Souriez, vous êtes une donnée

Souriez, vous êtes une donnée Trafic, stationnement, sécurité routière... Grâce à l'intelligence artificielle, les caméras de vidéosurveillance deviennent une source de data exploitables pour les collectivités.

Plus besoin d'un humain pour savoir ce que voient les caméras de surveillance, elles le disent d'elles-mêmes. Grâce à des technologies comme l'intelligence artificielle (IA) et la vision par ordinateur, elles peuvent fournir toutes sortes de données qui permettent de développer de nouveaux services ou d'améliorer l'efficacité de certaines politiques publiques.

Les sociétés maîtrisant la vidéosurveillance comme Cisco ou Genetec, se sont naturellement diversifiées vers ces offres puisqu'elles possédaient déjà le réseau de caméras. En plus de leur activité traditionnelle, elles peuvent désormais proposer à leurs clients des services comme le comptage des flux et parfois même sa composition (véhicules, vélos, piétons…), des statistiques sur les accidents ou ceux évités de justesse et même des solutions de reconnaissance faciale, dont la précision de ne cesse de s'améliorer.

Metropolis, la plateforme de l'analyse vidéo

Certaines ont bâti leur propres techno. D'autres s'appuient sur les briques technologiques de partenaires comme Nvidia qui a lancé avec sa plateforme logicielle Metropolis une des initiatives les plus ambitieuses en la matière. Le fabricant de semi-conducteurs, connu avant tout pour ses cartes graphiques destinées aux jeux vidéo, est prisé des professionnels d'autres secteurs comme l'IoT, le véhicule autonome et la vidéosurveillance donc.

"Nous nous sommes rendu compte que les caméras avaient un rôle à jouer au-delà de la sécurité, dans la gestion du trafic et du stationnement notamment, et que l'on pouvait aider à résoudre certains de ces problèmes grâce à l'IA", explique Serge Palaric, vice-président de la division Sales Embedded & OEMS de Nvidia Europe. Ses semi-conducteurs optimisés pour la vision par ordinateur et l'intelligence artificielle peuvent aussi bien équiper des data centers que des caméras. L'entreprise met aussi à disposition des sociétés présentes sur Metropolis des briques technologiques et des kits de développement informatique (SDK). Ce qui leur  permet d'acquérir des compétences qu'elles n'ont pas (IA, vision par ordinateur…) et de s'assurer que leurs technologies sont optimisées pour les semi-conducteurs de Nvidia.

Tout le monde n'est cependant pas le bienvenu dans cet écosystème : Nvidia sélectionne les entreprises qui peuvent rejoindre Metropolis. "Nous les sélectionnons en fonction de leurs capacités de développement et de la qualité de leurs solutions", précise Serge Palaric. Une cinquantaine d'entreprises font partie des heureuses élues.

Carrefour intelligent

Mais Nvidia n'est pas le seul acteur de la tech à avoir flairé le filon. A Bellevue, au nord-est des Etats-Unis, Microsoft va finaliser cette année une expérimentation visant à collecter des données de trafic sur les intersections et les zones les plus accidentogènes, en les filmant. "Les villes en sont encore à attendre que suffisamment de collisions se produisent – et donc que suffisamment de données remontent – pour agir. Nous voulons également analyser les accidents qui ont failli se produire pour comprendre plus rapidement comment intervenir", explique Franz Loewenherz, en charge de la planification des transports pour la ville de Bellevue. L'expérimentation doit passer d'une à dix intersections cette année. Microsoft quittera ensuite Bellevue pour une ville disposant d'au moins 1 000 caméras afin de passer à l'échelle supérieure. Le candidat idéal devra se trouver hors des Etats-Unis, pourquoi pas en Europe.

"Nous voulons analyser les accidents de la route qui ont failli se produire pour comprendre plus rapidement comment intervenir."

Continental souhaite lui d'être encore plus réactif que Microsoft, en proposant une solution qui permettra de réagir en temps réel. L'équipementier automobile allemand a mis à profit les technologies des caméras, lidar, et radars qu'il utilise déjà dans ses systèmes d'aide à la conduite (ADAS) et ses véhicules autonomes en développement, pour créer un "carrefour intelligent" qui sera testé l'année prochaine dans la ville américaine de Colombus (capitale de l'Ohio).

"Même une voiture équipée de notre technologie ADAS ne peut pas voir arriver un véhicule dangereux lorsque son champ de vision est bloqué par un camion ou une large foule," explique Jeremy McClain, directeur des systèmes de châssis et de sécurité de Continental pour l'Amérique du Nord. Problème résolu grâce à des capteurs disposés aux quatre coins de l'intersection, qui permettent d'obtenir une vision à 360 degrés du périmètre. Pensé pour les véhicules équipés de technologies de communication (de type V2X) , le système alerte la voiture d'un danger imminent, en précisant le niveau de la menace (selon un code couleur jaune, orange ou rouge) et sa provenance. Si le véhicule dispose d'une technologie ADAS, il est même possible de déclencher un freinage automatique. Sinon, ce sera au conducteur d'agir après avoir été alerté.  

Continental n'est pas la seule entreprise du secteur automobile à investir le marché de la smart city. Mobileye, spécialiste des capteurs ADAS et des technologies de conduite autonome, utilise les véhicules de ses partenaires sur les routes pour cartographier les villes en 3D et leur proposer des infos en temps réel comme les dangers repérés par ses caméras sur la route.

Repérer les fraudeurs du parking

Transformer la vidéo en données aide aussi les villes à améliorer l'efficacité des leurs actions, notamment en matière de stationnement. La start-up française ParkingMap déploie ses capteurs vidéo sur les parkings de collectivités (Orléans, Grand Paris Sud), mais aussi de centres commerciaux (Carrefour). La technologie de vision par ordinateur, co-développée avec Parkoview, permet de cartographier entre une et 70 places de stationnement avec un seul angle de vue. Une méthode qui est bien moins coûteuse que l'installation de capteurs magnétiques IoT sur chaque emplacement.

"Les agents municipaux peuvent accéder depuis une application mobile à un outil de supervision en temps réel, précise Clément Rossigneux. Nous sommes, par exemple, capables de les alerter sur un véhicule qui a dépassé la durée maximale de stationnement autorisée." La prochaine étape consistera à connecter sa solution à la base de données du parking, pour savoir exactement à combien de temps a droit chaque véhicule et ainsi pouvoir détecter tous ceux qui sont en infraction, plutôt que seulement ceux qui ont dépassé la durée maximale possible.

Parking Map veut devenir un référent dans l'assistance au stationnement intelligent mais pas que. "Nous voulons faire de notre solution un observatoire du stationnement puis un observatoire des mobilités en analysant les flux de trafic", ambitionne Clément Rossigneux. L'entrepreneur est toutefois conscient de ne pas être le seul sur le créneau. "Les gagnants seront ceux qui garantiront la fiabilité des données et seront capables de proposer des services qui enrichissent ceux proposés par nos clients, les collectivités."

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