Face à BYD et aux constructeurs asiatiques, l'Europe a une carte à jouer : l'intelligence de ses batteries

SII

Le constructeur chinois BYD a dépassé Tesla pour devenir le premier vendeur mondial de voitures électriques.

Alors qu’en Europe, l’attention est portée sur les prix et les droits de douane, les pays d'Asie accroissent leur avance. Le débat passe à côté de l’essentiel : la batterie. Car c’est ici que se joue la vraie compétition : concevoir des batteries plus rapidement, mieux exploiter leurs données et prolonger leur valeur au-delà de leur première vie. Autrement dit, dans leur intelligence.

La batterie, un actif encore mal compris et largement sous-estimé

L’impact environnemental et la durabilité des batteries font encore l’objet de nombreuses idées reçues. On entend souvent que "la voiture électrique est plus polluante que la thermique à cause de sa batterie", c’est faux. En France, là où le mix électrique est largement décarboné, l’empreinte initiale liée à la fabrication d’une batterie peut être amortie relativement rapidement par rapport à celle d’un véhicule thermique. 

On entend également que "les batteries ne durent pas longtemps", encore une fois, c’est faux, car les technologies lithium-ion ont déjà atteint un niveau de maturité qui tranche avec certaines perceptions. Les batteries les plus performantes peuvent aujourd’hui supporter 3000 à 4000 cycles avant de perdre une partie de leur capacité. À raison d’un cycle par jour, cela représente potentiellement près d’une dizaine d’années d’utilisation. 

Évidemment, d’autres facteurs entrent en ligne de compte, mais si l'empreinte carbone à la fabrication, l’extraction des matières premières ou la durée de vie peuvent causer des interrogations légitimes, il ne faut pas oublier de regarder l’ensemble du cycle de vie de la batterie. 

La batterie n’est pas le maillon faible que l’on décrit souvent. Et surtout, la technologie est loin d’avoir atteint son plafond. Les pistes de recherche restent nombreuses et pourraient encore faire évoluer leur coût, leurs performances et leurs usages.

Un marché en train de se recomposer : au-delà de la voiture, un écosystème

Une technologie ne révèle pas toujours tout son potentiel au moment où elle apparaît. On le voit ces dernières années avec les progrès réalisés dans les batteries. L’important pour les batteries n’est plus seulement la performance du véhicule, mais aussi tous les usages autour, notamment leur capacité de stockage. Le développement de la recharge bidirectionnelle et du V2X[2] (vehicle-to-everything) permet aux automobiles de renvoyer l'énergie de leur batterie vers le réseau, un bâtiment, une maison ou tout appareil connecté.

Il existe déjà des applications concrètes. Prenons l’exemple d’un stade dont la consommation en électricité augmente pendant un concert, les véhicules stationnés sur place sont utilisés comme source d’énergie pour atténuer ce pic de demande.[3] Ce même principe peut être appliqué à des logements équipés de panneaux solaires et à des bâtiments : l’énergie produite par les uns peut être stockée, consommée ou redistribuée vers les autres au moment le plus pertinent.

À mesure que ces systèmes se multiplient, leur pilotage devient plus complexe. Les outils de data et d’IA peuvent alors intervenir pour prédire à court terme le comportement du réseau, optimiser les échanges d’énergie ou encore planifier l’utilisation des réseaux et des flottes de véhicules. La voiture électrique devient un nœud au sein d'un système énergétique plus vaste, créant de nouvelles opportunités. Cette intelligence constitue désormais un nouveau terrain de compétitivité, sur lequel l’Europe peut encore faire la différence.

L’innovation européenne pour favoriser la compétitivité

Souvenez-vous du géant suédois Northvolt, c’était un symbole de l’ambition européenne dans les batteries. Sa faillite en 2025 a rappelé que construire une filière pérenne était délicat.[4] Mais, ce n’est pas une raison de considérer la partie comme perdue.

Bien que les acteurs asiatiques investissent depuis plus longtemps, l’Europe, elle, dispose d’un écosystème de recherche collaborative déjà structuré : des programmes qui réunissent industriels, entreprises technologiques, universités et centres de recherche existent. Horizon Europe finance depuis 2021 des projets transnationaux dans des domaines qui vont des batteries aux réseaux énergétiques du futur.[5]

L’objectif est de raccourcir le time-to-market. Concevoir une nouvelle batterie demande de multiples simulations, essais et tests. Ces étapes peuvent s’étendre sur plusieurs mois, voire plus. La modélisation et l’IA peuvent permettre d’en réduire le nombre et la durée tout en conservant le niveau de qualité exigé. 

Innover plus vite est d’autant plus important que la technologie n'arrête pas d'évoluer : batteries à état solide, sodium-ion, seconde vie, recyclage… Ces pistes pourraient encore modifier les équilibres du marché. Le passeport batterie européen, qui entrera en vigueur en février 2027, doit améliorer la traçabilité et faciliter le réemploi des batteries, il illustre cette volonté de penser tout le cycle de vie dans sa globalité.[6]

L’Europe ne rattrapera pas son retard en copiant le modèle asiatique. Elle peut en revanche chercher à faire ce qu’elle sait faire de mieux : rapprocher la recherche, l’ingénierie et la technologie pour concevoir plus rapidement des solutions plus performantes, plus durables et mieux intégrées à leur environnement. Dans cette course, rendre les batteries plus intelligentes pourrait compter autant que la capacité à en produire davantage. 

[1] Voitures électriques : le géant chinois BYD dépasse Tesla en Europe

[2] Qu’est-ce que le V2X

[3] V2G/V2B at the Johan Cruijff ArenA in Amsterdam

[4] Batterie : le pionnier européen Northvolt se déclare en faillite

[5] Horizon Europe

[6] Digital Product Passport for Batteries (Battery Passport)