Ces nouveaux radars automobiles sont tellement efficaces que même la police n'en peut plus

Ces nouveaux radars automobiles sont tellement efficaces que même la police n'en peut plus Aux Etats-Unis, des caméras intelligentes traquent les automobilistes bien au-delà de la simple plaque d'immatriculation. La situation a dégénéré au point de pousser un chef de police à agir.

Imaginez un réseau de caméras capable de reconnaître votre voiture non seulement grâce à sa plaque d'immatriculation, mais aussi grâce à sa couleur, sa marque, son modèle, et même les autocollants apposés sur la carrosserie. Ce n'est pas de la science-fiction, ce système existe bel et bien, et il quadrille déjà une grande partie des Etats-Unis. Son nom : Flock. Mais son efficacité est aussi ce qui est en train de provoquer sa chute dans plusieurs villes américaines.

Officiellement, les caméras de la société Flock Safety sont commercialisées comme de simples lecteurs automatiques de plaques d'immatriculation. Mais la réalité va beaucoup plus loin. Grâce à l'intelligence artificielle, le système est capable d'identifier un véhicule à partir d'une multitude de signes distinctifs, et de le suivre à la trace sur l'ensemble du territoire. Avec plus de 300 000 caméras installées dans tout le pays, le maillage est si dense qu'il devient pratiquement impossible pour un automobiliste de circuler sans être repéré, enregistré et pisté.

Cette puissance technologique a d'abord séduit les forces de l'ordre, qui y voyaient un outil précieux pour retrouver des véhicules volés ou des suspects en fuite. Mais les dérives se sont rapidement multipliées. Des policiers ont été arrêtés pour avoir détourné le système à des fins personnelles. Un journaliste automobile a été violemment interpellé par erreur dans le Minnesota, victime d'une simple faute administrative commise... en Californie, à des milliers de kilomètres de là. Plus inquiétant encore : des conducteurs ont été contrôlés sur la route uniquement parce qu'une intelligence artificielle avait jugé leur historique de déplacements "suspect". Autrement dit, une machine décidait qu'un citoyen méritait d'être arrêté, sans la moindre infraction constatée.

Face à ces abus répétés, la colère des citoyens américains n'a cessé de monter. Dans de nombreuses villes, des habitants exaspérés ont interpellé leurs conseils municipaux pour exiger le démontage pur et simple de ces caméras, invoquant une atteinte massive à leur vie privée. Certains militants ont même inventé la "Flock Sock", une chaussette destinée à recouvrir les objectifs pour les rendre aveugles.

C'est dans ce contexte explosif qu'un épisode pour le moins inhabituel s'est produit à Plymouth, dans le Minnesota. Le 22 septembre, le conseil municipal de la ville a voté à l'unanimité la résiliation de son contrat avec Flock Safety. Dès le lendemain matin, tous les comptes utilisateurs de la police locale ont été suspendus et l'entreprise a été officiellement notifiée de la décision. Une lettre formelle de résiliation a ensuite été envoyée par courrier postal et par e-mail, après consultation des services juridiques de la ville. Et... plus rien. Silence radio du côté de Flock, qui n'a jamais daigné répondre, ni retirer ses caméras toujours installées dans les rues de la ville.

C'est alors que le chef de la police de Plymouth, Eric Fadden, a pris une décision radicale : il a ordonné à ses équipes d'aller débrancher physiquement les câbles d'alimentation de chaque caméra. "Après plus d'une semaine sans aucune réponse, j'ai demandé à notre personnel de déconnecter les cordons d'alimentation des caméras afin de nous assurer qu'elles ne fonctionnent plus et qu'elles n'enregistrent plus les plaques", a-t-il expliqué. Et Plymouth n'est pas un cas isolé. A Dayton, une ville voisine située à une quinzaine de kilomètres au nord, la police a également suspendu son programme Flock et désactivé les deux appareils présents sur son territoire.