"Des contrôleurs mentent par appât du gain" : cette agente SNCF donne ses astuces pour ne pas vous faire avoir en cas d'amende
C'est un témoignage rare. Agente de sûreté ferroviaire en Île-de-France, Léa (prénom d'emprunt) a rejoint la SNCF il y a bientôt quinze ans. Elle a observé de près le comportement "malhonnête" de certains contrôleurs prêts à beaucoup pour dresser des amendes : du zèle, des pressions et, parfois, ce qu'elle assimile à de l'extorsion.
Du témoignage de Léa, un scénario ressort : celui d'un voyageur contrôlé, par exemple, sans titre de transport valide et qui se voit réclamer une amende. Jusqu'ici, rien d'anormal, mais les choses se compliquent lorsqu'il estime avoir été verbalisé à tort. Convaincu d'avoir bien validé son billet, il soupçonne un dysfonctionnement technique et veut contester. Mais, plutôt que de le laisser effectuer cette démarche, certains contrôleurs chercheraient à le convaincre de régler l'amende sur-le-champ. Ce que Léa déplore.
"Ce n'est pas le cas de tout le monde, mais chez certains, l'argent, l'appât du gain font malheureusement ressortir un mauvais côté". Et pour cause, dans le réseau Transilien notamment, les contrôleurs SNCF perçoivent des commissions sur les amendes et procès-verbaux (PV) dressés aux voyageurs en infraction.
"Lorsque l'usager en infraction paie tout de suite, les contrôleurs touchent une prime de 10% sur le procès-verbal. Donc, pour un PV de 50 euros, ils récupèrent directement 5 euros. À la fin du mois, cela peut représenter une somme intéressante", détaille Léa. A l'inverse, lorsque l'amende est payée plus tard, la prime s'élève à moins d'un euro.
Cette prime explique-t-elle le zèle de certains ? Difficile à affirmer, Léa constate en tout cas que des contrôleurs ne disent pas tout. "Ils mentent un peu" pour forcer le voyageur à payer immédiatement. "Ils expliquent au voyageur qu'il pourra dans tous les cas contester le procès-verbal après avoir réglé l'amende. Ce qui est faux."
Parce que lorsqu'un voyageur est arrêté par un contrôleur, s'il règle immédiatement le procès-verbal, cela signifie qu'il accepte la transaction pénale. L'action publique s'éteint et la voie de contestation pénale se ferme. Des réclamations restent possibles dans certains cas, mais uniquement auprès du transporteur.
C'est pourquoi Léa conseille aux voyageurs qui estiment avoir été verbalisés à tort de ne surtout pas régler leur amende sur-le-champ. L'objectif est de conserver la possibilité de contester rapidement le procès-verbal, quitte à prendre le risque de régler des frais de dossier supplémentaires.
Evidemment, Léa ne recommande pas de contester systématiquement les amendes. Son premier conseil reste d'"assumer quand on a commis une infraction". Elle met notamment en garde contre les situations qui dégénèrent pour une simple contravention. Le refus de payer ne doit pas se transformer en affrontement avec les contrôleurs. Insultes, outrages ou violences peuvent faire basculer votre contravention dans un autre cadre. "Pour 50 euros ou 100 euros, c'est un peu idiot de finir en garde à vue", résume-t-elle.
Et lorsque les agents dépassent eux-mêmes les bornes, elle reconnaît que sortir son téléphone pour filmer la scène peut être utile. Dans certaines situations, cela peut être "la seule chose qui peut faire peur" ou "freiner le petit pourcentage de collègues qui font mal leur travail".