En direct du Computex 2026 : Taïwan, le vrai gagnant de la course à l'IA
"Taïwan est l'épicentre de la révolution de l'intelligence artificielle." A la veille de l'ouverture du Computex Taipei, Jensen Huang, le patron de Nvidia, a donné le ton. Le plus grand salon informatique d'Asie a ouvert ses portes ce mardi 2 juin dans la capitale taïwanaise. Ordinateurs, semi-conducteurs, robotique, objets connectés : l'intelligence artificielle s'invite désormais dans presque tous les secteurs représentés.
Le slogan de cette édition, "AI Together", reflète cette omniprésence de l'IA. "L'intelligence artificielle n'est pas simplement un nouvel outil. C'est le début d'une nouvelle civilisation", a lancé lors de l'inauguration James C. F. Huang, président du TAITRA, l'organisme chargé de promouvoir le commerce extérieur taïwanais et coorganisateur du salon. Cette édition 2026 de Computex est l’occasion pour Taïwan d’afficher la richesse de son écosystème. Parmi les 1 500 exposants présents, venus de 33 pays, 956 sont des entreprises taïwanaises.
L’IA sous toutes ses formes
Le rôle actuel de Taïwan dans l'intelligence artificielle est le fruit de plusieurs décennies d'investissements dans les semi-conducteurs et l'informatique. "Dès les années 1980, Taïwan était à l'avant-garde des semi-conducteurs, des cartes mères et de l'informatique personnelle. Aujourd'hui, cette expertise s'est déplacée vers les serveurs et les infrastructures nécessaires à l'IA", explique Garrett Dunne, responsable marketing chez Gigabyte, géant taïwanais des serveurs et des infrastructures de calcul pour l'intelligence artificielle.
Selon lui, la force de l'île réside dans la concentration d'une grande partie de la chaîne de valeur de l'intelligence artificielle, des concepteurs de puces aux fabricants de serveurs en passant par les fournisseurs d'infrastructures. Gigabyte occupe précisément une position intermédiaire dans cet écosystème. "Nous transformons les technologies développées par les fabricants de puces en serveurs prêts à être déployés dans le cloud", explique-t-il.
Cette expertise technologique se reflète dans la diversité des exposants présents au Computex. Des fabricants historiques comme Asus, Acer ou Advantech côtoient des acteurs plus spécialisés tels que Wiwynn, AAEON ou Solomon, actifs dans les infrastructures d'intelligence artificielle, l'Edge AI, l'automatisation industrielle et la robotique. Des centres de données aux véhicules autonomes, en passant par la santé numérique et la cybersécurité, l'intelligence artificielle s'impose comme le fil conducteur du salon.
Pour Michael Cheng, directeur des systèmes d'information (CIO) de Lanner, spécialiste taïwanais des solutions d'Edge AI et de sécurité réseau, les entreprises locales cherchent désormais à couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur de l'IA, du matériel aux logiciels et aux services. "Nous disposons de plusieurs années, voire de plusieurs décennies d'avance sur certains aspects matériels. Le défi est désormais davantage logiciel", estime-t-il.
Taïwan attire les convoitises
L'écosystème taïwanais de l'intelligence artificielle attise les convoitises bien au-delà des frontières de l'île. Qualcomm, Intel et de nombreuses entreprises américaines, européennes et asiatiques ont fait le déplacement à Taipei pour le Computex. Mais l'offensive la plus visible est sans conteste celle de Nvidia, devenu l'un des principaux bénéficiaires du boom mondial de l'IA.
Jensen Huang, né à Taïwan avant d'émigrer aux Etats-Unis, a ainsi lancé une véritable opération séduction envers son île natale. Arrivé plusieurs jours avant l'ouverture du salon, il a été aperçu sur les marchés de nuit de Taipei et a enchaîné les rencontres avec les dirigeants des principales entreprises locales.
Le patron de Nvidia a surtout annoncé la construction du futur siège taïwanais du groupe à Taipei, ainsi qu'un renforcement massif des investissements de l'entreprise dans l'écosystème local. Nvidia collabore déjà avec quelque 150 partenaires taïwanais, dont le géant des semi-conducteurs TSMC, dont les usines produisent une grande partie des puces utilisées pour les systèmes d'intelligence artificielle. Selon Jensen Huang, les dépenses annuelles de Nvidia à Taïwan pourraient bientôt atteindre 150 milliards de dollars, contre 10 à 15 milliards il y a quelques années.
Ainsi, l'IA devient l’un des principaux moteurs de l'économie taïwanaise : la capitalisation totale de la Bourse de Taïwan a atteint 4 950 milliards de dollars fin mai, faisant du marché taïwanais la cinquième place boursière mondiale. Et le PIB taïwanais a progressé de 14,55% au premier trimestre 2026.
Les dernières évolutions technologiques pourraient contribuer à accélérer ce mouvement. "Taïwan a déjà démontré son excellence dans le hardware. Le prochain défi sera de s'imposer davantage dans les logiciels et l'intelligence artificielle. L’IA physique est probablement la prochaine grande vague technologique", estime Benjamin Chen, fondateur et dirigeant de Vyin AI, une start-up taïwanaise spécialisée dans les agents d'intelligence artificielle et les applications robotiques.
Pour la première fois cette année, le Computex présente ainsi un pavillon dédié à la robotique et à l'IA physique. On peut y croiser des robots humanoïdes, admirer des bras robotisés ou encore découvrir des modèles de fondation destinés à entraîner les agents d'IA qui les alimentent. Un marché sur lequel de nombreux acteurs taïwanais ont déjà commencé à se positionner, tant sur le matériel que sur les logiciels.