Cybersécurité : les responsables sécurité face au mur de l'IA agentique

Wavestone

L'intelligence artificielle a changé d'échelle dans les entreprises :

Les organisations développent désormais leurs propres systèmes sur-mesure pour transformer leurs processus stratégiques, faisant de la sécurité de ces technologies un enjeu majeur.

Pourtant, le marché peine à suivre le rythme. Selon les résultats de l'étude AI Cyber Benchmark 2026, la maturité des entreprises en matière de cybersécurité de l'IA a progressé, passant de 31 % en 2025 à 45 % cette année. Mais ce score encore modeste masque un fossé grandissant entre une gouvernance théorique désormais affichée et une réelle incapacité du terrain à contrer les menaces émergentes.

L’illusion du contrôle : une gouvernance forte mais déconnectée du terrain

Ces derniers mois, les directions informatiques ont concentré leurs efforts sur le volet le plus visible : la conformité. Sous l'impulsion des réglementations, la majorité des organisations s'est structurée en adaptant ses cadres de gestion des risques et en nommant des responsables dédiés. Cependant, cette maturité théorique se heurte à une réalité : si l'encadrement existe au niveau stratégique, sa déclinaison opérationnelle au cœur des projets informatiques reste très limitée.

Cette faille devient particulièrement critique avec l'émergence rapide de l'IA agentique. Contrairement aux modèles conversationnels classiques, un agent IA dispose de capacités de planification et d'exécution d'actions complexes à travers l'ensemble des applications de l'entreprise. Le paradigme change : il ne s'agit plus seulement de protéger des données contre les fuites, mais de sécuriser des décisions, des autorisations et des connexions API exécutées de manière autonome.

Pourtant, le marché accumule un retard dommageable face à cette rupture. Seules 33 % des organisations intègrent aujourd'hui les spécificités des agents autonomes dans leurs analyses de risques projets. Plus grave, à peine 15 % ont déployé une gestion des identités et des accès (IAM) véritablement adaptée à ces entités non-humaines, laissant des agents opérer avec des privilèges étendus sans moyen de vérifier ni d'encadrer ce qu'ils font réellement.

Le grand aveuglement : des tests en amont, mais un SOC aveugle en production

Sur le plan des contrôles techniques, les entreprises ont pourtant adopté de bonnes habitudes en amont. Désormais, une organisation sur deux réalise des tests de pénétration dédiés à ses systèmes d'IA avant leur mise en production, permettant d'identifier les vulnérabilités les plus fréquentes comme les injections de prompts. Pour les plus avancées, cette démarche devient un programme récurrent offrant un socle de confiance minimal au lancement.

C'est une fois l'application déployée que le dispositif s'effondre. La maturité chute brutalement lorsqu'il s'agit de détecter une attaque en cours (40 %) et, plus encore, d'y répondre (29 %). Les équipes de défense opérationnelle souffrent d'une véritable cécité : si près de 9 entreprises sur 10 génèrent des journaux d'activité pour leurs applications d'IA, seules 8 % d'entre elles les transmettent à leur centre de supervision de la sécurité (SOC). En raison du cloisonnement entre équipes Data et Cybersécurité, les anomalies comportementales échappent aux analystes.

Cette absence de visibilité en temps réel laisse les organisations globalement assez démunies face aux dérives des modèles ou aux attaques les plus sophistiquées. Les capacités de gestion de crise restent très immatures : seules 12.5 % des entreprises disposent d'un plan de réponse aux incidents formalisé pour leurs actifs d'IA. Si un agent venait à déraper ou à exécuter des actions malveillantes en chaîne, la plupart ne disposeraient ni des procédures adaptées, ni du "bouton d'arrêt d'urgence" permettant d'isoler le système sans paralyser l'activité.

Reprendre la main : les chantiers prioritaires pour 2027

Face à cette accélération technologique, la cybersécurité doit rapidement évoluer d'une conformité statique vers une défense dynamique. Pour aborder les prochains mois avec un niveau de maîtrise acceptable, trois priorités stratégiques doivent guider les responsables sécurité.

La première urgence consiste à encadrer l'IA agentique en faisant de la gestion des identités non-humaines une priorité. Les agents IA doivent être considérés comme des utilisateurs à part entière, soumis à un contrôle strict de leurs privilèges, de leurs accès aux données et des actions qu'ils sont autorisés à déclencher.

La deuxième priorité impose de sortir de la cécité opérationnelle en unifiant la supervision. Les journaux d'activité des applications d'IA doivent impérativement être intégrés au SOC pour détecter les dérives comportementales. En parallèle, les entreprises doivent formaliser des scénarios de crise intégrant le risque d'une IA devenant incontrôlable, et se doter de mécanismes d'isolation immédiate pour couper les accès d'un système suspect.

Enfin, les RSSI devront maîtriser les mutations de la chaîne d'approvisionnement en IA. L'adoption croissante de modèles ouverts (open-weight) et hébergés en interne offre plus d'indépendance, mais transfère la responsabilité de la sécurité des fournisseurs cloud vers les entreprises. La gouvernance du cycle de vie de ces modèles et la validation de leur intégrité deviendront, très rapidement, le véritable juge de paix de la maturité cybersécurité.