Actualité / Le Net  
Jeudi 19 octobre 2000  
Musique en ligne : trois questions à Joël Podeba (RadioCeros)  
          

L'interview accordée au Journal du Net le 12/10/00 par Pascal Nègre, le PDG d'Universal Music, a provoqué quelques remous dans la communauté des webradios. Joël Podeba, qui a monté RadioCeros, support avec lequel il a récemment défrayé la chronique (Lire l'article du JDNet du 30/08/00), trouve scandaleuse la différence qui existe entre les reversements au nom des droits d'auteurs (Sacem) et ceux destinés aux producteurs (droits dit voisins), versés à la Société civile des producteurs phonographiques (SCPP). Dans le cadre de l'association Alto (Association pour la liberté et la transparence de la diffusion "on demand"), il demande la création d'une licence légale pour les droits voisins autour de cette exploitation spécifique de la musique sur Internet.

JDNet. Estimez-vous, comme Pascal Nègre, que "la musique en ligne sera payante ou ne sera pas", et qu'est-ce qui vous choque dans les propos du PDG d'Universal Music à propos des "webradios" ?
Joël Podeba. Je pense que Pascal Nègre s'en tient à l'équation "gratuit=absence de droits à payer". Nous voulons payer des droits mais sans répercuter directement cette contribution sur les internautes, ce n'est pas pensable aujourd'hui. BMG, qui a un gros catalogue, peut se le permettre. Pas nous. En revanche, avec le développement du haut débit, nous pourrions offrir un système d'abonement aux internautes, qui donnera lieu à des reversements. Quant aux webradios Pacal Nègre
les met toutes dans le même panier en laissant entendre qu'elles ne prennent pas en compte les problèmes juridiques liés aux droits d'auteurs et droits voisins. Je vais vous donner un cas concret : la semaine dernière, musique-et-bide.com, une webradio amateur qui diffuse des titres qui ne sont plus commercialisés, a reçu une lettre de la SCPP en leur demandant de verser 50.000 francs la première année, 75.000 francs la deuxième et 100.000 francs la troisième et régler 1.500 francs hors taxe par mois côté Sacem. Comment peut-on monter une "webradio" avec de telles contraintes ? Pascal Nègre se trouve en plus dans une situation particulière : il est détenteur de droits voisins (en qualité de PDG d'Universal Music) et président du SCPP, qui fixe les conditions dans lesquelles nous pouvons travailler. Il est quelque part juge et partie, car concurrent de nos activités puisque Universal Music veut lancer un bouquet de radios en ligne.

Concrètement, que demandez-vous ?
Nous constatons qu'entre les différents organismes de reversement, le coefficient va de 1 à 5 ou de 1 à 10. Pour RadioCeros, on paie 5.000 francs par mois pour les auteurs et 30.000 francs par mois aux producteurs (droits voisins).
Nous voulons la création d'un nouvel organisme pour discuter des droits avec cette activité spécifique, car le principal intérêt avec Internet, c'est la diffusion de musique à la demande. Nous ne pouvons pas exploiter la musique à la demande actuellement, car il nous faut l'autorisation du producteur. Celui-ci établit clairement une distinction entre diffusion classique et musique à la demande. Les producteurs considèrent cette dernière activité comme une "chasse gardée". Nous demandons également la création d'une licence légale pour la diffusion de la musique à la demande pour les droits voisins (amendement dans l'article 214 du Code de propriété intellectuelle). C'est le point de départ de l'association Alto. Nous avons auparavant rencontré le Collectif Média Convergence (cf bref France JDNet du 13/06/00), qui s'est montré réticent à aborder ce sujet.

Que devient RadioCeros ?
Nous travaillons sur RadioCeros mais également sur des déclinaisons thématiques autour du trip hop, du jazz, du reggae, de la musique classique, de la musique électronique, etc. On nous a proposé des financements sur cette base. A notre grande surprise, nous sommes en cours de négociation avec la SCPP pour les contrats de licence de "webcast" classique, alors que cet organisme estimait au départ que nos activités n'entraient dans son champ de compétence. Nous débattons actuellement sur la notion de "canal". Nous n'avons pas la même définition avec la SCPP.

[Philippe Guerrier, JDNet]
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