Intelligence artificielle en France : la carte des laboratoires

Intelligence artificielle en France : la carte des laboratoires 68 espaces de recherche creusent des thématiques liées à l'IA dans l'Hexagone. Découvrez leur localisation, le nombre de leurs chercheurs, les organismes qui les financent…

En France, 68 laboratoires de R&D travaillent sur des problématiques liées à l'intelligence artificielle. Plus de 13 250 chercheurs s'y creusent les méninges pour faire avancer la recherche dans ce secteur clef pour l'avenir des entreprises, selon des données collectées par notre partenaire France is AI et compilées par le JDN dans la carte ci-dessous.

45% de ces espaces dédiés à l'expérimentation sont situés en région Ile-de-France, principalement à Paris (13 sites) et autour du plateau de Saclay (8 sites). Cliquez et zoomez sur notre carte interactive pour connaître leurs noms, leurs principales thématiques de recherche, leurs effectifs, les organismes qui les financent, l'identité de leur directeur…

Neuf de ces espaces seulement ont été créés par des entreprises privées, notamment Facebook, Microsoft ou encore Sony et Huawei. La très grande majorité d'entre eux – 59 pour être précis – émane de structures publiques. Les laboratoires étatiques sont très souvent organisés de manière disciplinaire (mathématique, physique…) or l'intelligence artificielle est au croisement de plusieurs matières (notamment les maths et l'informatique). Il n'y a donc quasiment aucun labo public d'IA à proprement parler dans l'Hexagone, mais des structures qui travaillent sur certaines thématiques de ce nouveau champ de recherche liées à leur domaine principal de compétence.

En France, plus de 13 250 chercheurs se creusent les méninges sur des thématiques liées à l'IA dans les laboratoires publics ou privés

Les espaces de recherche privés sont essentiellement entretenus par les entreprises qui les ont créés. Les salaires des scientifiques travaillant dans des structures publiques et les dotations de base qui financent en partie la vie de leur laboratoire émanent des "organisations rattachées" présentées sur la carte, les deux principales étant le CNRS et l'Inria. "Les laboratoires complètent leur dotation en répondant à des appels à projets lancés par des organismes publics tricolores, par l'Union européenne ou en établissant des collaborations de recherche avec des entreprises privées", explique Nicolas Vayatis, directeur du master MVA (Mathématiques-Vision-Apprentissage) de l'ENS Paris-Saclay.

Basé en Bretagne, l'Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires est le laboratoire tricolore d'IA qui totalise le plus de têtes chercheuses. Le 10 mars 2017, 800 scientifiques travaillaient sur ses quatre sites. L'Institut de recherche en informatique de Toulouse et le Lab-STICC, lui aussi installé en Bretagne, occupent respectivement la deuxième et la troisième position de ce classement, avec 651 et 560 chercheurs. Voici dans le tableau ci-dessous, la liste des 10 structures qui ont les plus gros effectifs en France.

Les laboratoires d'IA tricolores totalisant le plus de chercheurs (au 10/03/17)
Rang  Acronyme Nom Nombre de chercheurs
1 IRISA Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires 800
2 IRIT Institut de recherche en informatique de Toulouse 651
3 STICC LAB-STICC 560
4 LIP6 Laboratoire d'informatique de Paris 6 517
5 LIG Laboratoire d'informatique de Grenoble 500
6 LORIA Laboratoire lorrain de recherche en informatique et ses applications 500
7 LS2N Laboratoire des sciences du numérique de Nantes 450
8 LIRMM Laboratoire d'informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier 444
9 CRISTAL Centre de recherche en informatique ; signal et automatique de Lille 430
10 LIST Institut LIST - CEA 360

"Attention à ne pas surévaluer l'importance pour un laboratoire de disposer d'un très grand nombre de chercheurs", avertit Isabelle Ryl, directrice du centre de recherche Inria de Paris. "Pour que la recherche soit de bonne qualité, il est surtout essentiel de recruter des professeurs champions de leur discipline, et il n'y en a pas des centaines en France. Comme dans le cyclisme, ils sont soutenus par leur équipe dans le peloton, mais ce sont eux qui donnent la dynamique", poursuit-elle.

Ces enseignants-chercheurs donnent également des cours à l'université. Ils forment les générations d'ingénieurs qui postuleront dans les laboratoires publics et privés d'ici cinq ou dix ans. "Lorsqu'une entreprise débauche une star du machine learning qui enseignait à la fac, elle se met elle-même des bâtons dans les roues sur le long terme, en empêchant les étudiants de recevoir une formation de qualité. Dans une dizaine d'années, les scientifiques qui rejoindront son labo de R&D seront moins compétents", explique la directrice. De nombreux groupes préfèrent donc travailler en collaboration avec les structures publiques plutôt que de débaucher l'ensemble de leurs équipes de recherche.

Sur les neuf entreprises qui ont ouvert à ce jour un laboratoire d'IA dans l'Hexagone, trois seulement sont françaises : Criteo, Michelin et Orange

Sur les neuf entreprises qui ont ouvert à ce jour un laboratoire d'intelligence artificielle dans l'Hexagone, trois seulement sont françaises : Criteo, Michelin et Orange. "Attention, cela ne signifie pas que les groupes tricolores ne s'intéressent pas à l'IA. Pour le moment, ils sous-traitent souvent cette activité nouvelle en s'appuyant sur le tissu très dense de SSII qui maille le territoire tricolore", analyse Paul Strachman, qui a lancé la plateforme France is AI avec un groupe d'acteurs de l'écosystème pour soutenir et promouvoir l'intelligence artificielle hexagonale en France et à l'étranger. 

Les sociétés étrangères qui ont implanté leur R&D en France sont venues chercher le talent des nombreux mathématiciens formés dans les universités et les grandes écoles tricolores. Aux Etats-Unis, et en particulier à San Francisco, les entreprises s'arrachent les cheveux pour embaucher des chercheurs. "Ces derniers choisissent souvent de travailler pour Google ou Facebook, car ces deux entreprises disposent de bases de données gigantesques, une matière première passionnante à travailler pour des scientifiques de ce niveau", pointe Paul Strachman. Et de poursuivre : "la France a une vraie carte à jouer là-dessus, nous avons les talents nécessaires pour attirer des entreprises étrangères sur notre territoires, notamment des groupes asiatiques". Le chinois Huawei et les japonais Rakuten et Sony ont déjà ouvert le bal, comme le montre le tableau ci-dessous.

Origine des entreprises ayant implanté leur R&D IA en France
Acronyme Nom Entreprise rattachée Pays d'origine
Criteo Labs Criteo Labs Criteo France
CSL Sony Laboratoire scientifique Sony computer Sony Japon 
Factolab Factolab Michelin France
FAIR Paris Facebook AI research Paris Facebook Etats-Unis
Huawei MASL Mathematical and algorithmic sciences lab (Huawei Technologies) Huawei Technologies Chine
MSFT Centre Microsoft recherche-Inria Microsoft corporation Etats-Unis
Orange Labs Orange Labs Orange France
RIT Paris Rakuten institute of technology Paris Rakuten Japon 
XRCE Centre de recherche Europe de Xerox Xerox Etats-Unis

Pour nous signaler l'arrivée d'un nouveau laboratoire en France ou une modification du nombre de chercheurs ou des sites d'implantation, les centres de R&D peuvent nous contacter à l'adresse mail suivante : laboratoireia@journaldunet.com

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