Robots domestiques : où en est-on vraiment ?

Robots domestiques : où en est-on vraiment ? Les robots humanoïdes s'apprêtent à faire leur entrée dans nos foyers. Tâches ménagères, manipulation d'objets, assistance ou interaction avec les humains : plusieurs modèles affichent des capacités de plus en plus avancées.

Les robots humanoïdes commencent à être déployés dans le monde réel. Mais alors qu’on les voit investir les usines et les entrepôts, la robotique domestique reste à la traîne. Plusieurs facteurs expliquent ce retard : modèles d’IA pas assez performants, coûts élevés, retours sur investissement insuffisants, ou encore problématiques liées à la sécurité. Les constructeurs ont encore de nombreux défis à relever avant de pouvoir proposer des robots domestiques à grande échelle.

L’enjeu est de taille, puisque les usages domestiques pourraient représenter dans quelques décennies le principal cas d’usage des humanoïdes. Une étude publiée par Bank of America prévoit ainsi que 3 milliards de ces robots pourraient être en service dans le monde en 2060, dont 62%, soit près de 2 milliards, dans les foyers. Les services représenteraient alors 35% du parc mondial des humanoïdes, contre seulement 3% pour l’industrie.

Si le marché de la robotique domestique reste embryonnaire, certains modèles sont déjà disponibles en précommande, notamment ceux de 1X, et devraient faire leur entrée dans les foyers dès la fin de l’année.

1X NEO : le premier humanoïde domestique grand public

© 1X NEO

Pour l’heure, le seul modèle dont la commercialisation auprès du grand public a été lancée est NEO, développé par la start-up norvégienne 1X. Disponible en précommande à 20 000 dollars ou sous forme d’abonnement à 499 dollars par mois, il doit commencer à être livré à des particuliers aux Etats-Unis à la fin de l’année. Un dépôt remboursable de 200 dollars permet de réserver le robot.

1X a commencé à produire NEO à grande échelle dans son usine de Hayward, en Californie, avec un objectif de 10 000 unités dès cette année. Selon l’entreprise, ce chiffre correspond au nombre de robots réservés en seulement cinq jours après l’ouverture des précommandes. Avec l’augmentation de l’automatisation et l’ouverture d’un autre site à San Carlos, 1X vise une capacité supérieure à 100 000 robots par an d’ici la fin de l’année prochaine.

Le robot est capable d’effectuer diverses tâches domestiques, comme vider un lave-vaisselle, ranger des objets, transporter des courses ou faire une lessive. Il aura toutefois besoin d’un opérateur humain pour réaliser de nombreuses tâches qu’il ne maîtrise pas encore. Des employés de 1X pourront ainsi intervenir à distance pour guider le robot. L’objectif est notamment de collecter des données dans des logements afin d’améliorer progressivement son autonomie.

Figure 03 : un robot domestique propulsé par un modèle VLA

© Helix

Un autre modèle de robot domestique se situant à un stade avancé est le Figure 03, développé par Figure AI. Il fonctionne grâce à Helix, un modèle d’IA "vision-language-action" (VLA) développé par l’entreprise. Celui-ci transforme les informations provenant des caméras et les instructions en langage naturel en actions physiques. Le robot peut ainsi comprendre son environnement et s’adapter à des situations nouvelles.

Figure 03 a notamment été conçu pour effectuer des tâches domestiques et est capable de manipuler divers types d’objets. Sa production a commencé à monter en puissance dans l’usine BotQ, en Californie, avec pour objectif d’atteindre une cadence de production d’un robot par heure. La première ligne de l’usine dispose ainsi d’une capacité pouvant atteindre 12 000 robots par an.

Côté prix, aucun tarif officiel n’a encore été annoncé. Le PDG de Figure AI, Brett Adcock, a néanmoins évoqué une future formule sur le modèle "Robot-as-a-Service" (RaaS) pour un tarif compris entre 400 et 600 dollars par mois. Aucune date de commercialisation auprès du grand public n’a été communiquée pour le moment.

Tesla Optimus : Elon Musk veut investir les foyers

Elon Musk prévoit lui aussi de déployer son robot Optimus dans les foyers. Parmi ses multiples applications, le robot pourra jouer le rôle d’un majordome capable de réaliser des tâches comme laver la vaisselle, tondre la pelouse ou surveiller les enfants.

Afin de commencer à le produire à grande échelle, Tesla a arrêté les lignes des Model S et Model X dans son usine de Fremont, en Californie, pour y installer une première ligne de fabrication dédiée à Optimus. Dans un premier temps, les robots produits seront utilisés en interne, notamment dans l’"Optimus Academy". Cela doit permettre de collecter des données et d’améliorer ainsi leurs capacités. 

