L'accessibilité numérique ne peut pas reposer que sur l'IA

AccessiWay

L'IA facilite l'accessibilité numérique, mais ne suffit pas à la garantir. L'expertise humaine et l'expérience des personnes handicapées restent essentielles pour créer des services accessibles.

L’intelligence artificielle est partout. Elle promet d’automatiser, d’accélérer, de simplifier. Dans le domaine de l’accessibilité numérique, elle ouvre des perspectives considérables. Mais attention à ne pas lui demander ce qu’elle ne peut pas faire : rendre, à elle seule, un site ou un service réellement accessible. Car l’accessibilité numérique ne se résume pas à une liste d’erreurs techniques à corriger. Elle repose avant tout sur une expérience utilisateur. Et cette expérience varie selon les situations de handicap, les outils utilisés et les usages.

L’accessibilité ne se décrète pas depuis une machine

Un outil automatisé peut détecter un contraste insuffisant, une image dépourvue de texte alternatif ou certaines erreurs dans le code. C’est utile, nécessaire même. Mais cela ne suffit pas à déterminer si une personne aveugle naviguant avec un lecteur d’écran, une personne ayant un handicap moteur utilisant uniquement son clavier ou une personne malvoyante ayant besoin de redimensionner les contenus pourra réellement utiliser un service numérique.

C’est précisément pour cette raison que l’intervention humaine reste indispensable. L’audit doit être complété par des tests en situation réelle, avec des personnes concernées par différents handicaps. Leur expérience permet d’identifier des obstacles qu’aucun score automatisé ne peut toujours mesurer.

À l’été 2026, Accessiway a ainsi analysé les sites des entreprises du CAC 40 en s’appuyant sur une approche mêlant outils d’intelligence artificielle et expertise humaine. En parallèle, une analyse réalisée avec Google Lighthouse, outil d’audit automatisé, attribuait aux mêmes sites un score moyen d’accessibilité de 89,5 %. L’écart avec les résultats de l’étude Accessiway dépassait 30 points. En effet, l’audit manuel révélait un score moyen de 59%. Ce décalage est révélateur des limites d’une approche 100 % automatisée. Un outil peut identifier certaines erreurs techniques tout en passant à côté d’obstacles qui, dans la réalité, rendent une navigation difficile, voire impossible. Navigation au clavier, redimensionnement des contenus, interactions avec les technologies d’assistance : l’accessibilité se joue aussi dans ces usages.

L’IA n’est pas “la” solution mais doit aider “des” solutions

Faut-il pour autant se méfier de l’IA ? Non. Elle peut au contraire devenir un formidable accélérateur de l’accessibilité. L’IA pourrait servir des solutions. Elle peut aider, accompagner et assurer une surveillance continue. Elle peut davantage être intégrée à des outils pour contrôler la qualité du code, repérer plus rapidement certaines régressions et analyser les modifications apportées à un site.

Dans le cadre de la mise en ligne d’une nouvelle fonctionnalité, l’IA peut identifier une modification susceptible de dégrader l’accessibilité et alerter immédiatement le responsable du site : "Attention, cette évolution peut avoir un impact sur l’accessibilité." Elle devient alors un garde-fou, intégré au quotidien des équipes numériques.

Cette capacité à surveiller en continu est particulièrement intéressante. Car l’accessibilité n’est pas un état stationnaire. Un site accessible aujourd’hui peut ne plus l’être demain après une refonte, l’ajout d’un composant ou une simple modification du code.

Passer de l’automatisation à l’augmentation

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre l’humain et l’intelligence artificielle. Il est de savoir comment les faire travailler ensemble.

L’IA peut automatiser certaines vérifications, accélérer les audits, surveiller les évolutions et alerter les équipes. L’expertise humaine, elle, permet de comprendre les usages, d’interpréter les problèmes et de confronter le numérique à la réalité vécue par les personnes en situation de handicap.

Demain, les meilleurs dispositifs d’accessibilité seront probablement ceux qui combineront ces deux approches : la puissance de calcul et de surveillance de l’IA, avec l’expertise des professionnels et l’expérience des personnes concernées. L’accessibilité numérique n’est pas qu’une histoire de score. Un site devient réellement accessible lorsque les personnes qui doivent l’utiliser peuvent réellement le faire, de manière autonome et dans des conditions équivalentes aux autres.