Chez Google, les coûteux salaires des petits génies de l'IA de Deepmind

Chez Google, les coûteux salaires des petits génies de l'IA de Deepmind La filiale britannique d'Alphabet, rachetée en 2014 pour 533 millions d'euros, a perdu 144,5 millions en 2016. Le budget rémunération cette année-là ? 122,6 millions

Pour devenir l'entreprise reine de l'intelligence artificielle dans la Silicon Valley, Google ne lésine pas sur les dollars. Le géant du net en a dépensé 650 millions en 2014 (soit 533 millions d'euros) pour mettre la main sur la perle britannique de l'IA, DeepMind, selon des informations du Guardian. Créée en 2010, la start-up londonienne essaye de "démêler les fils de l'intelligence, pour résoudre ensuite tous les autres problèmes", avait expliqué à la MIT Technology Review Demis Hassabis, l'un des trois cofondateurs de la start-up. La jeune pousse est connue du public pour sa solution IA AlphaGo, qui a battu à deux reprises en 2017 le champion du monde de la discipline, le Chinois Ke Jie.

La rémunération totale des salariés de DeepMind a doublé entre 2015 et 2016 passant de 60,2 à 122,6 millions d'euros

Ce n'était que le début d'une longue série de dépenses pour Google dans cette filiale dédiée à la R&D. En attestent les 144,5 millions d'euros de pertes opérationnelles (soit 123,5 millions de livre sterling au taux de change moyen de l'année 2016) enregistrés par la société en 2016. Ce chiffre est tiré des comptes déposés auprès du registre britannique des sociétés par cette structure privée, toujours enregistrée au Royaume-Uni malgré son rachat par Alphabet. Ils sont disponibles en ligne sur le site Company Check. Ces pertes sont plus de deux fois supérieures à celles enregistrées l'année précédente (73,7 millions d'euros) par l'antenne IA de Google. En 2014, elles se montaient à 48,9 millions d'euros. Sur trois ans, le total des pertes accumulées par la filiale d'Alphabet s'élève à 267 millions d'euros, soit près de la moitié du montant du rachat de l'entreprise par Alphabet.

Ce boom des pertes opérationnelles est notamment lié au décollage des rémunérations versées aux salariés, des talents de la recherche en intelligence artificielle qui coûtent cher. En 2014, elles s'élevaient à 33,3 millions d'euros (au taux de change livres/euros moyen de l'année), puis à 60,2 millions en 2015. Elles ont doublé en 2016 pour atteindre un sommet de 122,6 millions d'euros.

DeepMind a recruté au cours de cette période de nombreux salariés. Ils étaient 75 en décembre 2013 selon The Information, contre 400 trois ans plus tard selon Business Insider. Si l'on se base sur ces chiffres, le groupe payait en moyenne plus de 444 000 euros de salaire brut à chacun de ses salariés en 2014, et plus de 306 000 en 2016.

Les importantes pertes opérationnelles de DeepMind en 2016 sont également liées à la hausse des honoraires versés par la société à ses avocats (de 197 000 euros en 2015, ils sont passés à 770 000 euros en 2016). L'entreprise a en effet signé un accord avec la sécurité sociale britannique pour exploiter les données de 1,6 million de patients des hôpitaux londoniens afin de développer une application mobile visant à détecter rapidement les cas d'insuffisance rénale aigue, une pathologie potentiellement mortelle. Les deux structures n'ont pas demandé leur avis aux malades concernés, en se basant sur une règle de droit qui a été balayée du revers de la main par le National Data Guardian, une structure gouvernementale qui veille sur les données de santé au Royaume Uni. Ce qui a donné du travail aux avocats de DeepMind.

DeepMind a enregistré 47 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2016, tiré des prestations vendues à sa société mère Alphabet

Cette explosion des coûts n'est pas compensée par les 47 millions d'euros de chiffre d'affaires enregistré par DeepMind en 2016, tiré des prestations vendues à sa société mère Alphabet. C'est la première année que l'entreprise encaissait des revenus. La filiale de Google analyse notamment les données collectées par les capteurs installés dans chacun des data centers qu'il possède pour rendre leur système de refroidissement moins énergivore. Résultat : un gain d'efficacité énergétique de 15% pour ces installations. Elles ont englouti en 2014 plus de 4,4 millions de mégawatt d'énergie, soit l'équivalent de la consommation annuelle de 350 000 ménages américains. Alphabet devrait faire grâce à cette technologie développée par DeepMind des économies substantielles sur ses factures d'électricité.

DeepMind a également développé une solution IA baptisée WaveNet, utilisée depuis 2016 par Alphabet pour générer les voix anglaises et japonaises de son assistant intelligent Google Assistant. La parole de synthèse est en général générée en accrochant les unes aux autres des syllabes tirées de discours enregistrés. Cette technique, appelée "système de synthèse de parole par concaténation" génère des voix manquant de naturel. DeepMind a utilisé une méthode différente, basée sur un réseau neuronal (un système informatique imitant le cerveau humain et ses neurones). Il écoute des milliers d'heures de discours et génère à partir de cet apprentissage une voix 100% nouvelle, moins robotique, comme le montrent les enregistrements diffusés par l'entreprise sur la page de présentation de WaveNet.

Les dépenses réalisées par Alphabet pour cette filiale IA sont importantes, mais doivent être relativisées. L'intelligence artificielle est centrale pour l'avenir d'Alphabet, comme l'a expliqué le PDG du groupe Sundar Pichai à de nombreuses reprises ces derniers mois. Ces 144,5 millions d'euros de pertes opérationnelles en 2016 sont une goutte d'eau dans l'océan de revenus amassés par Alphabet l'année dernière (près de 74 milliards d'euros de chiffre d'affaires). DeepMind fait partie de la division d'Alphabet baptisée "other bets" (autres paris en français), qui regroupe les filiales du groupe centrées sur la R&D, comme le spécialiste des objets connectés Nest ou de la voiture autonome Waymo. Cette branche a enregistré une perte opérationnelle de 3,3 milliards d'euros.

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