E-réputation des dirigeants : ce qui se corrige vraiment quand une IA se trompe
E-réputation des dirigeants : le 31 août a changé le cadre, pas encore les recours. Ce que les cinq éditeurs d'IA acceptent aujourd'hui de corriger, et le seul levier qui agit vite.
Un comité d'investissement, un banquier, un chasseur de têtes ne tapent plus toujours votre nom dans Google : ils le demandent à un assistant. Les canaux de signalement existent chez les cinq éditeurs. Ce qu'ils permettent d'obtenir est très en dessous de ce que l'on imagine.
Pendant vingt ans, l'e-réputation des dirigeants s'est jouée sur une page de
résultats : dix liens, un ordre, et un travail connu pour agir dessus. Le point de
vérification s'est déplacé. Ceux qui se renseignent sur un dirigeant avant une levée de fonds, un mandat social ou une nomination posent désormais la question à un modèle, et lisent la réponse comme un verdict.
Or cette réponse ne se corrige pas comme un résultat de recherche. Et le premier réflexe — le pouce vers le bas sous la réponse — ne déclenche rien qui vous concerne. Google le formule dans son aide : le bouton sert à signaler une réponse inexacte, et le retour transmis contient la requête et ses résultats. Aucun délai annoncé, aucune réponse individuelle. L'entreprise précise sa méthode : plutôt que de traiter les requêtes une par une, elle déploie des mises à jour visant de larges ensembles de requêtes. Votre cas n'est pas corrigé ; une classe de cas l'est peut-être.
Ce que les éditeurs écrivent eux-mêmes
Reste la voie des données personnelles, la seule qui crée une obligation de
répondre. Là, les politiques de confidentialité méritent d'être lues avant qu'on
n'espère quoi que ce soit.
Anthropic est le plus explicite : "nous ne pouvons pas garantir l'exactitude
factuelle des sorties […] nous ferons un effort raisonnable pour corriger cette
information — mais, en raison de la complexité technique de nos grands modèles de langage, il ne nous sera pas toujours possible de le faire". C'est aussi le seul à chiffrer un délai : un mois, prolongeable de deux.
Chez OpenAI, le droit de rectification figure dans la politique de confidentialité, mais aucune procédure ne lui correspond : le seul article d'aide opérationnel ne décrit qu'une suppression, et l'entreprise indique ne pas pouvoir "enquêter de façon indépendante sur des faits contestés". Google écrit une phrase qui mérite d'être citée en entier : "nous ne sommes pas bien placés pour évaluer si des affirmations vous concernant sont vraies ou fausses. Contrairement à un tribunal, nous ne pouvons pas convoquer de témoins ni recueillir de témoignages sous serment".
Aucun des cinq éditeurs ne décrit ce qu'il fait techniquement lorsqu'il accepte une demande. Ni réentraînement, ni filtre, ni blocage : le mécanisme n'est documenté nulle part, et personne ne dit si le remède vaut pour tous ou pour le seul demandeur.
Une correction est le plus souvent une suppression
Un dossier allemand donne la mesure du mot. En 2024, un assistant présentait un chroniqueur judiciaire comme l'auteur des crimes qu'il avait couverts. Selon la presse spécialisée, la correction annoncée n'a tenu que trois jours, avant que le nom de l'intéressé ne soit purement et simplement bloqué. Le résultat n'était pas une réponse rectifiée : c'était une réponse supprimée.
Le levier utile est ailleurs
Les systèmes vont chercher du contenu en ligne au moment de répondre et citent ce qu'ils utilisent. Google va plus loin et affirme sur son blog que ses résumés générés sont "conçus pour ne montrer que des informations étayées par les meilleurs résultats du web" — déclaration qu'on peut lui opposer quand la réponse ne correspond pas aux sources qu'elle cite. Une source corrigée, complétée ou mieux positionnée peut être reprise sans attendre un cycle de réentraînement. Aucun éditeur, en revanche, ne documente de délai de propagation : c'est une pratique, pas un droit.
Ce qui conduit au contresens le plus répandu, et le plus coûteux : bloquer les
robots. La manœuvre ne corrige aucune réponse ; elle vous retire des sources citées, donc de la seule partie du dispositif sur laquelle vous aviez prise. Et le réglage que tout le monde recommande n'a pas la portée qu'on lui prête : la documentation de Google limite Google-Extended à l'entraînement de ses modèles et à l'ancrage dans ses applications dédiées. Les résumés générés dans les pages de résultats n'y figurent pas. Les seules directives qui agissent sur eux réduisent aussi vos extraits en recherche classique.
Ce qui change depuis le 31 août
La Commission européenne a désigné ChatGPT comme très grand moteur de recherche en ligne au titre du règlement sur les services numériques. La qualification porte sur le statut du service, non sur la responsabilité du contenu généré. Mais une fois les obligations applicables, elle ouvre des canaux procéduraux qui n'existaient pas : notification et action, traitement interne des réclamations. La question cesse d'être une affaire de bonne volonté.
Pour un dirigeant, la conclusion pratique tient en trois points. Faire relever ce
qui est dit, de façon horodatée et répétée, parce qu'une réponse de modèle n'est pas reproductible d'une session à l'autre. Écrire à l'éditeur sur le fondement des données personnelles, qui l'oblige à répondre. Et traiter les sources, parce que c'est le seul levier dont l'effet se constate en semaines plutôt qu'en promesses.