Souveraineté numérique : retrouvons notre ambition industrielle et construisons les futurs Airbus du digital
L'Europe est entrée dans une nouvelle ère. Le contexte géopolitique actuel révèle une dépendance critique de l'Union Européenne à des technologies étrangères.
Nos infrastructures vitales reposent encore largement sur des solutions américaines ou asiatiques. Cette situation n’est plus tenable. Elle fragilise notre économie, menace notre sécurité, et met en péril, in fine, notre démocratie. La souveraineté numérique est désormais une condition de l’indépendance européenne.
Une faiblesse structurelle, non un manque d'innovation
La source de cette dépendance n'est pas un manque de talent ou d'innovation. L'Europe regorge de PME, d'ETI et de scale-ups technologiques solides, capables de concevoir des solutions de pointe.
Notre véritable problème ? Une fragmentation systémique. Nos entreprises technologiques naissent sur des marchés domestiques étroits et peinent à se déployer au-delà de leurs frontières, freinées par les différences de langue, de réglementation et de culture. Confrontées trop tôt à des plafonds de croissance, elles manquent des leviers essentiels (effets d’échelle et de réseau, puissance de marque, capitaux massifs,...) pour rivaliser avec des concurrents évoluant sur des marchés continentaux homogènes. Cette fragmentation est d'ailleurs identifiée par l'OCDE comme « l’un des principaux freins à l'émergence de champions technologiques en Europe. »
Nous avons besoin de passer d'une logique de multiples champions nationaux à celle de géants paneuropéens. L’opération récente entre la fintech britannique GoCardless et l’entreprise néerlandaise Mollie en est une illustration concrète. En se rapprochant, ces deux acteurs ont fait le choix de dépasser leurs frontières nationales pour créer un champion paneuropéen des paiements, au service de plus de 350 000 entreprises, capable d’unifier paiements par carte, moyens de paiement locaux et paiements bancaires au sein d’une plateforme unique.
La solution : Organiser le M&A de souveraineté
L’Europe n’est pas condamnée à l’inaction ou à devenir les "États-Unis d’Europe". Nous pouvons fédérer nos forces nationales dès aujourd’hui, avec puissance et méthode.
C'est pourquoi nous devons lancer un instrument de politique industrielle inédit : un Fonds de Private Equity dédié à la souveraineté numérique.
Ce fonds aurait une mission précise : consolider des marchés stratégiques aujourd’hui atomisés. Par des opérations de fusions-acquisitions ciblées (M&A de souveraineté), nous ferons émerger rapidement des champions paneuropéens de taille critique. Cloud, cybersécurité, intelligence artificielle régulée, logiciels stratégiques : autant de verticales où cette consolidation est non seulement possible, mais urgente pour notre sécurité économique.
Il s'agit de raviver l’ambition industrielle qui a présidé à la naissance d’Airbus ou d’ArianeGroup, et de la transposer à l'ère digitale.
L’appel : double exigence, rendement et indépendance
Ce fonds n’est pas un simple véhicule financier. C'est un instrument de politique industrielle à gouvernance privée offrant une double exigence : rendement financier et souveraineté numérique. Il constitue également une option de sortie européenne, offrant à nos leaders une alternative aux acquisitions par des GAFAM ou des fonds étrangers. Son horizon sera long (8 à 12 ans), son ambition continentale.
Pour les investisseurs publics, les grands groupes industriels et les family offices engagés : il est temps d’agir pour la souveraineté européenne.
Allouer des fonds à ce projet, ce n'est pas simplement investir dans un véhicule financier. Il s’agit de redonner du sens à l’allocation de capital et de construire une Europe technologique forte, indépendante, compétitive et fidèle à ses valeurs.
L'indépendance numérique ne se décrète pas ; elle se finance et se construit grâce au volontarisme industriel.