Parcourir des milliards de kilomètres à travers le cosmos, s'écraser à la surface de la Terre, puis se retrouver serti à la main d'un dirigeant grec. L'histoire paraît invraisemblable. Et pourtant.
Matthieu Gounelle, professeur à l'Institut de minéralogie, à Paris, et l'archéologue Eleni Mantzourani ont mis au jour un trésor jamais observé auparavant : 13 bagues ou fragments de bagues en fer, issues de la Grèce antique, contenant des proportions significatives de nickel, signature caractéristique du fer extraterrestre.
L'origine extraterrestre du métal est "d'autant plus probable que la fabrication de fer à partir de minerais riches en nickel est un processus très complexe, en particulier à une époque où la sidérurgie est balbutiante", résume le professeur sur le site du Muséum national d'Histoire naturelle.
Pour parvenir à ces résultats publiés dans le Journal of Archaeological Science, l'astrophysicien et l'archéologue ont mené une enquête de cinq ans à travers 19 musées grecs. Ils ont analysé 91 objets en fer datés de 1800 à 1000 avant notre ère et ont découvert que ces bagues proviennent de sépultures et de sanctuaires.
Si auparavant des bijoux et objets fabriqués à partir de métaux extraterrestres avaient déjà été observés au Proche-Orient (Anatolie, Syrie) ou dans la péninsule Ibérique, c'est bien la première fois que leur présence est démontrée autour de la mer Egée à cette époque.
C'est sans doute grâce au commerce avec l'Egypte que des civilisations bordant la mer Egée ont eu accès à ces métaux. Contrairement au territoire grec, l'Égypte abrite d'immenses étendues désertiques dont le climat permet une meilleure conservation et un repérage bien plus facile des météorites. La civilisation égyptienne possède aussi de nombreux objets fabriqués en métal extraterrestre. L'artefact le plus célèbre est sans doute la dague de Toutânkhamon.
Les treize bijoux de l'étude étaient destinés à des personnages de haut rang, où elles servaient de symboles de pouvoir. C'est qu'à cette période, le monde égéen ne savait pas encore extraire et façonner le fer terrestre ou alors de façon marginale. Le fer météoritique constituait donc une des rares sources de métal façonnable. Sa rareté en faisait un matériau précieux, dont la valeur dépassait celle de l'or et de l'argent.