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 INTERVIEW 
 
Jakob Nielsen
Directeur
Nielsen Norman Group
Jakob Nielsen
"Les sites Web doivent apprendre à accueillir des visiteurs de plus en plus pressés"
Le spécialiste de l'"usability" des sites Internet analyse les tendances actuelles en matière de web-design. Haut débit, 1024, hyper-texte ou pop-ups passent à la moulinette du gourou de l'ergonomie. (interview réalisée par e-mail)
(08/03/2004)
 
JDN Pensez-vous vraiment, comme Geoffrey Epstein, le PDG de RGB Software Inc, que la plupart des sites Web peuvent être améliorés en quelques minutes? [NDLR : la phrase figure sur le site Nielsen Norman Group]
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Nielsen Norman Group
Useit.com (site personnel)

Jakob Nielsen Oui. Un très grand nombre de sites ne prennent jamais la peine d'expliquer clairement ce qu'ils font en une phrase sur leur page d'accueil. Ecrire un slogan parfait prend du temps, mais on peut déjà parvenir à un bon résultat en quelques minutes.

A quoi jugez-vous un bon ou un mauvais site ?
Un bon site est celui qui permet à ses utilisateurs de trouver facilement ce qu'ils cherchent. Et, à partir du moment où ils l'ont trouvé, de leur donner un contenu compréhensible et qui correspond à leurs besoins.

Et qu'est-ce qu'une bonne page d'accueil ? Doit-elle donner accès à tout le contenu d'un site?
Oui dans l'idéal, non dans la pratique. La plupart des sites sont tellement grands qu'il est impossible de donner accès à l'ensemble de leur contenu tout en conservant une home page de taille réduite et facile à parcourir. Le plus important est que la home page offre au visiteur les éléments fondamentaux permettant de comprendre ce qu'est le site et qu'elle représente le niveau le plus élevé de son infrastructure de contenu.

Sur une page normale, quel est le bon nombre de "scrolls" ?
En page d'accueil, il faut qu'on puisse voir sans un seul scroll ce que fait la société. Et sur une page produit, les principaux éléments de ce produit doivent être visibles sans scroll. Si l'on est sûr que les principaux points figurent bien "avant la pliure", alors la page peut comporter deux ou trois écrans.

Et quel est le bon poids aujourd'hui pour une page ?
En théorie, c'est très clair : l'usabilité maximum implique un temps de téléchargement inférieur à une seconde. Et si vous allez au-delà de dix secondes, vous risquez vraiment de déplaire à l'internaute. En pratique, cela signifie que si vous avez de nombreux connectés via modem, les pages doivent faire entre 5 et 50 kb. En haut débit, théoriquement, on peut varier entre 100 kb et 1 méga, mais je pense qu'il est très risqué d'aller au maximum. Les gens n'ont pas toujours le débit auquel ils pourraient prétendre et la règle des 10 secondes reste gravée dans le marbre. Il est donc plus prudent de ne pas dépasser 200 kb et vraiment raisonnable de se fixer un objectif de 100 kb pour la plupart des pages destinées à des internautes haut débit.

Justement, qu'est-ce que le haut débit a changé en matière de webdesign ?
Le principal changement est que de nombreux internautes sont devenus des adeptes de ce que j'appelle l'"information snacking" : chaque jour, ils vont plusieurs fois en ligne pour de courtes sessions et afin de dénicher les quelques informations dont ils ont besoin pour répondre à des questions spécifiques. C'est le résultat de la connexion illimitée. La conséquence de ça, c'est que les sites doivent être de plus en plus aptes à accueillir des visiteurs pressés. Le haut débit autorise aussi du multimédia, mais la bande passante n'est pas suffisante pour de la vidéo de bonne qualité. Par ailleurs, il y a très peu d'exemples de multimédia interactif et facile à utiliser.

Vous avez souvent critiqué le poids des images. Avez-vous changé d'avis avec l'avènement du haut débit ?
Pas vraiment. Rappelez-vous qu'il y a encore beaucoup d'internautes sur modem. Dans la plupart des pays, les internautes connectés en haut débit sont toujours minoritaires. Et même les gens soi-disant en haut débit n'ont pas vraiment une connexion assez rapide pour télécharger des images très lourdes en moins d'une seconde. Mais dès que le haut débit permettra réellement des temps de téléchargement inférieurs à 1 seconde, la situation va changer, évidemment.

