James Chen (Solomon Technology) "Les solutions de Solomon Technology permettent aux robots d'exécuter des instructions vocales"
Fondée en 1973 à Taïwan, Solomon Technology est l'un des acteurs majeurs de la vision par ordinateur et de l'intelligence artificielle appliquées à l'industrie. Pour le JDN, son directeur commercial mondial James Chen dévoile ses ambitions dans le domaine de la robotique.
JDN. Quels sont aujourd'hui les principaux cas d'usage des solutions AI Vision de Solomon Technology ?
James Chen. Ils sont très nombreux. Dans l'industrie, nos solutions sont utilisées pour l'inspection automatisée des produits. Elles permettent notamment de réaliser des contrôles qualité et des inspections de surface sur des produits électroniques ou d'autres types de biens manufacturés. Dans la robotique, nous réalisons également des applications de type pick-and-place, c'est-à-dire la prise et le déplacement automatisés d'objets, ainsi que du guidage robotisé par vision. Nous utilisons aussi la vision 3D associée à l'intelligence artificielle pour des opérations plus complexes comme le collage, le soudage, les opérations de fonderie ou encore la peinture industrielle.
Au-delà de l'industrie, comment les progrès récents de l'IA ont-ils élargi les usages de ces technologies ?
Aujourd'hui, nous combinons nos technologies de vision avec les nouveaux modèles d'IA afin de les déployer sur différents appareils : caméras, lunettes intelligentes, tablettes, smartphones ou encore drones. Ces solutions peuvent servir à la surveillance d'installations industrielles, à l'inspection d'infrastructures, à la validation de procédures opérationnelles ou à de nombreuses autres tâches d'analyse automatisée.
Quand avez-vous décidé de vous concentrer davantage sur la robotique ?
Il y a quelques années, nous avons constaté que l'automatisation industrielle progressait rapidement. Nous avons identifié les robots mobiles comme un élément qui allait devenir essentiel dans de nombreuses usines. Nous avons donc commencé à distribuer des robots mobiles autonomes. Ensuite, nous nous sommes dit qu'un robot avait besoin non seulement d'un corps, mais aussi d'yeux et d'un cerveau. C'est à ce moment-là que nous avons développé nos capteurs de vision par IA et nos solutions d'analyse intelligente afin de compléter ces systèmes robotiques.
Quand avez-vous commencé à travailler sur des robots humanoïdes ?
Grâce à notre expérience dans la robotique industrielle, notamment avec les bras robotisés, nous avions déjà une base solide. Il y a environ deux ou trois ans, avec l'émergence de l'intelligence artificielle générative et l'intérêt croissant pour les humanoïdes, nous avons considéré qu'il s'agissait d'un marché important à étudier. Nous avons donc commencé à analyser différentes plateformes humanoïdes. Aujourd'hui, nous travaillons avec plusieurs fabricants et avons déjà intégré certaines de leurs solutions, tandis que d'autres projets sont encore en cours de développement.
Quelles adaptations sont nécessaires pour intégrer vos solutions à un robot humanoïde ?
Un robot humanoïde sort généralement de l'usine avec ses capacités mécaniques de base. Il peut se déplacer et exécuter des mouvements, mais pour devenir réellement utile dans des situations concrètes, il doit être capable de voir, comprendre et interagir avec son environnement. C'est précisément ce que nous apportons. Sur notre démonstrateur humanoïde, nous avons installé des systèmes de vision au niveau de la tête, des bras et des poignets. En parallèle, nos algorithmes d'IA analysent en temps réel les informations collectées. Le robot peut ainsi détecter et reconnaître des objets à distance, même dans des environnements complexes.
Concrètement, quelles tâches un robot humanoïde équipé de vos technologies est-il aujourd'hui capable d'accomplir ?
Nous avons intégré des technologies de type Vision-Language-Action (VLA), qui permettent au robot de comprendre des instructions vocales formulées en langage naturel. Par exemple, un utilisateur peut demander au robot de récupérer un objet spécifique posé sur une table. Le système identifie l'objet, se déplace vers lui, le saisit et le rapporte à son utilisateur. Nous travaillons également sur des applications industrielles. Un robot humanoïde peut être chargé d'inspecter des équipements, de surveiller des installations ou même d'interagir avec des machines en actionnant certains boutons ou commandes.
Quels types de clients s'intéressent aujourd'hui aux robots humanoïdes ?
Nous recevons des demandes provenant de différentes régions du monde, notamment d'Asie du Sud-Est et des Etats-Unis. Certains clients disposent déjà de leur propre plateforme humanoïde et recherchent uniquement nos logiciels d'intelligence artificielle et nos solutions d'intégration. D'autres souhaitent une solution complète, auquel cas nous pouvons fournir l'ensemble du système. Dans certains projets internationaux, nous travaillons également avec des partenaires locaux afin d'assurer l'intégration et le déploiement des solutions.
Le fait d'être implanté à Taïwan constitue-t-il un avantage ?
Oui, absolument. Nous bénéficions d'un écosystème industriel extrêmement riche. Nous avons accès à de nombreux fabricants, intégrateurs et spécialistes de l'automatisation. Cela nous permet de tester rapidement nos solutions dans des conditions réelles et d'accélérer leur développement. Nous profitons également d'un écosystème IA très dynamique, ainsi que de la présence d'acteurs majeurs du matériel informatique et des semi-conducteurs. Tous ces acteurs travaillent ensemble pour faire progresser l'industrie.
L'un des principaux défis des robots humanoïdes reste leur déploiement dans des environnements ouverts ou domestiques. Comment abordez-vous cette problématique ?
C'est effectivement un défi sur lequel l'ensemble de l'industrie travaille actuellement. Nous observons l'émergence de nombreux fabricants de robots humanoïdes en Chine, aux Etats-Unis et en Europe. Le secteur reste encore jeune et plusieurs approches technologiques coexistent. Cependant, certains standards commencent à émerger et les performances matérielles progressent rapidement. A mesure que ces plateformes gagneront en maturité, leurs capacités continueront de s'améliorer. Je pense donc que les robots humanoïdes ont un avenir très prometteur.
Quelles sont les priorités de Solomon pour les prochaines années ?
Les robots humanoïdes constituent clairement l'un de nos principaux axes de recherche et développement. Mais nous continuons également à investir fortement dans nos activités historiques, notamment les bras robotisés industriels, les robots collaboratifs (cobots), les robots mobiles autonomes (AMR), les systèmes de vision industrielle, ou encore les solutions d'automatisation basées sur l'intelligence artificielle. Toutes ces technologies continueront à jouer un rôle majeur dans notre stratégie de développement pour les années à venir.