Comment les regtech veulent rendre aux banques leur agilité

Cette branche des fintech aide les acteurs financiers à gérer les contraintes réglementaires de manière innovante afin de réduire les coûts.

En s'attaquant à la digitalisation des activités réglementaires des acteurs financiers, les regtech (pour "regulation tech") se positionnent sur une énorme manne financière. "Ces solutions vont remplacer les logiciels des acteurs financiers qui datent de la fin des années 1990 et ne sont que partiellement adaptés aux contraintes d'aujourd'hui, analyse Reda Bouakel, CEO de la regtech française Fortia. Nous sommes à l'aune d'une révolution avec un très gros marché de renouvellement."

Les regtech, qui ont commencé à émerger en 2015, proposent aux acteurs financiers des solutions technologiques destinées à gérer leurs activités "compliance", ou conformité, c'est-à-dire le respect des dispositions législatives et réglementaires ainsi que des normes internes et statutaires. "Les organisations ont de plus en plus d'enjeux réglementaires à prendre en compte dans la conduite de leur activité mais s'appuient sur une ossature informatique très lourde pour le faire", note Marc Van Caeneghem, Associé responsable Risk Advisory chez Deloitte.

"La hausse du volume de données augmente le risque de non-conformité"

Les logiciels destinés à gérer la compliance ne sont pas nouveaux : les acteurs en sont équipés depuis 25 ans environ. "Mais depuis quelques années a lieu une inflation réglementaire très spectaculaire et une hausse vertigineuse de la volumétrie des données, avec le Big Data. Et les anciens logiciels n'ont pas suivi en termes d'efficacité", décrit Reda Bouakel. Conséquence : malgré d'importants investissements des acteurs financiers, le risque de non-conformité augmente.

En proposant des solutions reposant souvent sur le machine-learning et l'intelligence artificielle, les regtech sont capables de changer le travail des responsables compliance et de faire gagner du temps aux acteurs financiers tout en diminuant les coûts. "Alors que la conformité était avant l'affaire de juristes spécialistes, de nouveaux acteurs s'emparent du sujet et proposent de nouvelles solutions, note Emilie Van Lierde, consultante chez Solucom. L'activité sort de la direction de conformité, c'est un tournant très marquant pour les acteurs financiers."

Parmi ces nouveaux acteurs, des éditeurs comme IBM ou Norcom, des cabinets de conseil ou encore des start-up. Fortia, par exemple, propose une plateforme logicielle baptisée Innova qui automatise totalement le processus de gestion de la conformité en détectant automatiquement l'ensemble des règles de conformité dans des documents (pdf, jpg…) après les avoir scannés puis en les transformant en algorithmes de calcul. La société qui a lancé son logiciel en juin 2015 compte parmi ses clients la financière d'Uzès, Cogefi et le pôle innovation de la banque BNP Paribas, où elle est par ailleurs incubée. Rentable depuis deux ans, elle a enregistré 600 000 euros de chiffre d'affaires en 2015.

La connaissance client, application phare des regtech

Parmi les principales applications des regtech, le KYC, ou connaissance client. "Les établissements financiers doivent vérifier de nombreuses informations sur le client avant de traiter avec lui, explique Marc Van Caeneghem, de Deloitte. Cela nécessite un processus complexe de récupération, de stockage et de validation des données." Les regtech apportent des solutions intelligentes de KYC avec des facilités de stockage et d'actualisation. En France, KYC Factory propose par exemple une solution agile de récolte et de stockage des données clients.

"Les regtech aident à détecter les signaux faibles de fraude ou de terrorisme"

Les regtech facilitent aussi la lutte anti-blanchiment et anti-terroriste. "Aujourd'hui, les banques mobilisent des ressources très importantes sur ces sujets car les logiciels génèrent énormément de faux positifs et nécessitent une analyse humaine pour une qualité de retour assez faible, déplore Emilie Van Lierde, de Solucom. Les regtech apportent des outils d'analyse de données comportementales plus intelligents, grâce au data mining, pour détecter les signaux faibles de fraude ou de terrorisme." Certaines proposent aussi des outils de scoring pour effectuer le profilage de risque avant d'accorder un prêt, par exemple.

L'analyse réglementaire et les reportings des acteurs bancaires sont également transformés. "Les regtech vont augmenter la capacité des acteurs à prendre en compte intelligemment les règlements", explique Marc Van Caeneghem. Par exemple, Deloitte travaille avec IBM pour intégrer dans la plateforme d'intelligence artificielle IBM Watson la prise en compte de l'ensemble des éléments de contrôle de données requis par les différentes réglementations dans tous les pays (sécurité financière, compliance, sécurité…). "Plutôt que de raisonner réglementation par réglementation, on optimise un énorme paquet pour tout traiter en même temps."

Et tandis que les obligations de reporting réglementaires ne cessent d'augmenter sous le coup de nouvelles réglementations (PRIPs, Mifid 2…), les acteurs financiers ont l'obligation de gérer des volumes de données de plus en plus importants, les traiter, les industrialiser, les rationaliser… Grâce à leurs modèles sophistiqués, les regtech apportent aux acteurs agilité et efficacité de traitement.

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