Le 1024 va rester la taille la plus répandue pendant quelques années encore..."

En matière de formats, pensez-vous que le 1024 va devenir un standard ?
Non, parce le parc est très hétérogène et beaucoup d'utilisateurs s'équipent en écrans encore plus grands. On ne peut plus décréter que presque tout le monde a une taille d'écran spécifique et concevoir les sites en fonction de cette taille-là. Aujourd'hui, il est nécessaire de tenir compte d'une large palette de tailles d'écran. Reste que le 1024 va rester la taille la plus répandue pendant quelques années encore, et il est donc recommandé d'optimiser le site pour lui. Mais les designers doivent aussi réfléchir à des écrans plus petits et plus grands.

Quelles sont les fonctionnalités indispensables?
Je persiste à recommander une approche minimaliste. Chaque nouvelle fonctionnalité est un élément de plus à apprendre pour l'utilisateur, mais aussi un élément de plus susceptible de ne pas marcher ou de rendre le reste du site plus difficile à comprendre. A mes yeux, un bon site doit répondre à trois règles de base : déterminer les fonctionnalités dont les utilisateurs ont vraiment besoin et s'assurer que le site fait très bien un petit nombre de choses; dégager le chemin à l'utilisateur (ne le ralentissez pas avec un design surchargé et des trucs dont il ne veut pas) ; du contenu rédigé clairement et répondant de façon concise et directe aux questions de l'utilisateur. Notez bien que ces trois règles impliquent toutes de savoir quels sont les besoins et les demandes des utilisateurs.

Vous n'avez sûrement pas envie d'être le site qui obligera l'internaute
à upgrader
son plug-in..."
Que pensez-vous des plug-ins aujourd'hui ?
Il faut être très prudent avec les plug-ins qui ne sont pas des standards. Les internautes détestent télécharger de nouveaux softs, cela risque donc de vous faire perdre de l'audience. La plupart ont les plug-ins "standard" - Flash, PDF, et les media players de Microsoft et Real -, mais pas tous. Plus important : beaucoup d'utilisateurs ont encore une ou deux versions de retard et vous n'avez sûrement pas envie d'être le site qui les obligera à upgrader leur version. Donc sauf si vous avez vraiment besoin d'un élément très novateur, assurez-vous que votre contenu fonctionne avec une version sortie il y a deux ans.

Et Flash, trouvez-vous qu'il a évolué?
Flash s'est énormément amélioré avec la sortie de Flash MX en 2002. Macromedia a évolué en matière d'usabilité [NDLR : après avoir beaucoup critiqué Flash, Jakob Nielsen est devenu consultant pour Macromedia début 2002] et a inclus des éléments permettant de surmonter bon nombre de problèmes. Flash propose maintenant une interface qui aide l'utilisateur à scroller ou réaliser d'autres opérations de base. Et il est désormais possible de rendre Flash accessible à des internautes souffrant de déficiences, comme les aveugles ou les personnes ne pouvant pas utiliser une souris. Malheureusement, la plupart des designers utilisant Flash n'ont pas profité de ces améliorations. J'ai réalisé une étude sur 46 applications Flash, et les utilisateurs avaient souvent des problèmes pour scroller, simplement parce la plupart des designers avaient créé leur propre barre de scrolling.

Quelles sont les limites de Flash à vos yeux?
J'en vois essentiellement deux. D'abord le fait que la majorité des designers ne tient pas compte des impératifs d'usabilité et continue à sortir des produits qui violent les règles les plus élémentaires en la matière. Ensuite, il reste tant de mauvais design en Flash que les utilisateurs continuent à le détester. Sans compter que de nombreux designers le détestent eux-mêmes, puisqu'ils en sont utilisateurs... Cela veut dire que Flash a laissé passer l'occasion d'être l'outil de vraie GUI (Graphical User Interface, ou interface graphique de programmation) pour Internet. En fait, la plupart des développeurs ont l'air d'attendre que Microsoft commence à livrer Longhorn.

