un robot humanoïde est composé en moyenne de près de 15 000 pièces, dont certaines s'usent et doivent être remplacées régulièrement.

De nouveaux acteurs, pour offrir un service clé en main

Le modèle RaaS permet donc au marché des humanoïdes de prendre son essor. Début mai, la start-up britannique Humanoid a signé l’un des plus gros contrats en date avec Schaeffler, visant à déployer plus d’un millier de robots dans les usines du constructeur allemand de pièces mécaniques d’ici 2032. Figure AI a noué un partenariat avec BMW pour déployer ses robots sur les lignes d’assemblage du constructeur automobile, comme le français Wandercraft avec Renault. Et le constructeur américain Agility a commencé à déployer des robots pour le géant de la logistique GXO.

On constate aussi l’arrivée de nouveaux acteurs se positionnant comme des intermédiaires entre les constructeurs de robots et les entreprises. La start-up française Korben propose à ses clients toutes sortes de robots sur le modèle RaaS, des plus basiques aux humanoïdes les plus sophistiqués. "Chez nous, un robot coûte environ 500 euros par mois selon les usages", explique le CEO de Korben, Lucas Goumarre, au Journal du Net. Cette mensualité comprend le hardware, le software, la maintenance, le support, les mises à jour, ainsi que l'accompagnement technique. "Nous voulons être une sorte d'Android de la robotique, mais au niveau du middleware : une couche intermédiaire qui gère les robots, leur communication et leur orchestration".

Il souligne ainsi un autre problème rencontré par certains de ses clients, qui disposent de plusieurs robots de marques différentes. Korben fournit une plateforme logicielle permettant de les opérer de manière coordonnée, tout en effectuant un suivi de leur usage, afin d’éviter qu’ils restent sous-utilisés. Des compétences que ne possèdent pas, pour le moment, les entreprises qui souhaitent déployer des robots. 

De premières offres RaaS dans la robotique domestique

Les freins à une adoption massive sont plus importants dans des secteurs où la demande n’est pas continue, comme celui des services, ou pour les usages domestiques. Le RaaS apparaît alors d’autant plus adapté. "Si un robot ne travaille que quelques heures par semaine, pourquoi supporter le coût d’acquisition complet ?, résume Guillaume Moukala Same.

Si pour le moment le marché de la robotique humanoïde concerne essentiellement le B2B, de premières offres RaaS commencent à voir le jour dans le B2C. L’entreprise américano-norvégienne 1X fait figure de pionnière: elle a lancé en début d’année les précommandes pour son robot humanoïde domestique NEO. Conçu pour faire le ménage chez des particuliers, il est proposé via un abonnement de 499 dollars par mois, ou pour 20 000 dollars pièce. Les premiers robots doivent être livrés avant la fin de l’année aux Etats-Unis, avant l’ouverture de l’offre à d’autres pays. 

L’abonnement comprend notamment la possibilité de faire intervenir un téléopérateur à distance pour effectuer certaines tâches (le robot n’est pas encore totalement autonome), ainsi qu’un service après-vente incluant maintenance et réparations.

Selon l'entreprise, plus de 10 000 précommandes ont été enregistrées dans les jours suivant le lancement. Si l’intérêt se confirme, cela pourrait constituer un premier signal d’une démocratisation progressive des robots humanoïdes auprès du grand public.