Les one-person companies face aux géants du SaaS et du conseil

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Les One-Person Companies, portées par l'IA, permettent à un simple individu de créer des solutions technologiques avancées. Elles remettent en cause le modèle socio-économique des SaaS traditionnels.

Récemment, un certain Bilawal Sidhu, ex-Product Manager de Google Maps, a réussi à vide-coder World View, une démonstration fonctionnelle d’un des outils technologiques les plus avancés du moment créé par l’entreprise de défense américaine Palantir.

Un outil fait en un week-end par une seule personne, qui ose se comparer à une entreprise forte de plusieurs milliers de développeurs et ingénieurs.

Cette personne est la représentation d’une tendance en plein boom dans le monde de la tech : les One-Person Companies (OPC). Des entreprises opérées par une seule personne, avec un niveau de production historiquement réservé à une équipe d’ingénieurs chevronnés.

Une refonte des modèles économiques dans la Tech

Ces deux dernières années, le nombre de solo-entrepreneurs a croit de façon massive. Rien qu’aux Etats-Unis, les entreprises technologiques unipersonnelles ont cru de +40% depuis 2021. Elles se concentrent sur des services dit de « micro-SaaS », des « logiciels en tant que service » ultraspécialisés qui adressent des marchés niches ou qui sont construit sur mesure pour une ou quelques entreprises seulement.

Contrairement au modèle historique des SaaS, ces entreprises n’ambitionnent généralement pas de faire des dizaines ou centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires. Elles se concentrent sur des besoins spécifiques qui jusqu’alors n’étaient financièrement pas envisageables du fait de la différence entre les coûts de développement et le marché adressable.

Autre différence majeure, ces entreprises sont souvent rentables dès leur première année d’activité. Elles ne lèvent pas de fonds, ne recherchent pas l’hyper-croissance ou le développement à l’international. Ce sont de simples TPE proposant un service technologique unique et local.

Une remise en question du dogme salarial

Les OPC viennent déjà challenger le nouveau monde économique du XXIème siècle : ces milliers d’entreprises technologiques qui ont su chambouler les méthodes de travail des entreprises du monde entier, vendant leurs services à coup de licences, et infiltrant un à un chaque département au nom de la digitalisation des métiers. Construites sur des bases technologiques complexes avec des infrastructures lourdes, ces organisations ont nécessité des investissements financiers et humains massifs pour se développer, avec quasiment toujours une obligation d’internationalisation pour créer des économies d’échelle et atteindre la rentabilité.

Financés sous couvert d’une barrière technologique forte qui limite naturellement la concurrence et permet des frais de services élevés, ces start-ups et scale-ups peuvent aujourd’hui se questionner sur la pérennité de leur modèle. Et leurs salariés aussi.

Le domaine des nouvelles technologies est le plus gros employeur mondial des deux dernières décennies. Des milliers d’écoles se sont créées autour de ce changement économique pour former des millions de personnes à ces nouveaux métiers. Un secteur promettant des hauts revenus, avec des avantages extra-salariaux nombreux, et des perspectives de promotions personnelles certaines, alimentées par un développement rapide et des embauches croissantes.

Or, nous le voyons aujourd’hui, la transformation digitale de la société arrive à maturité, limitant les croissances et favorisant des guerres de prix, et l’intelligence artificielle vient frapper au cœur du modèle de ses acteurs : la barrière technologique qui s’abaisse et la nécessité d’une importante masse salariale qui s’amoindrit.

L’IA à la source d’une révolution sociétale

30 000 postes supprimés chez Oracle, 14 000 postes chez Amazon, 12 000 chez Accenture, 5 600 chez PwC, 15 000 chez Microsoft, potentiellement 16 000 à venir en 2026 chez Meta. Les réductions d’effectifs liés au déploiement de l’Intelligence Artificielle s’accélèrent au sein du domaine de la Tech et du conseil en entreprise. On pourrait croire que ces entreprises se portent mal mais Amazon, Meta et Microsoft fleurtent toujours avec leur plus haut niveau boursier.

Surtout, il s’agit de la première vague de licenciement massive de cadres et personnels qualifiés. Des ingénieurs, développeurs, experts ayant généralement un haut niveau d’étude, dont les tâches certes techniques mais chronophages peuvent aujourd’hui être, tout ou partie, réalisées par l’IA. Ils sont les premiers perdants de cette nouvelle ère. Et la preuve qu’il faut maintenant moins de personnes pour réaliser les mêmes tâches intellectuelles.

Mais alors que reste-t-il ? Quelles sont les perspectives pour les groupes de services technologiques et leurs salariés ?

La tendance est à l’hyperpersonnalisation. Et les One-Person Companies en sont les premiers ambassadeurs. La valeur d’un SaaS baisse, et sa capacité à s’adapter à chaque spécificité de chaque client augmente grâce à l’Intelligence Artificielle.

L’expertise sectorielle, la connaissance de cas d’usage couplée au vibe-coding permettent aujourd’hui à des consultants de créer eux-mêmes la solution unique d’un client. Il abolit les concessions dues au temps long de développement et à la problématique de « scalabilité ». Il accélère la création de fonctions personnalisées en réponse à des enjeux niches. Et l’expert devient ainsi un véritable « artisan technologique ».