Quelle couleur recommandez-vous pour les liens hyper-texte? Et faut-il continuer à les souligner ?
Le bleu reste la meilleure couleur, mais ce n'est plus aussi important. On peut même utiliser le noir, du moment que le lien est souligné, même si la couleur est préférable. Quant aux liens dans les barres de navigation, ils fonctionnent sans être soulignés. En fait, ils seront plus faciles à lire s'ils ne le sont pas, car ils sont très proches les uns des autres. Quelque soit le choix, il est important d'utiliser des couleurs différentes pour les liens cliqués et non cliqués. Modifier la couleur d'un lien cliqué est une méthode de base pour faciliter la navigation. Je recommande d'utiliser une couleur plus présente pour les nouveaux liens et une couleur moins forte pour les liens cliqués, afin d'indiquer qu'ils ont été utilisés.

Les pop-ups sont morts. S'il en reste sur votre site, c'est le moment de les enlever."
Les pop-up ont-ils un avenir?
Les pop-up sont morts. Il y a déjà tellement d'internautes qui utilisent un outil pour les bloquer qu'aucun site sérieux ne peut plus décemment en proposer. En plus, cela ne va faire qu'empirer avec la toolbar de Google et le futur outil que Microsoft va installer dans Explorer. S'il reste quelques pop-ups sur votre site, c'est le moment de les enlever. C'est dommage, car ils pouvaient être utiles, notamment pour les modes d'emploi. Mais les saletés que certains annonceurs ont balancées à travers le Web ont sabordé cette option pour tout le monde.

Les formats publicitaires vont-ils continuer à évoluer ou voyez-vous une stabilisation à l'avenir ?
A long terme, je pense qu'ils vont se stabiliser, mais on n'y est pas encore. La plus grande avancée en terme de publicité en ligne a aussi été la plus simple en terme de design : les petits encadrés de texte dans Google. Mais je pense qu'il y a d'autres formats publicitaires possibles capables de profiter de la nature interactive du Web, par exemple l'affichage d'informations en temps réel.

En matière de webdesign, y a-t-il une école américaine et une école européenne, ou bien au contraire pensez vous que c'est une discipline universelle ?
Les grands principes sont universels, puisqu'ils sont basés sur les capacités du cerveau humain et notre propre capacité à faire certaines choses facilement. Par exemple, nous voulons tous des temps de téléchargement réduits. Et personne ne peut garder dix choses en mémoire en passant d'une page à une autre. Beaucoup d'autres points de détails, comme la façon dont vous expliquez les choses, sont en revanche assez différentes. Lorsque nous testons un site américain en France, nous tombons toujours sur beaucoup de problèmes d'usabilité parce que les choses ne sont pas expliquées de la façon dont les Français aiment qu'elles le soient. Mais le problème est le même lorsque nous testons des sites européens aux Etats-Unis, mêmes traduits en anglais... Cela montre que les sites doivent être testés dans plusieurs pays et adaptés à chacun d'eux. Malheureusement, très peu de sociétés sont prêtes à faire ça pour l'instant. Mais avec le temps, j'espère voir se dégager une approche internationale de l'usabilité du Web qui respecte les différences culturelles.

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Quel est le dernier site qui vous ait impressionné?
AuctionDrop.com, qui se charge de vendre pour vous vos produits sur eBay. C'est un bon moyen pour les gens de mon secteur d'écouler facilement leurs affaires sur eBay. En terme de business, c'est une excellent idée mais le site lui-même est génial : il vous explique clairement ce qu'il fait et pourquoi il vous fait gagner du temps.

Quel est votre site favori, et est-ce à cause de son design, de son contenu ou pour une autre raison?
Google. Un petit peu à cause du design, qui est très sobre et reposant pour l'oeil. Mais surtout à cause de son contenu et la façon dont il vous répond : les bonnes réponses sont généralement en haut!
 
 
Propos recueillis par François BOURBOULON, JDN

PARCOURS
 
 
Jakob Nielsen, 46 ans, est directeur du Nielsen Norman Group. Il est titulaire d'un Ph.D. en sciences informatiques de la Technical University du Danemark. Il a notamment travaillé pour Bellcore (Bell Communications Research) et IBM, avant de fonder sa société. En juin 2000, il a été nommé au Scandinavian Interactive Media Hall of Fame. Jakob Nielsen détient 74 brevets aux Etats-Unis, essentiellement sur des moyens de faciliter l'usage de l'Internet. (voir sa biographie).

   
 
 
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