Robots humanoïdes : Unitree mise sur les petits prix pour devenir un géant
Les images ont fait le tour du monde. Les robots humanoïdes du constructeur chinois Unitree Robotics ont accédé à la célébrité mondiale au mois de février, à l’occasion du spectacle du Nouvel An lunaire. Lors de cet événement suivi par près d’un milliard de téléspectateurs, ils se sont livrés à une démonstration de kung-fu, impressionnant par leur agilité et leur coordination. Le monde entier a ainsi pu constater les progrès de la robotique chinoise. Ceux-ci ne doivent rien au hasard. Les dirigeants chinois ont fait de l’IA physique une priorité, avec en toile de fond la volonté de ne pas laisser les Etats-Unis prendre le leadership.
Unitree est l’un des champions sur lesquels la Chine mise pour devancer la concurrence américaine dans le domaine de la robotique humanoïde, représentée notamment par Tesla et Boston Dynamics. Et l'entreprise a pris un temps d’avance, puisqu’elle partage avec l’autre acteur chinois, AgiBot, la première place en termes de ventes mondiales (plus de 5 500 robots vendus en 2025, selon l’entreprise), dans un marché encore embryonnaire.
La stratégie du low-cost qui bouscule le secteur
Fondée en 2016 par Wang Xingxing, alors âgé de 26 ans, Unitree s’est positionnée sur une approche industrielle consistant à proposer des robots à des prix relativement accessibles, avec une logique de diffusion à grande échelle. L’entreprise s’est d’abord fait connaître en développant des robots quadrupèdes, fortement inspirés de ceux de Boston Dynamics. Mais ses différents modèles (Go1, Go2, AlienGo et B1/B2) sont proposés à des prix nettement inférieurs (à partir de 1 600 dollars) à ceux des américains (75 000 dollars). Plus récemment, Unitree a dévoilé l’As2, présenté comme plus performant que ses prédécesseurs.
Depuis 2023, Unitree a commencé à développer des robots humanoïdes. Le premier modèle, le H1, a été présenté comme l’un des plus rapides du marché, illustrant les progrès réalisés en locomotion dynamique. Mais c’est surtout le G1, mis en avant lors du spectacle du Nouvel An lunaire, qui marque un changement d’échelle.
Plus compact, avec ses 1,27 mètre pour 35 kilos, il se distingue surtout par son prix, très bas pour un robot humanoïde : un peu plus de 10 000 euros. À ce stade, les modèles développés par Tesla, Figure AI ou Agility demeurent nettement plus onéreux et principalement orientés vers des usages industriels. En abaissant drastiquement la barrière à l’entrée, Unitree contribue à ouvrir un nouveau marché.
Pour parvenir à ce positionnement, Unitree a choisi de fabriquer des robots relativement peu complexes, mais solides. "Moins un produit comporte de pièces et présente une structure simple, plus sa fabrication est aisée, et plus il gagne en robustesse et en durabilité", a expliqué Wang Xingxing à Time. Pour le secteur de la robotique humanoïde, il pourrait s’agir d’un tournant.
Surtout, l’entreprise s’appuie sur l’écosystème industriel chinois, qui lui permet d’industrialiser la robotique humanoïde à grande échelle, dans une logique comparable à celle de DJI avec les drones. Elle bénéficie également d’une forte intégration verticale, en fabriquant en interne une grande partie de ses composants critiques, notamment les moteurs, les réducteurs et les contrôleurs.
Des usages dans le tourisme et le divertissement
Pour le moment, les robots d’Unitree présentent toutefois des capacités limitées, comme la plupart de leurs concurrents. S’ils peuvent s’avérer efficaces dans des environnements fermés et prévisibles, il faudra encore attendre avant de les voir évoluer de manière autonome dans des environnements ouverts. Leurs compétences les limitent ainsi à des applications telles que le divertissement, l’accueil du public dans des magasins ou des salons, ou encore des fonctions de guide dans des lieux touristiques.
Le fondateur lui-même tempère les attentes. Wang Xingxing estime que la technologie reste à un stade précoce et que son adoption à grande échelle, qu’il a qualifié de "moment ChatGPT", pourrait intervenir dans deux à trois ans. "Pour les robots humanoïdes, la croissance du marché dépend avant tout de la maturité des technologies, a-t-il déclaré en février au média chinois 36kr. A mesure que celles-ci gagnent en valeur et en efficacité, le marché dans son ensemble est appelé à s’élargir progressivement."
Dans le même temps, les modèles d’IA qui constituent la "conscience" des robots progressent rapidement. Le G1 a ainsi été capable d’apprendre à jouer au tennis à partir de seulement cinq heures de données issues de l’enregistrement d’un joueur humain en motion capture.
La robotique humanoïde, une priorité pour Pékin
Unitree apparaît aujourd’hui bien positionnée pour s’imposer comme l’un des acteurs majeurs du marché des robots humanoïdes dans les années à venir. Wang Xingxing ambitionne ainsi de vendre 10 000 à 20 000 robots en 2026, soit plus du double des chiffres évoqués pour 2025. L’entreprise prépare également une introduction en bourse en Chine et viserait une valorisation pouvant atteindre 7 milliards de dollars.
Comme les autres fabricants chinois de robots, la start-up peut compter sur le soutien appuyé de Pékin. Le dernier plan quinquennal chinois place en effet la robotique, en particulier les robots humanoïdes, au cœur de la politique industrielle du pays. La Chine considère ces technologies comme essentielles pour soutenir sa croissance, compenser le déclin démographique et renforcer sa souveraineté technologique.
L’ambition est de structurer un écosystème complet, allant des composants hardware aux logiciels d’intelligence artificielle. Plusieurs dizaines de milliards d’euros d’investissements publics et privés sont mobilisés pour accélérer le développement de la filière.
Dans le même temps, la concurrence américaine s’intensifie. Tesla prépare la montée en production de son robot Optimus, tandis que Figure AI et Agility poursuivent leur industrialisation. Face à ces acteurs, la Chine mise sur la maîtrise des coûts, la vitesse d’exécution et l’intégration industrielle. La robotique humanoïde constitue désormais un terrain de compétition majeur entre les superpuissances chinoise et américaine.