Le risque et la résilience de l'alliance entre IA et cybersécurité

IDA Ireland

L'intelligence artificielle est devenue à la fois la cible et l'outil de la cybersécurité. Les cybercriminels utilisent désormais des systèmes intelligents pour multiplier et dissimuler leurs attaques

De l’autre côté, les équipes de sécurité s'appuient sur ces mêmes technologies pour les détecter et y répondre plus rapidement. Dans ce contexte, la recherche d’un équilibre entre innovation et contrôle s’impose progressivement comme un facteur clé de la résilience numérique.

L’évolution des cybermenaces

L'IA redéfinit à grande échelle le paysage des menaces. Le marché mondial de l'IA appliquée à la cybersécurité devrait atteindre environ 80 milliards d'euros d'ici 2030. Parallèlement, son adoption massive dans tous les domaines de l'activité commerciale accroît les vulnérabilités par le biais de la manipulation des modèles, de la corruption des données et de l'utilisation abusive du code open source. 

Selon un rapport récent d'Arctic Wolf, 29 % des experts en sécurité considèrent désormais l'IA comme leur priorité absolue, détrônant pour la première fois les ransomwares. Cette tendance se confirme en Irlande, où six entreprises sur dix considèrent que l'utilisation abusive de l'IA représentera un risque élevé pour les cinq prochaines années. Dans un pays qui continue d'attirer de nombreux acteurs technologiques mondiaux, le risque d'attaques liées à l'IA devrait ainsi augmenter. 

Le double rôle des systèmes intelligents

La symétrie entre attaque et défense est désormais au cœur des enjeux. Les capacités de l'IA étant exploitées des deux côtés, qu’il s’agisse des équipes IT ou des cybercriminels. Elles permettent notamment de concevoir des campagnes de phishing plus sophistiquées, de générer des contenus malveillants crédibles ou encore de reproduire des voix humaines, rendant les attaques plus difficiles à détecter.

Cependant, l'IA permet également une défense plus rapide et plus intelligente. Dans les centres d'opérations de sécurité, 57 % des analystes utilisent l'IA pour résoudre rapidement les alertes, et 56 % affirment qu'elle les aide à hiérarchiser plus efficacement les menaces et plus de la moitié utilisent l'IA pour des mesures de sécurité préventives. Grâce à l'analyse prédictive et la détection des anomalies, les entreprises gèrent efficacement les risques et limitent les failles de sécurité.

La supervision humaine demeure néanmoins essentielle, et le développement d’une IA explicable permet de garantir la traçabilité des décisions et de renforcer la confiance. En France, l’Institut national pour l’évaluation et la sécurité de l’intelligence artificielle (INESIA), a pour objectif de fédérer les acteurs nationaux de l’évaluation et de la sécurité, dans un but de promotion d’une IA de confiance. Alors qu’en Irlande, des initiatives comme l’AI Accountability Lab du Trinity College de Dublin ou CeADAR illustrent la structuration d’un écosystème dédié à une IA fiable, éthique et sécurisée. Ces développements montrent que le besoin d'une IA explicable, résistante à la manipulation et axée sur la sécurité est plus que jamais important et devient central pour la cyber-résilience moderne.

Réglementer l'avenir grâce à l'instauration d'un climat de confiance et de responsabilisation

La loi européenne sur l'intelligence artificielle fixe des exigences strictes en matière de transparence, de catégorisation des risques et de cybersécurité. Les entreprises doivent désormais documenter et encadrer le développement de leurs systèmes d'IA, afin de garantir un niveau approprié de fiabilité et de contrôle humain. 

L'Irlande est l'un des premiers États membres de l'UE à être pleinement prêt pour la mise en œuvre de cette loi et a, à ce titre, désigné 15 autorités qui seront chargées de vérifier sa conformité. Grâce à cette approche tournée vers l'avenir, l'Irlande fait figure de référence sur le marché intérieur en tant qu'autorité de régulation, en particulier pour les entreprises dont le siège européen est situé à Dublin. Les conseils d'administration commencent déjà à reconnaître que la gestion des risques dans le domaine de l'IA n'est pas une question technique, mais une question de gouvernance d'entreprise.

Aussi, le projet de loi national sur la cybersécurité, qui mettra en œuvre la directive NIS2 de l'UE, promet une coordination plus étroite entre l'IA et la gouvernance de la cybersécurité. Des initiatives nationales telles que le Centre national de cybersécurité (NCSC) et Cyber Ireland jouent un rôle central à cet égard. Cyber Ireland, qui regroupe plus de 500 entreprises et instituts de recherche, est renforcé par cette clarté législative dans son travail et permet aux entreprises d'innover, de se développer et de respecter les normes de conformité. Ensemble, ces initiatives favorisent l'innovation et la résilience numérique et garantissent que le pays reste à la pointe du paysage mondial de la cybersécurité et de l'IA.

Du risque à la résilience

Pour gérer les menaces liées à l'IA, les organisations doivent adopter des approches systématiques afin de les combattre. Cela passe notamment par l’intégration des menaces liées à l’IA dans les stratégies de sécurité logicielle, par la mise en œuvre de modèles "zero trust", ainsi que par le recours à des systèmes explicables et auditables.

Les compétences et la collaboration deviendront également un levier essentiel. En Irlande comme en France, plusieurs initiatives illustrent ce rapprochement entre l'industrie et le monde universitaire. Le Tyndall National Institute travaille notamment au développement de technologies de sécurité de l'IA et de l’informatique photonique qui améliorent la détection des menaces. En France, le Grenoble Alpes Cybersecurity Institute (CyberAlps) met en collaboration experts et acteurs du marché afin d’examiner les questions techniques et sociales soulevées par les cybermenaces liées à l’IA à l’aide de solutions globales, adaptées et innovantes.

Se préparer à la prochaine phase de la cybersécurité

La course à l'armement cybernétique alimenté par l’IA devrait s'accélérer dans les années à venir. Alors que les modèles d'IA offensifs évoluent pour exploiter les vulnérabilités, des systèmes de défense de plus en plus autonomes émergent déjà, capables d’identifier et de neutraliser des menaces en temps réel, tandis que les entreprises commencent à anticiper les enjeux liés à la cryptographie post-quantique.

Dans ce contexte, la résilience à long terme dépendra de la capacité à articuler gouvernance et automatisation. L’Irlande, la France et, plus largement, l’Europe disposent aujourd’hui d’un écosystème structuré pour jouer un rôle moteur, en combinant innovation technologique, cadre réglementaire et développement des compétences. Les entreprises qui investiront dans ces différents leviers contribueront à définir les standards de la cybersécurité à l’ère de l’intelligence artificielle.