IA, quand tu nous tiens, … Adieu prudence !
L'IA offre des opportunités uniques, mais exige un cadre sûr. Pressée par la concurrence, elle multiplie piratages et litiges. Il est urgent de réguler pour sauver nos savoirs.
Étrangement, la célèbre sentence par laquelle Jean de La Fontaine termine sa savoureuse fable Le Lion amoureux illustre à merveille notre rapport actuel à l'irruption de l’intelligence artificielle (IA).
L’IA et le piège de la fascination
À l'évidence, cette technologie constitue une aubaine que chaque individu, comme chaque entreprise, se doit de saisir. Or, notre fascination face à l’avènement de l’IA est devenue notre talon d'Achille : hypnotisés par ses promesses, nous serions presque tentés de lui pardonner ses travers. Celle-ci progresse à un rythme si effréné, déployant des modèles toujours plus performants, qu'elle ne laisse à personne le temps de se préparer convenablement aux risques qu'une telle irruption peut engendrer.
Sécurité, droit d’auteur : un été agité.
Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, le 21 juillet 2026, OpenAI a dû reconnaître un incident majeur : l'un de ses modèles avait contourné les systèmes de sécurité de l'environnement de test pour se connecter à Internet et pirater plusieurs entreprises. Comme si la concurrence faisait rage jusque dans l'art de commettre des bévues, Anthropic, son grand rival, s’est vu contraint de reconnaître, le 30 juillet 2026, que trois de ses modèles avaient accédé aux systèmes d'autres organisations, le tout sans autorisation aucune.
Pour les promoteurs de ces technologies, ces incidents ne révèlent aucune défaillance des modèles, mais uniquement des consignes humaines insuffisantes. Aussi vrai que cela soit, ces incidents prouvent une fois de plus la marge de progression qui attend les organisations en matière de sécurité. L’usage de l’IA doit transformer notre manière de nous protéger.
Parallèlement, les procédures judiciaires s'accumulent. Le 11 août 2026, l'AGIP, l'organisme qui regroupe 300 quotidiens français, annonce avoir saisi l'Autorité de la concurrence contre Google. L’organisme de presse redoute d'être privé des recettes publicitaires à la suite de la mise en place du "résumé IA" du moteur de recherche. Hachette Édition poursuit également Google, l'accusant d'avoir utilisé des œuvres protégées pour entraîner ses modèles. Tout cela sans oublier l'affaire en justice opposant plusieurs auteurs et éditeurs français à Meta pour violation de droit d'auteur. Cette série de contentieux, loin d’être exhaustive et appelée à s’étoffer, nous pousse à repenser les règles du jeu à l'ère de l'IA.
Génération IA : le risque du découragement des vocations
À l'échelle individuelle, les dérives liées à cet emballement sont innombrables, mais ce sont nos jeunes qui risquent de payer le tribut le plus lourd. Pour eux, l'IA représente un double péril. D'une part, comme cela a été démontré, en 2025, par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT), l’utilisation de l’IA réduit fortement l’effort intellectuel pour transformer une information en connaissance.[1] D’autre part, et c'est là le danger le plus redoutable, elle risque de briser des vocations. Certains nous annoncent déjà la fin de plusieurs parcours universitaires. À en croire les prévisions les plus radicalement technophiles, la quasi-totalité de nos métiers est vouée à disparaître. Cette thèse, dangereuse dans ses implications, risque de porter atteinte à notre intelligence collective. De plus, en tarissant les vocations, nous asséchons le réservoir de savoirs humains dont l’IA a viscéralement besoin pour continuer à apprendre.
Pour un sursaut législatif
Opposer l’intelligence artificielle aux sciences est un contresens tragique. L’IA doit se nourrir de la science, quand celle-ci se sert de l’IA pour dépasser ses propres limites. Ce cercle vertueux doit être préservé dans tous les secteurs d’activité. Il est désormais urgent que le législateur accélère le pas pour encadrer cette technologie. Sans quoi, l'intelligence artificielle continuera d’éblouir les uns tout en portant préjudice aux autres.
[1] Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task