Robots industriels : le retard français

Robots industriels en France L'Hexagone compte peu de ces bras articulés dans ses usines. Pire, il est l'un des très rares pays à voir leur nombre diminuer.

Pour le secteur de la robotique industrielle, 2013 est à marquer d'une pierre blanche. Jamais autant de ces bras articulés qui peignent et qui soudent notamment ne s'étaient vendus jusque-là dans le monde : 178 132 unités, un chiffre en hausse de 12% selon l'étude annuelle World Robotics.

Une tendance qui se vérifie en France, pays développé en quête de gains de productivité ? Eh non. La même année, le nombre de robots industriels vendus dans le pays a chuté de 27%, à 2 200 unités. Et il ne s'agit pas d'un accident de parcours. L'Hexagone est l'un des rares pays, avec l'Italie et le Japon, qui devraient voir son stock de machines diminuer entre 2012 et 2017 : -10% (la plus forte des trois chutes), à 30 200 unités, contre 33 600 en 2012.

1 stocks de robots industriels bis
De 2012 à 2017, le nombre de robots industriels en Chine aura augmenté de 341% selon l'IFR Statistical Department. Celui de la France aura diminué de 10%. © JDN

Pendant ce temps-là, certains s'équiperont massivement, y compris les pays à bas coûts de main d'œuvre. La Chine évidemment, avec la démesure qui la caractérise (+341%, à 331 000 unités) mais aussi, plus proche de nous, la République tchèque (+127%, 15 500 unités). L'Allemagne (+23%, 199 200 unités), l'Espagne (+11%, 32 000 unités) ou le Royaume-Uni (+58%, 23 800 unités) ne sont pas en reste.

Comment expliquer cette exception française ? Pas par le nombre de robots déjà présents, si on le compare à un échantillon de 14 pays (Amérique du Nord rassemble les Etats-Unis, le Canada et le Mexique) :

2 nombre de robots industriels par pays
En 2014, la France compte 31 600 robots industriels, d'après les chiffres de l'IFR Statistical Department. © JDN

Ni non plus par une densité excessive de robots industriels : la France en compte 125 pour 10 000 salariés de l'industrie. Un chiffre qui n'est pas ridicule - la France est le 11e pays à la plus forte densité sur 43 étudiés – mais très éloigné du recordman en la matière, la Corée du Sud, qui en compte 437 pour le même nombre de travailleurs. Loin, aussi, de la performance de l'Allemagne, qui en affiche 282.

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La France pointe à la 11e position des pays à la plus forte densité robotique, selon l'IFR Statistical Department. © JDN

Difficile également d'accuser la crise financière et la crise de la dette en zone euro. Certes l'une comme l'autre nuisent à l'investissement (les chefs d'entreprise cherchent surtout à préserver la trésorerie), d'autant plus que les banques sont réticentes à prêter. Mais l'Hexagone n'est pas le seul pays concerné.

Le décrochage ne date pas d'hier : en 1998, les robots français avaient en moyenne 17 années d'ancienneté, contre 9 ans en Allemagne

Et le décrochage ne date pas d'hier : dès 1998, le ministère de l'Industrie faisait un cruel constat. Cette année-là, les robots français avaient en moyenne 17 années d'ancienneté, contre 9 ans en Allemagne. Les industriels de ce côté-ci du Rhin renouvelaient donc le plus tard possible le matériel quand leurs homologues investissaient pour améliorer leur productivité. Résultat, dès 2005, on comptait 216 robots par employé de l'industrie en Allemagne, contre 94 en France.

Cette situation est donc bien une exception française. Elle est avant tout liée aux maux connus de son industrie. Pour les résumer : une production en berne depuis 30 ans, un sous-investissement chronique dans l'appareil productif, des marges au plus bas, le tout couplé à des PME beaucoup plus fragiles que leurs homologues allemandes.

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L'industrie pèse de moins en moins, les marges des entreprises non financières s'amenuisent selon l'Insee. © JDN

Des handicaps lourds auxquels il faut encore ajouter d'autres freins, eux aussi typiquement français, recensés par Xerfi dans son étude "La robotique en France", datée de mars 2013. Parmi eux : "le scepticisme des chefs d'entreprise (notamment de la part des PME) en raison d'un coût à court terme élevé et du risque social (les robots industriels sont souvent perçus comme destructeur d'emploi)". Selon un sondage de la Commission européenne, 74% des Français estiment que la robotisation entraîne une destruction d'emplois.

Mais aussi, reprend Xerfi, le manque d'expertise dans le pays en ce qui concerne "l'intégration de robots industriels (seulement 400 entreprises dans le secteur) en raison notamment de l'absence de formation dans le domaine".

Sans compter qu'intégrer de telles machines "implique de repenser l'ensemble du processus de production", des bureaux d'études à la fonction marketing et commerciale, à cause de la "recherche de plus grandes séries en raison de la hausse de la production".

Des obstacles qui ne doivent pas faire oublier les avantages de la robotisation :

5 avantages robotique
Graphique issu de l'étude "La robotique en France" de Xerfi. © Xerfi

Pour Xerfi, la robotisation a donc deux grands bénéfices : la compétitivité-prix progresse, principalement en réduisant les coûts de main d'œuvre ("Un robot est en effet capable de réaliser les tâches de plusieurs employés en fonctionnant 24h/24") et la compétitivité hors prix s'améliore, grâce à une plus grande flexibilité ("les robots peuvent être affectés à des opérations différentes tout au long de leur vie en changeant les équipements périphériques ou par simple reprogrammation").

Les robots auraient donc de quoi soigner les maux de l'industrie française ? Pas complètement, pas à eux seuls. La robotisation n'est qu'un moyen, pas une fin en soi. Mais elle a déjà remporté quelques succès dans l'Hexagone. Selon Xerfi, la PME industrielle Les ateliers de Janves a évité la délocalisation en s'équipant en 2011 de 15 robots de manutention.


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