Pour OpenAI, 2026 est l'année de tous les dangers
Ça passe ou ça casse : alors que la nouvelle année démarre, l’entreprise de Sam Altman se trouve à la croisée des chemins, faisant face à au moins autant de défis que d’opportunités. Il est tout à fait possible qu’elle termine l’année en ayant consolidé son avancée sur l’IA générative, accru ses revenus en développant ses offres aux entreprises et réussi son entrée en bourse. Mais pour certains sceptiques, l’idée d’une perte de vitesse, voire d’une faillite de l’entreprise n’est pas non plus à écarter.
Une nouvelle levée de fonds dans un contexte difficile
En 2026, l’un des enjeux pour la société mère de ChatGPT va être de réaliser une nouvelle levée de fonds. Des chiffres ayant fuité dans la presse indiquent qu’elle prévoit de brûler 17 milliards de dollars de trésorerie cette année, soit près du double de l’an passé (9 milliards). Et OpenAI n’a nullement l’intention de s’assagir. En 2025, elle s’est engagée à investir la somme colossale de 1 400 milliards de dollars au cours des prochaines années dans plusieurs gros projets, dont le programme Stargate, piloté par l’administration Trump.
Après avoir levé 40 milliards de dollars en mars 2025, la plus grosse somme jamais rassemblée auprès des investisseurs par une entreprise privée, OpenAI prévoit de battre son propre record en 2026 : l’entreprise voudrait cette fois-ci lever pas moins de 100 milliards pour répondre à ses besoins.
Mais OpenAI ne sera pas la seule à vouloir lever des fonds (xAI vient de lever 20 milliards de dollars), dans un contexte où un nombre croissant de start-ups matures (Databricks, SpaceX, Anthropic…) retardent leur entrée sur les marchés publics.
Une récente étude de l’université de Floride indique ainsi qu’entre 1980 et 2024, l’âge moyen d’une entreprise entrant en Bourse a plus que doublé. Des données collectées par la banque d’investissement Renaissance Capital indiquent quant à elles que l’âge médian d’une entreprise privée était de 13 ans en 2024 contre 10 en 2018.
Or, l’abondance de capitaux privés n’est pas inépuisable. Après une hausse soutenue de 10% par an dans le monde entre 2012 et 2021, les actifs sous gestion privée se sont depuis stabilisés à un peu plus de 20 000 milliards de dollars. OpenAI n’a jusqu’ici pas eu de problèmes pour attirer les investisseurs, et Amazon serait déjà en discussion pour investir dix milliards de dollars dans l’entreprise. Mais la somme qu’elle entend lever est inédite et il n’est pas dit qu’elle y parvienne sans difficulté.
"Puisqu’ils perdent de l’argent et ne peuvent pas tenir longtemps sur leurs propres jambes, ils se retrouvent à la merci des investisseurs. Si la situation continue de se détériorer, lever la prochaine tranche de financement sera beaucoup plus difficile que la fois précédente. Peu d’investisseurs ont les poches suffisamment profondes pour fournir à OpenAI ce dont elle a besoin pour rester à flot. Si la plupart, voire la totalité, se retirent, la valorisation d’OpenAI pourrait baisser, peut‑être de façon précipitée, comme ce fut le cas pour WeWork, dont la valorisation est rapidement passée de son pic de 47 milliards de dollars à une quasi-faillite ", estime Gary Marcus, un expert américain de l’IA, sur son Substack.
Une autre option serait d’entrer en bourse, une possibilité régulièrement évoquée par Sam Altman, mais qui comporte elle aussi ses propres difficultés. D’une part, il faudrait que l’entreprise parvienne à résoudre le casse-tête juridique qui l’oppose à Microsoft. D’autre part, le marché des IPO commence tout juste à se remettre de plusieurs années de disette. Une entrée en bourse ne serait donc pas sans risque pour l’entreprise de Sam Altman.
Un modèle économique en question
Corollaire de ce premier problème, OpenAI doit encore répondre à des questions sur son modèle économique. Certes, la société peut afficher des chiffres impressionnants sur l’année écoulée : son nombre d’utilisateurs actifs hebdomadaire a triplé, passant de 300 millions à 900. Son taux de revenu annualisé est quant à lui passé d’environ 6 milliards à 19 milliards de dollars au cours de la même période.
L’entreprise devra toutefois attendre 2030 pour générer des profits, selon une récente étude de la banque HSBC. En outre, ses besoins de puissance informatique, qui représentent de loin la part la plus importante de ses dépenses, demeurent étroitement corrélés à son chiffre d’affaires, offrant pour l’heure peu de perspectives de hausse rapide des profits. Les besoins en puissance informatique d’OpenAI sont ainsi passés de 200 mégawatts en 2023 à 1,9 gigawatt en 2025, et l’entreprise compte ajouter 30 gigawatts supplémentaires au cours des prochaines années.
Plus problématique encore, OpenAI perdrait de l’argent rien qu’en faisant tourner ses modèles : des chiffres avant fuité dans la presse montrent que les coûts d’inférence d’OpenAI ont dépassé son chiffre d’affaires lors du premier semestre 2025. Cela signifie que l’entreprise va sans doute rapidement être contrainte d’augmenter ses prix, ce qui pourrait freiner sa croissance et profiter à ses concurrents, nuisant alors à sa future levée de fonds géante ou à son entrée en bourse…
L’entreprise de Sam Altman étudie plusieurs pistes pour diversifier et augmenter ses revenus. Un premier canal consiste à révolutionner le commerce en ligne via l’IA générative. Elle permet désormais à des entreprises, dont la société de vente de produits artisanaux en ligne Etsy, la plateforme de commerce électronique Shopify et le géant de la grande distribution Walmart, de vendre des produits via ChatGPT en échange d’une commission.
Un autre consiste à accélérer l’adoption de sa technologie dans les entreprises : la société a pour cela mis en place toute une division dont le but est d’aider les grandes entreprises à utiliser ses produits, et déployé des outils comme AgentKit. Lancé en octobre, il a pour but d’aider les professionnels à adopter et déployer l’IA agentique.
Enfin, le pionnier de l’IA générative a entamé une stratégie d’intégration verticale. Suivant la voie tracée par Google avec ses TPUs, elle a signé un accord avec Broadcom pour développer ses propres puces et recruté Sir Jony Ive, l'ancien designer vedette d’Apple, pour étudier la conception d’un appareil grand public adapté à l’IA générative, qui ferait de l’audio la méthode d’interaction principale, devant l’écran. 2026 va donc servir de test pour déterminer si les différents pans de cette stratégie s’avèrent payants.
Too big to fail ?
Enfin, 2026 va aussi être l’occasion de déterminer si OpenAI peut reprendre son avancée technologique, après la solide offensive de Google, dont la dernière mouture de Gemini a fortement impressionné. Là encore, si l’entreprise ne parvient pas à rétablir son avance sur ses concurrents, il va devenir difficile pour elle de lever des sommes toujours plus importantes auprès des investisseurs. En parallèle, les modèles ouverts, notamment ceux venus de Chine, affichent également des performances redoutables, susceptibles d’inquiéter OpenAI.
A noter que le fait qu’une entreprise perde beaucoup d’argent pendant des années n’a rien d’inédit outre-Atlantique : de Netflix à Uber en passant par Facebook et Amazon, nombre de sociétés de la vague internet ont longuement accumulé les pertes avant de devenir des machines à cash. Mais avec OpenAI, les volumes sont tels que la situation est inédite. Etant donné la toile que l’entreprise a tissé autour d’elle, il est aussi cependant bien possible qu’OpenAI soit tout simplement devenue “too big to fail”.