La France à la pointe de l'IA générative... en Europe

La France à la pointe de l'IA générative... en Europe L'Hexagone a vu naître plusieurs entreprises championnes de l'intelligence artificielle générative. Elle est également le creuset d'une activité de recherche dynamique sur ce terrain.

C'est un fait, l'intelligence artificielle générative est très largement dominée par les Etats-Unis et la Chine avec l'Europe loin derrière. Néanmoins, la France sort du lot sur le Vieux continent. A la différence de ses voisins, l'Hexagone a vu émerger plusieurs acteurs à l'aura internationale, sans oublier un écosystème de recherche intense.

Depuis 2023, trois sociétés françaises tirent leur épingle du jeu sur l'échiquier mondial de l'IA générative. Spécialisée dans les IA génératives génériques, Mistral a levé plus d'un milliard d'euros. Un record pour une société française en si peu de temps. Experte en génération de code, Poolside a fédéré quant à elle près de 600 millions d'euros d'investissement depuis sa création en juillet 2023. Enfin, H a bouclé un tour de table d'amorçage de plus de 200 millions d'euros en mai 2024. Plus pointue, cette société se spécialise dans les agents d'IA centrés sur l'automatisation des tâches informatiques.

Ces trois acteurs se concentrent sur les briques fondamentales de l'IA générative. "Derrière ces licornes on trouve aussi les 40% d'éditeurs de logiciel français qui intègrent déjà ce type de technologie à leurs offres", ajoute Jean-Christophe Pernet, associé au sein du cabinet financier, d'audit et de conseil EY. "Ivalua propose par exemple un assistant intelligent pour accompagner les stratégies d'achat." Le consultant évoque aussi Chapsvision, qui a recours à l'IA générative pour personnaliser la relation client. "Ce n'est que deux exemples parmi beaucoup d'autres", pointe l'intéressé.

Comparé à la vague Internet du début des années 2000 qui a conduit à l'émergence d'acteurs majeurs comme Amazon, Google ou Meta, le marché de l'IA générative est nettement plus fragmenté. "Ce qui est une bonne nouvelle pour la France car cette tendance permet l'émergence de sociétés de deuxième niveau à l'échelle française et européenne", se félicite Paul-François Fournier, directeur exécutif en charge de l'innovation chez Bpifrance.

Comment expliquer ce dynamisme français ? "Notre école mathématique tire nos start-up positionnées dans l'IA générative vers le haut", répond Paul-François Fournier. "Nous avons aussi créé en France une culture entrepreneuriale forte."

Crédit impôt recherche, fonds d'amorçage, sans oublier le label de jeune entreprise innovante qui permet de bénéficier d'un régime fiscal avantageux... Toute une série de mesures ont été adoptées favorisant l'émergence d'un investissement en capital-risque sur le territoire. Résultat : les investissements collectés sont passés d'un milliard d'euros en 2014 à 7,8 milliards en 2023 selon le dernier baromètre EY/Numeum. "Nous avons aussi démontré depuis quelques années qu'il était possible pour nos start-up d'ambitionner un positionnement mondial, avec à la clé des levées de fonds de centaines de millions d'euros", ajoute Paul-François Fournier, citant les exemples de Doctolib, Criteo ou Talend. Une dynamique qui contribue à booster le tissu des start-up françaises spécialisées en IA générative.

Force est de constater néanmoins que les champions français de l'IA sont souvent financés via des capitaux provenant des Etats-Unis, à l'image du franco-américain Hugging Face qui a levé un total de 395 millions de dollars depuis son lancement en 2015. "Ces investissements amènent une culture et une connaissance du marché américain qui permettent aux sociétés françaises de réussir outre-Atlantique", relativise Paul-François Fournier.

Fort de sa prestigieuse école mathématique, la France peut en outre se prévaloir de laboratoires de recherche en IA générative reconnus au niveau mondial. C'est le cas notamment au sein du CNRS ou de l'INRIA. Cette caractéristique a également suscité l'intérêt de Google et de Facebook, qui ont tous deux ouvert des laboratoires en IA sur le sol français. "Les entrepreneurs de Mistral et Poolside sont passés par ces structures qui ont contribué à les former. Sans ces laboratoires, ces entreprises n'auraient pas pu émerger", signale Paul-François Fournier.

A ce tableau s'ajoute une dernière touche : l'arrivée du chinois DeepSeek le 20 janvier dernier, entraîné sur une infrastructure à faible coût, annonce selon Bruno Zerbib, chief technology & innovation officer au sein d'Orange, un possible "changement de cap, qui ouvre un nouveau champ d'investigation pour les entreprises moins capitalistiques que sont les acteurs européens. Le curseur se déplace vers le capital humain et replace la France qui possède d'excellents chercheurs en IA au centre de l'échiquier."