L'IA ne va pas tuer le marketing : elle va tuer le marketing sans idées
L'IA va-t-elle remplacer les métiers créatifs ? Pas si vite. Si produire n'a jamais été aussi simple, se démarquer devient un véritable défi. Demain, la différence se fera moins sur les outils que sur
"L’IA va remplacer nos métiers." J’entends cette phrase presque chaque semaine.
Les graphistes vont disparaître, les rédacteurs aussi, les community managers, n’en parlons pas. Quant aux agences de communication, leurs jours seraient comptés. Je ne partage pas du tout cette vision. Au contraire, l’intelligence artificielle pourrait bien devenir l’une des meilleures choses qui soient arrivées aux métiers créatifs.
À une condition : avoir quelque chose à apporter au-delà de l'exécution !
Pendant longtemps, maîtriser Photoshop, monter une vidéo, développer un site internet ou configurer une campagne publicitaire constituait une véritable barrière à l'entrée. Ces compétences justifiaient, à elles seules parfois, le recours à un professionnel. Aujourd'hui, une partie de ce travail peut être réalisée en quelques minutes avec l'IA.
Et alors ? Savoir créer un visuel n'a jamais signifié savoir construire une marque, et savoir rédiger une publication n'a jamais signifié avoir quelque chose d'intéressant à raconter.
C'est peut-être là que se situe le véritable bouleversement : nous allons devoir démontrer notre valeur autrement que par notre maîtrise des outils et de certaines compétences.
Plus facile à produire. Plus difficile à remarquer.
C'est tout le paradoxe de cette révolution. Quand tout le monde peut produire des images spectaculaires, des vidéos sophistiquées et des textes parfaitement structurés comme ce magnifique mème ... La qualité technique cesse progressivement d'être un facteur de différenciation.
Nous risquons même de voir apparaître une quantité considérable de contenus impeccables, mais totalement interchangeables. Plus la production devient abondante, plus l’attention et la singularité gagnent en valeur.
L'IA ne remplace pas mes idées. Elle me permet d'aller beaucoup plus loin avec elles.
C'est précisément pour cette raison que je suis aussi enthousiaste et non défaitiste face à ces technologies. Je travaille quotidiennement avec l'IA qui me permet d'explorer pas mal de concepts créatifs que j'aurais autrefois écartés pour des raisons de budget, de temps ou de faisabilité.
Imaginer une campagne surréaliste, tester plusieurs directions artistiques, donner vie à une idée en quelques heures plutôt qu'en plusieurs jours. Je sais que beaucoup m’opposeront des arguments, qui sont totalement valables mais l'IA offre une liberté créative assez extraordinaire.
Et à l'inverse, il ne faut pas croire que tout se fait en cliquant sur un bouton ...
Pas plus tard qu'il y a une semaine une cliente " m'as dit trop sympa cette vidéo, t’as fait ça avec l’IA "
" j’ai passé 2 jours à monter la vidéo pour que chaque seconde colle au texte et c'est aussi pour ça que tu me paies ! "
Faut-il savoir ce que l'on cherche à créer, pourquoi on le crée et ce que l'on veut provoquer. L'IA réduit considérablement la distance entre l'idée et sa réalisation. Elle ne garantit pas que l'idée mérite d'être réalisée. Et c'est une différence fondamentale
Alors, l'IA va-t-elle supprimer des emplois ?
Évidemment. Certaines tâches vont disparaître, des modèles économiques vont être remis en cause et des professionnels, même talentueux, en subiront les conséquences.
C'est le concept même de destruction créatrice de Schumpeter ! Prétendre le contraire serait naïf. Mais je suis persuadé que l'IA va surtout accélérer une transformation déjà nécessaire dans nos métiers : passer d'une logique de production à une logique de réflexion, de création et de stratégie. Ceux qui vendaient essentiellement leur capacité à exécuter vont devoir réinventer leur proposition de valeur.
Ceux qui savent comprendre un marché, imaginer une campagne, construire une marque et défendre une vision disposeront d'outils extraordinairement puissants pour aller plus loin.
Finalement, je ne crois pas que notre avenir dépende de notre capacité à concurrencer l'intelligence artificielle. Il dépendra de notre capacité à en faire quelque chose d'intéressant.
Car dans un monde où tout le monde pourra produire, la véritable valeur sera peut-être simplement de savoir quoi créer, et surtout, pourquoi.