L'IA est en train de tuer le téléphone à 75$
L'IA capte la RAM pour ses data centers, faisant exploser le coût des smartphones d'entrée de gamme. Résultat : le téléphone à 75$, seul accès pour des millions de foyers modestes disparaît.
Certes, le smartphone à 100$ reste le téléphone le plus vendu au monde mais l'IA est en train de le tuer en silence. Excluant toute une catégorie d'acheteurs, notamment les moins fortunés.
Pour des centaines de millions de personnes, un téléphone à 75$ n'est pas l'option bon marché. C'est la seule option.
Le premier téléphone : celui qui ouvre un portefeuille de mobile money, qui fait tourner une petite entreprise, qui permet de garder le contact avec sa famille.
Ce téléphone est en train de disparaître, et malheureusement pas parce que les gens ont cessé de le vouloir.
Les puces mémoire (RAM) qu'il contient sont devenues beaucoup trop chères. Les data centers de l'IA achètent l'offre de RAM, et sur un téléphone à moins de 100$, la mémoire représente désormais 64% du coût total des composants. Ceci est le chiffre publié. Sur mes propres devis fournisseurs, pour un appareil à moins de 70$, on se rapproche plutôt des 77%.
Les chiffres tombés ce mois-ci montrent clairement l'impact :
- Livraisons mondiales de smartphones en baisse de 14% cette année, à 1,09 milliard d'unités. La contraction la plus brutale jamais enregistrée par l'industrie.
- L'Afrique en baisse de 26%. Le segment sous les 100$ en baisse de 34%, soit environ 3 millions de téléphones en moins.
- Les fabricants ne peuvent plus produire de manière rentable des smartphones à 75$.
Ces chiffres sont une analyse factuelle mais voici ce qui manque au débat. On passe notre temps à se demander si l'IA va détruire nos emplois ou juste entraîner une transformation du travail. Mais il est surprenant de constater qu'elle impacte négativement aussi le chiffre d'affaires sur des marchés qui ne sont pas en direct dépendance avec l'IA. L'IA n'a pas fait disparaître le besoin de ces téléphones. L'acheteur à Lagos ou à Abidjan en a toujours besoin. L'IA a simplement pris les composants.
Encore plus pour un budget de 75$, il ne s'étire pas. Il n'y a pas de "montée en gamme" possible pour quelqu'un qui n'a que 75. Il n'y a donc que 2 options.
- Pousser les gens vers des appareils à 200$. Ça ne marchera pas pour tout le monde ; l'argent n'est simplement pas là.
- Ou repenser d'où viennent les composants et repenser les téléphones eux-mêmes : utiliser des composants recyclés et d'occasion dans des appareils réadaptés, redessinés.
C'est là la vraie opportunité, et elle soulève une question à laquelle je n'ai pas de réponse toute faite. Un acheteur est-il prêt à accepter un téléphone neuf construit avec des pièces recyclées ?
Je dirais que c'est bien plus facile à vendre que du reconditionné.
On garde ce qui compte vraiment pour les gens : être le premier à utiliser l'appareil, on garde même l'odeur du neuf en déballant le produit de sa boite. Le plaisir du neuf n'a jamais résidé dans la puce.
Et non, le bon vieux téléphone à touches n'est pas la solution de repli.
Ce segment est mort.
La vraie réponse, c'est le téléphone Android "bar phone" construit avec des composants recyclés, par quiconque maîtrise la production et intègre ce qui compte vraiment : mobile money, WhatsApp, Facebook, ChatGPT, mais dans ce qui pourrait s'apparenter à un smartphone downgradé.
Le boom de l'IA a pris les talents, les capitaux et l'énergie. Il a aussi retiré la mémoire du seul téléphone que beaucoup pouvaient s'offrir.
Tout le monde voit l'IA détruire des emplois. Presque personne ne voit qu'elle détruit aussi des marchés - simplement en dommage collatéral.