Aucun calendrier précis n’a été fourni pour le moment, et la production aurait pris du retard. Tesla évoquait jusqu’à récemment une production à grande échelle dès cette année, mais cette mention a disparu de ses dernières prévisions. Et selon JPMorgan, les premières ventes commerciales pourraient n’intervenir qu’au second semestre 2027, une estimation qui n'a pas été confirmée par Tesla.

Concernant les tarifs, Elon Musk a évoqué à plusieurs reprises un prix compris dans une fourchette de 20 000 à 30 000 dollars.

Isaac 1 : un robot domestique à 7 999 dollars

D’autres acteurs, plus discrets, ambitionnent de proposer des robots plus abordables. C’est le cas de la start-up américaine Weave Robotics avec Isaac 1, un robot spécifiquement conçu pour les particuliers et déjà disponible en précommande. Il est proposé à 7 999 dollars à l’achat, avec un abonnement premium optionnel de 99 dollars par mois, ou via une formule à 449 dollars par mois. Un dépôt de 250 dollars permet de réserver un exemplaire.

Les concepteurs d’Isaac 1 ont décidé d’abandonner les jambes au profit d’une base roulante, une solution plus stable et moins complexe. Il est équipé de deux bras et d’un torse télescopique lui permettant d’atteindre une hauteur de 1,75 mètre environ. Le robot est notamment capable de ramasser, plier et ranger le linge, faire le lit, remettre en place les coussins et les couvertures ou encore ranger les jouets, chaussures et autres objets qui traînent dans la maison. Selon Weave Robotics, son autonomie peut atteindre huit heures.

Isaac 1 est conçu pour fonctionner de manière autonome pour ses deux principales catégories de tâches, baptisées"Laundry Flow"et"Daily Reset". Il peut être lancé à la demande ou programmé depuis une application mobile. Mais comme NEO, il n’est pas encore totalement indépendant : Weave Robotics prévoit une assistance par téléopération lorsqu’il rencontre une situation qu’il ne maîtrise pas, afin de garantir que les tâches demandées soient effectuées.

Les premières livraisons sont toujours prévues en Californie à l’automne, sans date plus précise annoncée. Weave Robotics prévoit ensuite d’étendre progressivement la disponibilité d’Isaac 1 au reste des Etats-Unis en 2027.

XPENG IRON : L’humanoïde chinois pensé pour la maison

© XPeng

La Chine, qui domine le marché naissant de la robotique humanoïde, n’est bien sûr pas en reste. Le constructeur automobile XPENG développe lui aussi son propre humanoïde, baptisé IRON, qui rappelle à bien des égards NEO de 1X. Comme ce dernier, il a été conçu pour évoluer dans des espaces destinés aux humains et présente une apparence rassurante, avec des proportions proches de celles des humains et des mouvements fluides et naturels.

Recouvert d’une enveloppe souple plutôt que de laisser apparaître sa structure mécanique, il mesure 1,78 mètre et pèse 70 kg. Il peut réaliser des manipulations avec ses bras et ses mains, interagir avec des personnes et adapter son comportement à différentes situations.

XPENG prévoit dans un premier temps de déployer ses robots dans ses magasins et sur des sites industriels, notamment pour des fonctions d’accueil, de vente ou de logistique. Il vise une production de 1 000 unités par mois d’ici la fin de l’année, avant le début des ventes commerciales en Chine et à l’international en 2027.

Aucune date de commercialisation auprès des particuliers ni prix n’ont été communiqués. Mais on devrait rapidement entendre parler des robots d’XPENG, qui vient d’annoncer une levée de fonds de plus de 900 millions de dollars pour financer le développement d’IRON et la mise en place de ses capacités de production.

Sunday Robotics Memo : l’humanoïde "low cost"

© Memo

Autre concurrent à surveiller : Memo, développé par la start-up américaine Sunday Robotics. Comme Isaac 1, il est équipé d’une base roulante. Doté de deux bras, il est notamment capable de débarrasser une table, jeter les restes alimentaires et remplir puis lancer un lave-vaisselle. Sunday Robotics travaille également sur d’autres tâches quotidiennes, comme la manipulation du linge ou la préparation de boissons.

Memo n’est pas encore commercialisé et son prix définitif n’a pas été annoncé. Mais le PDG de Sunday Robotics, Tony Zhao, a évoqué à terme un prix de vente relativement bas, compris entre 5 000 et 10 000 dollars.

La start-up, qui a levé 165 millions de dollars en mars dernier, prévoit de déployer ses premiers robots auprès de familles américaines dans le cadre d’un programme bêta à la fin de l’année. Les particuliers peuvent actuellement déposer leur candidature pour y participer.

Cette phase doit notamment permettre de tester l’autonomie et la fiabilité de Memo dans des environnements domestiques réels avant d’envisager une commercialisation à plus grande échelle. Aucune date n’est encore fixée pour celle-ci, même si Tony Zhao a évoqué 2027 ou 2028 comme des possibilités.