Comment Sergey Brin et Larry Page voient le futur

Sergey Brin Larry Page Google Google car, intelligence artificielle, temps de travail, santé... Comment les fondateurs de Google voient le futur de Google... et celui de notre société ?

Il est rare que les cofondateurs de Google s'adonnent à une analyse de leur stratégie globale ou détaillent leur point de vue sur le futur des entreprises Tech. Pourtant, lors d'une table-ronde organisée en juillet par Khosla Ventures, Larry Page et Sergey Brin ont livré à Vinod Khosla leur vision du futur de Google... Et de l'organisation de la société dans son ensemble.

Google cars

Le projet de voiture autonome annoncé par Google en 2008 est l'un des gros chantiers sur lequel travaille Google X, le complexe dirigé par Sergey Brin et qui travaille sur des innovations en lien avec la robotique et l'intelligence artificielle. Pour le cofondateur de Google, cette invention pourrait "transformer le transport dans le monde". "J'espère que cela pourra engendrer un changement énorme, explique-t-il. Notamment pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer parce qu'ils sont trop vieux ou handicapés. Mais ils ne représentent qu'une petite partie de la population. Les plus gros bouleversements seront ceux qui toucheront la communauté, notre mode de vie... Et même le territoire ! Dans la plupart des villes, 30 à 50% du territoire est réservé aux parkings, ce qui est un énorme gâchis. Les routes sont saturées et prennent également beaucoup de place. Les voitures autonomes n'ont pas besoin de nombreux parkings, puisqu'il n'en faut pas une par personne : elles viennent vous chercher quand vous avez besoin d'elles. Elles peuvent former des trains –mais nous n'avons pas encore développé cet aspect- et ont la possibilité d'aller beaucoup plus vite [que les voitures traditionnelles]. Elles pourront permettre d'utiliser bien plus efficacement l'espace et le temps des gens et avoir un grand impact."

Google compte-t-il construire lui-même les voitures autonomes, à terme, et se passer des constructeurs ? Sur ce point, Sergey Brin reste  vague : "Je suis très excité par cette technologie, mais nous en sommes encore au début de nos recherches. Dans le futur, nous pourrions compter sur de nombreux partenaires, comme des fabricants, des fournisseurs de services... Mais c'est vraiment de la spéculation pour l'instant."

Les ordinateurs, pas encore assez bons

...En tout cas, aux yeux de Larry Page. "Les ordinateurs sont encore très mauvais, ils font un peu n'importe quoi. Vous essayez de trouver des informations en faisant défiler l'écran de votre iPhone. Vous êtes dans une voiture, cela bouge, et vous ne pouvez pas vraiment trouver votre information –ça ne marche pas bien. Notre travail, c'est de résoudre ces problèmes."

Intelligence artificielle et temps de travail

L'intelligence artificielle est au coeur de l'activité de Sergey Brin, au sein de Google X. Pour lui, ces travaux auront un impact décisif sur l'organisation même de la société. Faisant référence à la récente acquisition de Deepmind par Google, il avoue espérer "qu'un jour nous pourrons tous fabriquer des machines qui peuvent raisonner, penser et faire les choses mieux que nous. Je pense que de nombreuses activités que nous effectuons aujourd'hui seront remplacées par des machines." Pour Larry Page, les machines devraient remplacer l'homme dans de nombreuses tâches et nous amener à une période d'abondance, où chacun pourra satisfaire ses besoins primaires facilement. Sans que ne se pose un problème de chômage massif : "90% d'entre nous étaient agriculteurs avant, non ? Une transition de ce type est déjà arrivée, ce n'est pas surprenant. Aujourd'hui, les agriculteurs représentent 2% des travailleurs américains seulement."

Pour les cofondateurs de Google, l'avènement des machines pourraient permettre de réduire le temps de travail. "Nous n'avons pas besoin de tant de gens qui travaillent, on peut subvenir aux besoins de tout le monde avec bien moins de travailleurs. Le problème c'est que les gens ont BESOIN de travailler, de se sentir utiles," note Larry Page. Il se dit favorable à des vacances plus longues ou des semaines de travail plus courtes pour mieux répartir le travail. "La plupart des gens aiment travailler, mais ils aimeraient aussi avoir plus de temps avec leur famille ou pour exercer leurs passions."

Google, trop éparpillé ?

Moteur de recherche, Android, Google +, Google Glass, Google Cars, drones et ballons... Google en ferait-il trop ? Pour Larry Page, il serait "stupide", avec une si grosse société, de se contenter de quelques activités. "Ce n'est de toute façon pas très bon pour les employés de tous faire la même chose. Pas très excitant. Idéalement, une société devrait adapter le nombre d'activités qu'elle exerce à son nombre d'employés. Mais j'ai l'impression que ce n'est jamais le cas. Steve Jobs me disait toujours "Vous faites trop de choses". Et je lui répondais " Oui, c'est vrai ". Il avait raison, d'une certaine manière, mais notre réponse, c'est que l'on exerce des activités qui sont extrêmement liées."

"Pour Google X, ajoute Sergey Brin, j'ai créé des règles pour cadrer les projets, afin qu'ils soient toujours éloignés de l'activité principale de Google. Par exemple, ce que nous faisons est très lié à des logiciels, mais comporte toujours un élément clé qui n'est pas logiciel mais physique, comme les voitures, les ballons pour le Internet Project Loon... J'ai refusé plusieurs projets qui me semblaient trop proches du cœur de métier de Google."

Google et la santé

Le géant Google pourrait-il devenir une société majeure dans le secteur de la santé connectée ? Pas sûr.... Si Apple semble vouloir atteindre cet objectif (lire : "iOS 8 : Apple lance sa grande offensive dans la santé connectée", du 03/06/14), les cofondateurs de Google se sentent freinés par la régulation en vigueur, malgré quelques projets lancés en ce sens (lire : "Google travaille sur des lentilles intelligentes pour les diabétiques", du 17/01/2014). "Je pense que c'est un business énorme. Mais la santé est régulée si lourdement que c'est un secteur trop compliqué à attaquer. Ce n'est pas nécessairement la manière dont je veux utiliser mon temps, même si nous avons quelques projets qui y sont liés. Le fardeau des lois américaines est si lourd qu'il dissuade de nombreux entrepreneurs", raconte Sergey Brin. Un point de vue soutenu par son acolyte.

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