Marque employeur : quand ChatGPT recommande un poste, le lien mène souvent à une offre fermée

Forhia

ChatGPT, Claude et Perplexity citent des offres d'emploi dans plus de neuf réponses sur dix. Mais chez ChatGPT, 7 liens d'annonce sur 10 ne menaient à aucune offre en ligne une fois ouverts.

Le 16 octobre, j’ai fait poser à ChatGPT, par programme, la question "offre emploi infirmier Perpignan", tapée comme sur Google. La réponse : une liste de postes, dont une offre d’infirmier général publiée par Welljob, avec son lien. Moins d’une heure et demie plus tard, ce lien ouvrait une page de France Travail : l’offre n’y était plus en ligne.

Ce cas n’est pas isolé. Ce jour-là, j’ai posé 205 questions d’emploi à ChatGPT, Claude, Gemini, Perplexity et Google : 24 métiers parmi les plus recrutés, trois par grande famille de l’enquête de France Travail sur les besoins en main-d’œuvre, dans 79 communes, de Paris aux petites villes. Chaque question a été posée deux fois aux assistants : interrogés par programme et non par leur application grand public. Puis un robot a ouvert, dans les heures qui suivaient, les pages vers lesquelles ils renvoyaient.

Des offres, presque à chaque fois

ChatGPT, Claude et Perplexity citent au moins une offre précise, un poste identifiable avec son employeur ou le lien de l’annonce, dans plus de neuf réponses sur dix. On leur demande un emploi, ils proposent des postes.

Gemini fait exception : il en cite rarement quand la question est tapée comme sur Google, mais souvent quand elle est rédigée en phrase.

Au bout du lien, souvent une impasse

Un lien d’annonce mène à la page d’une offre précise, pas à une liste. Sur les questions tapées comme sur Google, 7 liens d’annonce de ChatGPT sur 10 ne menaient à aucune offre en ligne quand le robot les a ouverts. Même constat chez Perplexity. Le plus souvent, la page disait elle-même que l’offre était close : c’est le cas d’un lien d’annonce sur deux chez ChatGPT.

La cause la plus probable : l’assistant s’appuie sur des pages qu’il a vues avant que l’offre ne ferme. Une offre finit toujours par être retirée ; c’est le lien donné par l’IA qui ne mène plus au poste. C’est un GPS qui vous conduit devant une boutique fermée.

Prudence dans la lecture : une offre affichée comme close ne prouve pas que le poste n’existe plus ailleurs. Et le compte ne porte que sur les liens que le robot a pu ouvrir.

Des sources publiques, des employeurs qui changent

Parmi les sites que citent les assistants, France Travail, HelloWork et Indeed figurent parmi les plus fréquents. Chez ChatGPT comme chez Perplexity, plus d’un lien sur trois donné avec les offres renvoyait vers France Travail. La mesure ne compare pas les sites entre eux : elle ne dit pas lequel est en cause dans les liens sans issue.

Les employeurs cités, eux, changent d’une fois sur l’autre. Posée deux fois à ChatGPT à quelques heures d’écart, la même question donne, en valeur médiane, ce résultat : sur sept employeurs cités en tout, un seul figure dans les deux réponses. Une réponse d’IA est une photo prise à un instant, pas un classement.

Ce qui est à la portée d’un employeur

Rien de ce qui suit n’a été mesuré, et rien ne promet d’être cité.

Le candidat qui suit le lien de l’IA et tombe sur une offre close est dans une impasse ; l’employeur, lui, risque de perdre un candidat intéressé. Ses postes ouverts doivent donc être faciles à retrouver, à commencer sur son site carrières. Retirer une offre partout où elle a été publiée, le jour où le poste est pourvu, réduit aussi le risque qu’un candidat postule à un poste déjà pourvu.

Un projet de loi pourrait aussi changer la donne. Le texte n° 944, déposé au Sénat le 10 septembre 2026, interdirait de diffuser une offre sans fourchette de rémunération. Au 26 octobre, il n’est pas adopté, mais rien n’empêche de s’y préparer.

Ces résultats ont leur cadre : des métiers à fort volume de recrutement, une seule journée de collecte, des assistants interrogés hors de leur application grand public. Ce n’est pas une estimation nationale. Ces taux ne sont pas les vôtres. La méthode complète est publiée avec l’étude.

Pour un recruteur, la bonne question n’est donc pas seulement "mon offre est-elle publiée ?", mais aussi "que trouve-t-on au bout du lien quand une IA la recommande ?".