À quand remonte la première marque au monde ? Celle qui a inventé des produits uniques, reconnaissables entre mille, vendu sa production et s'est bâtie une réputation jusqu'à l'international. Une équipe de chercheurs a peut-être trouvé la réponse.
Pour entamer leurs investigations, l'équipe de l'archéologue Marta Luciani a exhumé des vestiges au cœur de la grande oasis fortifiée de Qurayyah (au nord-ouest de l'Arabie saoudite). Ils ont passé au crible les restes d'un four de potier vieux de plus de 3 200 ans ainsi que des milliers de fragments de céramiques peintes.
Ces poteries étaient déjà bien connues des spécialistes, mais longtemps entourées de mystère. Retrouvés aux quatre coins du Proche-Orient et attribués à d'énigmatiques peuples nomades, ces vases laissaient penser que chaque communauté fabriquait les siens localement.
Jusqu'aux années 1980 où l'on comprend que Qurayyah est une place forte dans la fabrication de ces poteries. Mais il faut attendre août 2026, et les récentes analyses de l'équipe de Marta Luciani pour mesurer l'ampleur inédite de cet atelier : il y a près de 3 000 ans, au milieu du désert, était situé un immense pôle industriel qui a conçu, standardisé et exporté l'une des plus vieilles marques commerciales connues à ce jour.
Pour véritablement comprendre l'envergure de ce pôle industriel, il faut savoir que les premières fabrications de céramique peinte à Qurayyah remontent au XVIIᵉ siècle avant notre ère, il y a 3 600 ans. La tradition s'est ensuite développée de manière continue au fil des siècles. Pendant plus d'un millénaire, cet atelier s'est fait connaître en fabriquant des poteries uniques représentant des formes géométriques et des animaux. Ces créations prestigieuses étaient prisées par des élites, déposées dans des sépultures ou des sanctuaires. L'engouement a même poussé d'autres ateliers du Levant à fabriquer des imitations.
Ce qui fait de l'atelier de Qurayyah l'une des toutes premières marques de l'histoire, ce n'est ni la présence d'un logo estampillé ni l'existence de campagnes publicitaires. La notoriété de la marque et son existence aux yeux des chercheurs résident dans l'objet lui-même : une poterie d'exception dont le style et les caractéristiques techniques étaient uniques et facilement reconnaissables. Surtout, cette fabrication ne se limitait pas à subvenir aux besoins locaux de l'oasis. Centralisée et produite à grande échelle, elle constituait une véritable entreprise commerciale conçue délibérément pour être exportée et séduire des clients par-delà les frontières, jusqu'au cœur du Levant.