Deux Français ont bâti Vera, le "ChatGPT des médecins", et lèvent 28,5 millions de dollars
La santé reste l’un des terrains les plus prometteurs de l’IA. Vera Health a décidé d’y jouer toutes ses cartes. La start-up cofondée par deux Français, Maxime Allouch (passé par le MIT) et Taieb Bennani (passé par Yale et le MIT), édite une solution d’intelligence artificielle dédiée aux professionnels de santé. Elle annonce ce mardi 27 octobre une série A de 28,5 millions de dollars menée par Threshold Ventures, avec Optum Ventures (UnitedHealth Group), Mantis VC et SV Angel, qui porte à 32 millions de dollars le total de ses fonds levés. Y Combinator et Gradient (fonds d’amorçage spécialisé dans l’IA, lancé par Google) mettent également la main à la poche. "Il n’y a pas de dette : c’est 100 % equity", précise au JDN Taieb Bennani.
Une solution d’IA pour les soignants
Vera Health se rapproche, en simplifiant, d’un ChatGPT de la santé. La start-up basée à San Francisco propose une interface conversationnelle spécialisée pour les professionnels de santé. Exit les réponses généralistes des assistants grand public.Vera Health propose une interface de chat avec des réponses sourcées sur plus de 60 millions de documents médicaux (publications évaluées par des pairs, recommandations de bonne pratique, notices de médicaments). Elle s’appuie sur des agents d’IA couplés à du RAG sur son dataset pour apporter les réponses les plus fiables et précises possible. Sous le capot, Vera ne repose pas sur un seul modèle. "Pour chaque question, plus de cinq modèles différents travaillent ensemble : l’un comprend la question, un autre classe les passages pertinents, un autre rédige, un autre vérifie la réponse", explique Taieb Bennani.
Pour noter la fiabilité de chaque source, il décrit "un peu le PageRank de Google, reconstruit pour la médecine". Au lieu de simplement livrer une réponse à une question, l’IA source ses réponses (sur du matériel scientifique) et donne un score de fiabilité calculé à partir de la méthodologie scientifique de chaque étude citée. L’IA tient également compte du contexte national et se base en priorité sur les recommandations des autorités locales (Haute Autorité de santé en France notamment). La base n’est pas figée. "La nouvelle littérature est intégrée chaque jour et les recommandations des sociétés savantes sont revérifiées chaque semaine", détaille Taieb Bennani. Les études rétractées sont exclues. Et pour traquer les erreurs, des IA "juges", entraînées sur des notes données par des médecins, contrôlent chaque jour un échantillon de vraies réponses.
L’entreprise compte désormais 800 000 utilisateurs à travers le monde (contre quelques milliers d'utilisateurs en octobre 2025), dont un médecin sur sept en France. Le bouche-à-oreille a fait le travail, aidé par la gratuité : tous les soignants peuvent l’utiliser sans payer. Le modèle économique n’est pas simple. Vera Health tire ses revenus des intégrations tierces avec les établissements de santé. Hôpitaux, cliniques et cabinets ont la possibilité d’utiliser Vera Spaces, son offre payante, pour déposer des documents (protocoles internes, recommandations…), intégrer les dossiers patients à l’IA ou automatiser certains workflows cliniques. "Nous n’affichons pas de publicité, et aucun partenaire ne peut modifier une réponse, ses sources ou son niveau de preuve", assure-t-il. "La confiance des médecins est notre actif le plus précieux."
Une équipe de 12 employés
Plus que la courbe de Vera Health, c’est la taille de son équipe qui surprend. La start-up emploie aujourd’hui douze personnes et a bâti l’essentiel de sa croissance avec six, en devançant des acteurs ayant levé jusqu’à cinquante fois plus, selon l’entreprise. "Notre R&D est basée à San Francisco et, pour l’anecdote, elle est majoritairement française", glisse Taieb Bennani. En France, "nous développons de nouveaux produits qui s’appuieront sur un hébergement HDS, et les démarches sont déjà engagées".
Les fonds levés ce jour serviront principalement à enrichir la base de connaissances médicales de son système d’IA. La start-up compte également travailler sur des réponses davantage personnalisées selon le contexte de chaque pays et multiplier les partenariats avec les sociétés savantes et établissements de santé régionaux.